Un procès pour avoir appelé sa fille Liam ?!

La justice française dégaine plus vite un procès pour avoir appelé un enfant assigné fille à la naissance Liam, un « prénom usuellement masculin », que pour faire avancer les droits des personnes transgenres et intersexes ! La France a le sens des priorités, à ce que je vois (sarcasme)…

J’avais donc envie de décortiquer ce fait d’actualité et en profiter pour aborder la question des prénoms genrés.

1.    Le cissexisme, raison première d’un tel procès

Avoir appelé son enfant assigné fille Liam vaudrait donc un procès car cela pourrait créer « un risque de confusion de genre » et irait « contre l’intérêt de l’enfant ». On voit donc ici que cette procédure est avant tout motivée par une bonne dose de cissexisme. Cette enfant assignée fille est d’office considérée comme étant forcément une fille. Vous savez, les personnes non-binaires et les hommes trans existent ! C’est assigner arbitrairement un genre qui va surtout à l’encontre de l’intérêt de l’enfant.

Et si on part de ce principe, cela voudrait dire que je devrais attaquer en justice mes parents de m’avoir donné un prénom féminin, ce qui allait contre mon intérêt, puisque finalement je suis non-binaire ? Bien sûr que non.

D’autre part, que signifie « un risque de confusion de genre » ? Le risque est-il, selon elleux, que d’autres personnes pensent qu’elle est un garçon, ou qu’elle se révèle trans à cause de ça ? Etre trans n’est pas grave pour commencer. Ensuite il n’y a rien qui indique que s’appeler Liam en étant assigné fille à la naissance rendrait un enfant trans (!!) Les enfants qui ont des prénoms mixtes, sont pour la plupart, cisgenres et pas non-binaires. Et d’autre part, tout ces gens qui ont un prénom mixte, sont aussi susceptibles d’être pris pour un autre genre que le leur à l’écrit par exemple, et iels se portent bien que je sache ?

2.    Les connotations genrées des prénoms

 

D’autre part, même si c’était bien une fille cis, les prénoms n’ont pas de genre en tant que tel, ils n’ont que des connotations genrées, qui sont susceptibles de différer dans le temps et dans l’espace. Ainsi, Camille majoritairement masculin par le passé est aujourd’hui majoritairement féminin en France. On peut également noter que les prénoms Eliott et Jules sont mixtes en anglais, mais se donnent à des garçons en français. Faut-il faire un procès aux parents franco-anglophones qui souhaiteraient appeler leur fille Eliott ?

De plus, je trouve sincèrement qu’il ne faut pas non plus exagérer. Je comprends bien qu’un prénom comme Robert ou François soit très très connoté masculin et puisse complexer une fille, mais c’est loin d’être le cas de Liam !!! Liam me semble au contraire posséder des sonorités qui ont des connotations plutôt neutres. Le diminutif Sam qui se termine comme Liam est aussi bien porté par des filles que des garçons que des personnes non-binaires (Sam Smith !) Myriam est un prénom considéré comme féminin. La terminaison « -am » est également assez proche de « -anne » par laquelle se termine de nombreux prénom féminin (Marianne, Liliane, Diane…) En réalité, rien de très extraordinaire dans le fait qu’une fille puisse s’appeler Liam, le prénom pourrait même se féminiser dans le futur.

 

3.    Et si on laissait l’enfant choisir ?

 

Puisque l’intérêt de l’enfant est mis au centre – et devrait être mis au centre – de la question, je propose qu’on suive réellement l’intérêt de l’enfant. Lorsque l’enfant sera en âge de parler, elle sera à même d’exprimer ce qu’elle pense de son prénom. Quitte à le changer à ce moment là. Il est des tas d’enfants (cis comme trans) que l’on n’appelle jamais par leur prénom de naissance, pour diverses raisons. Parfois cela vient naturellement (un surnom qui reste ou l’utilisation du deuxième prénom parce qu’il convient mieux), parfois c’est à la demande de la personne concernée. Utiliser le prénom choisi même si ce n’est pas le prénom légal puis permettre un changement de prénom à l’état civil avec une procédure simple est encore le meilleur moyen d’aller dans le sens de l’intérêt de l’enfant, qui pourrait tout simplement adorer s’appeler Liam.

En conclusion, il est parfois légitime d’interdire certains prénoms comme Serpillère ou Hitler. Ici, ce n’est pas le cas. Le procès est avant tout motivé par le cissexisme et ne prend pas réellement en compte l’intérêt de l’enfant, d’autant plus que Liam est finalement un prénom déjà « connotable » comme un prénom mixte.

Source :

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/03/02/97001-20180302FILWWW00360-un-couple-devant-la-justice-pour-avoir-appele-leur-fille-liam.php

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