Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBT+ ?

On définit en général la polyamorie ou le polyamour comme étant la possibilité de relations non-exclusives éthiques et consensuelles i.e. relationner avec plusieurs personnes à la fois, c’est à dire que toustes les partenaires doivent être au courant et consentant-e-s. Tromper un-e partenaire n’est donc pas de la polyamorie car ça n’est pas éthique ni consensuel. Au contraire, le monoamour est un terme qui décrit une relation exclusive (relationner avec une seule personne à la fois).

Le terme polyamorie est un terme parapluie rassemblant une multitude de relations différentes. Les relations concernées peuvent être sexuelles et/ou romantiques et/ou quasi-platoniques et/ou platoniques etc. On peut donc être asexuel-le, aromantique et polyamoureuxe. Il y a autant de formes de polyamour que de personnes polyamoureuses. Quelques exemples de polyamour :

  • Les relations polyfidèles : un groupe de personnes entretien des relations les unes avec les autres mais pas en dehors du groupe. Par exemple un trouple (comme un couple mais avec trois personnes).
  • Une personne entretien des relations avec plusieurs personnes qui n’entretiennent pas elles-mêmes des relations entre elles (par exemple, un V : A entretien une relation avec B qui entretien une relation avec C).
  • L’anarchie relationnelle : rejette la hiérarchisation entre les partenaires et les types de relations

J’ai lu des débats houleux au sujet des polyamoureuxes. Font-iels partie de la communauté LGBT+ ? Sont-iels oppressé-e-s ? Est-ce que la « polyphobie » ça existe vraiment ?

 

 

  1. Mononormativité, invisibilisation de la polyamorie et polyphobie

 

Ce n’est pas un scoop que LE modèle de relation dans notre société est une relation hétéro romantico-sexuelle et monoamoureuse. Le mariage lui-même est une institution absolument monogame dans notre culture occidentale. Cette norme mono est profondément enracinée dans nos crânes, on nous la fait bouffer dès le berceau. Dès notre plus jeune âge, on nous fait rêver avec l’histoire du prince charmant et de sa princesse en détresse, on nous vend le coup de foudre, on nous rebat les oreilles de l’âme sœur… On nous fait croire qu’un jour on trouvera LA bonne personne. On nous demande si on a UN-E partenaire (pas des, UN-E). Bref, on nous rabâche la mononorme sans arrêt. Histoires pour enfant : mono. Romans d’amour : mono ! Comédie romantique : mono !! Film dont les personnages sont non-humains : mono !!! Mono, mono, mono partout !!!! Et la cerise sur le gâteau, c’est l’arc narratif bien trop célèbre du triangle amoureux. Aaaah, le triangle amoureux. L’âme torturée de l’héro-ïne fera vibrer les spectateurices pendant 8 saisons jusqu’à l’happy end où iel fera le BON choix. On aura même des communautés de fan qui « ship » un couple plutôt que l’autre. Les Delena face aux Stelena (comprendra qui comprendra). Si le triangle amoureux a autant de succès, ce n’est pas un hasard. Le triangle amoureux consacre la mononormativité. « Regardez, vous devez en choisir un-e, il n’y a pas d’autres issues possibles. Sinon, vous êtes une mauvaise personne, vous faites souffrir les autres. » D’ailleurs, voyez comme la mononormativité est entremêlée avec l’amatonormativité (norme dans laquelle les relations romantiques sont considérées comme supérieures aux autres et qui mène à l’arophobie i.e. l’oppression contre les personnes aromantiques).

 

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Une série/film : *a un triangle amoureux*

Moi : *en chantant* POLYAMORIE POLYAMORIE POLYAMORIE POLYAMORIE

 

On nous vend l’idée que l’amour romantique est une ressource limitée, que si on aime une autre personne alors forcément on aime plus la première ou la première n’était pas « assez », etc. Bref, l’instauration de cette mononorme s’accompagne de l’oppression des personnes ne s’y conformant pas :

  • Les relations polyamoureuses sont totalement invisibilisées et effacées de manière systémique au profit d’une mononorme. Ce type de mécanisme est toujours synonyme d’oppression.
  • Les personnes polyamoureuses sont rendues anormales, leurs identités sont niées et on essaye de les forcer à se conformer à la mononorme : « tu dois choisir, tu fais souffrir les gens, tu profites des autres, t’as un problème, tu trouveras la bonne personne un jour tu verras, tu peux pas aimer plusieurs personnes à la fois, si tu couches avec plusieurs personnes t’es une pute », et j’en passe. Les personnes polya en viennent parfois à croire que c’est vrai et s’en veulent à elles-mêmes d’être qui elles sont, ce qui est synonyme d’oppression interiorisée ; c’est un phénomène qui s’observe dans le cas de toutes les oppressions. A tel point qu’elles essayent parfois pendant des années de se conformer à des relations mono dans lesquelles elles sont malheureuses (tout comme on peut être homo et essayer de se conformer à une relation hétéro dans laquelle on est malheureuxe).
  • Quand on est poly, on doit faire un coming-out et même expliquer ce que ça veut dire, sinon les autres te collent l’étiquette mono par défaut puisque c’est la norme. Quand on doit faire un coming-out, c’est déjà mauvais signe, ça indique qu’on vit une oppression. Ne pas avoir à faire de coming-out, est en effet un privilège.
  • Les coming-out polya ne se passent pas toujours bien, certaines personnes ont de mauvaises réactions. Il est difficile ou impossible d’arriver à une réunion familiale ou entre ami-e-s en leur présentant plusieurs personnes. Certain-e-s polya ne peuvent même pas en parler à leurs parents et doivent cacher leurs relations. Etre forcé•e de rester dans le placard, ça aussi c’est mauvais signe et indique qu’il y a une oppression en jeu.

On a déjà BEAUCOUP d’éléments indiquant que les personnes polyamoureuses vivent une oppression systémique, qu’on appellera la polyphobie. Pour ne rien arranger, les polyamoureuxes n’ont pas les mêmes droits que les autres, ce qui ne fait que confirmer ce qu’on savait déjà : la polyphobie existe et est une vraie oppression systémique.

 

 

  1. Les polyfamilles n’ont pas accès aux mêmes droits

 

a) L’accès au mariage

Les polya n’ont pas le même accès au mariage. En effet, on ne peut légalement être marié•e qu’à une seule personne. A cela, certaines personnes ont objecté que les polya peuvent se marier à une personne donc ne subissent pas d’oppression par rapport à ça. Seulement, les homos aussi pouvaient se marier à une personne du « sexe opposé », pourtant la loi les discriminait tout de même vis-à-vis du mariage étant donné qu’un mariage hétéro ne convenait pas à leur orientation. C’est là toute la nuance entre équité et égalité. L’égalité c’est tout le monde à la même enseigne même si cela discrimine certain-e-s, alors que l’équité c’est permettre à tout le monde d’être dans une situation qui lui convienne et donc ne discriminer personne. C’est la même chose pour les polyamoureuxes. Si un mariage mono conviendra à une personne mono, ce n’est pas nécessairement le cas quand on est polyamoureuxe. Si on a deux conjoint-e-s par exemple, le fait que seul-e l’un-e des deux puisse être reconnu légalement est inéquitable. 

Dans le même style, seul-e les salaires de deux personnes sont pris en compte dans le dossier pour avoir un appartement, ce qui discrimine les polya qui vivent à plus de deux et dont l’ensemble des salaires aurait été suffisant pour avoir l’appartement (cf. image ci-dessous).

Sans compter qu’on ne peut même pas inscrire sur Facebook qu’on a plusieurs relations…

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Dans la 1ère image, on suppose que tout le monde va bénéficier du même support. Iels sont traité-e-s également.

Dans la 2e image, on donne aux individus des supports différents pour qu’iels aient un accès égal au match. Iels sont traité-e-s équitablement.

Dans la 3e image, toustes les 3 peuvent voir le match sans support ni aménagement car la cause de l’inéquité a été traitée. La barrière systémique a été enlevée.

Traduction depuis l’anglais, source où j’ai trouvé l’image : ici

 

b) La polyparentalité

Légalement, on ne peut pas avoir plus de deux parents ce qui discrimine largement les polyfamilles. Si l’enfant est élevé•e par trois parents par exemple, légalement iel n’a que deux parents. En conséquence de quoi, li troisième parent ne peut pas être responsable de san enfant. Iel ne pourra même pas signer le carnet de correspondance ou l’autorisation de sortie au musée avec l’école. Et encore, ce n’est qu’un exemple mais il y en a des milliards d’autres.

 

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La bannière polyamoureuse à la Marche des Fiertés 2016 :

« Ma famille c’est tous mes parents. Polyfamilles.fr, l’asso des familles composées »

On accuse aussi les polyfamilles d’être un mauvais exemple pour les enfants, que ça va les déséquilibrer parce que ça dénature la cellule familiale… ça a des relents de la manif pour tous sur l’homoparentalité tiens.

Vous pouvez lire ici le témoignage d’une personne qui a grandit dans une polyfamille et qui a un jour reçu les services sociaux car a été dénoncée pour maltraitance : Elevé par des parents polyamoureux.

 

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Traduction depuis l’anglais, source : http://everydayfeminism.com/2015/09/non-monogamy-options/

 

  1. Etre polyamoureuxe n’est pas un choix, c’est une orientation relationnelle

 

J’entends souvent qu’être polyamoureuxe est un choix.

Premièrement, je crois qu’il y a une constante confusion entre la « mise en pratique » du polyamour (c’est à dire le fait de s’engager effectivement dans des relations non-exclusives éthiques et consensuelles) et le fait d’être polyamoureuxe. Si les polya ont eu besoin de s’engager dans ce type de relations alors même qu’elles ne sont pas la norme (cf. point 1), ce n’était pas pour s’amuser ou se donner un style, vous pensez bien. Personne ne choisi d’être oppressé-e, en général c’est pas une « activité » trop « sympathique » voyez… Ce sont des personnes qui ne sont pas adaptées à des relations monoamoureuses. Elles n’ont pas choisi d’être polyamoureuses. C’est en tout cas ce qu’expliquent la grande majorité des polyamoureuxes. S’il y a effectivement le choix de s’engager dans les faits dans des relations polyamoureuses, le besoin sous-jacent lui n’a pas été choisi. On peut être polya et choisir d’être dans une relation monoamoureuse.

Finalement, c’est comme avec toute orientation. On peut être lesbienne et relationner avec des hommes. On peut être lesbienne et ne relationner avec personne. On peut être lesbienne et relationner avec des femmes. L’orientation décrit nos attirances, pas nos actes ni nos pratiques. C’est pour cela que dans le cas du polyamour, on parle d’orientation relationnelle. Il y a les orientations sexuelles qui décrivent nos attirances sexuelles, les orientations romantiques qui décrivent nos attirances romantiques et les orientations relationnelles qui décrivent si on est exclusif-ves ou non. Il y a des personnes adaptées aux relations monoamoureuses, des personnes adaptées aux relations polyamoureuses et probablement des personnes adaptées aussi bien aux unes qu’aux autres.

 

Dans cette vidéo (non sous-titrée en français malheureusement), Jenna fait son coming-out polya. 

« Ma plus grosse peur est de ne pas être prise au sérieux. C’est pour moi 10 fois plus dur que de sortir du placard en tant que gay. (…) Je ne suis pas encore fière de qui je suis et je voudrais y arriver. (…) J’ai juste peur mais ça me fait vraiment du bien de le dire et d’en parler. »

Elle explique qu’elle a eu beaucoup de mal à accepter qu’elle est polya et elle finit même par pleurer. Elle explique comment sa façon naturelle de fonctionner et de penser ses relations ne se conforme pas à la norme mono. Ce n’est clairement pas un choix pour elle, mais une orientation relationnelle !

 

Certaines personnes pensent qu’en déconstruisant la mononormativité, tout le monde deviendrait polyamoureuxe. S’il est vrai que beaucoup de normes sur l’amour et la jalousie sont internalisées depuis l’enfance et sont une barrière au polyamour, je ne pense pas que TOUT le monde soit « au fond polyamoureuxe », même après avoir déconstruit ces normes. L’humain est un être complexe et l’humanité comporte une grande diversité des profils. Il me paraît naturel que tout le monde ne relationne pas de la même façon. C’est exactement pareil que pour l’hétéronormativité : ce n’est pas en la déconstruisant que tout le monde va devenir pan d’un coup de baguette magique (c’te blague !) D’ailleurs, ça n’a pas d’intérêt en soi, tout le monde est différent et ce n’est pas la différence le problème, mais la façon dont la société la traite ; la différence est au contraire une source de richesse.

Etre polyamoureuxe n’est donc pas un choix pour la plupart des gens ! Il y a quand même des personnes polya qui décrivent cela comme un choix, mais peut être qu’elles sont en fait autant adaptées aux relations mono qu’aux relations poly. Et encore, elles n’ont pas choisi d’être adaptées aux deux. Est-ce qu’une personne bi ou pan choisi son orientation ? Non. Sincèrement, je ne pense pas qu’une personne fondamentalement mono puisse faire le choix d’être poly dans la pratique ou alors elle ne tiendra pas très longtemps dans ce type de relations.* Puis il y a quand même quelques  « faux poly » – car ont des pratiques non éthiques et non consensuelles (notamment des hommes cishet qui se réapproprient cette étiquette pour justifier de tromper leur partenaire).

* Note : je parle de personnes mono qui tenteraient d’avoir plusieurs relations et non pas de personnes mono dites polyacceptantes c’est à dire qui ont une relation avec un-e partenaire polya ayant ellui-même plusieurs relations (ce 2e cas peut très bien fonctionner).  

 

Conclusion

Il est évident que l’on observe la présence d’une mononorme et que la communauté polyamoureuse fait face à une oppression systémique : la polyphobie. De plus, être polya est une orientation relationnelle donc on a une orientation oppriméeIl est donc pertinent d’inclure les polyamoureuxes dans la communauté LGBT+ à mon sens.

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2 commentaires sur “Les polyamoureuxes font-iels partie de la communauté LGBT+ ?

  1. j’ai entendu parler de la carologie qui est polyamoureuse, elle a expliqué un livre sur ça et sur la jalousie, sur les raisons de la jalousie qui étaient intéressante et dont dans ce livre c’est aussi dit que des polyamoureux-se peuvent toujours l’être même avec un enfant et ça je ne le savais pas, je pensais que c’était dur de s’organiser après les gens font ce qu’ils veulent je n’y suis pas contre même si j’ai entendu ce terme pas hyper longtemps même si j’avais plutôt entendu de polygamie dont on peut parler pour moi de « faux poly » notamment les mormons dont c’est seulement l’homme qui a plusieurs relations et plusieurs femmes et enfants dont pour moi c’est pas consenti mais juste accepté car aime l’homme dont l’homme chez les mormons doit faire le plus d’enfants et dont le pire c’est que le mari peut violer sa fille et dont sa fille peut avoir un enfant de lui! je pense que c’est pour ça qu’on a pas une bonne image des polyamour même si je sais que c’est pas comme les mormons polygame où il y a des dérives

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