La contraception et moi (trans non-binaire)

Un sujet féminisme difficile à aborder et encore plus d’un point de vue trans…

 

(CW : règles, dysphorie, sexisme)

La plupart d’entre vous le savent déjà, je suis transgenre non-binaire (ni homme ni femme) et j’ai été assigné femme à la naissance. J’ai un cycle menstruel et je ne suis pas sous testostérone (d’ailleurs pour les personnes qui sont sous T, faites attention car il est possible qu’une grossesse puis arriver malgré tout !) Ayant un partenaire qui est un homme cis, a priori fertile, nous devons bien sûr prendre nos précautions pour éviter une grossesse non désirée. Je souhaitais écrire un court article à ce sujet car la contraception est encore difficile à aborder dans un cadre féministe mais elle l’est encore plus lorsqu’il s’agit de personnes trans. Je précise que cet article ne s’adresse pas nécessairement qu’aux personnes trans, il peut s’adresser à toutes les personnes nécessitant une contraception, mais j’aborderai bien sûr la question d’un point de vue non-cissexiste et depuis mon expérience.

 

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« Les hommes trans et les personnes non-binaires peuvent aussi avoir des règles !!! Les protections hygiéniques ne sont pas « féminines » ! »

Et la contraception non plus !

 

Entrons donc dans le vif du sujet. Mon partenaire et moi, nous utilisons tout simplement les préservatifs externes (un terme plus inclusif que « préservatif masculin » puisqu’il n’y a pas que les hommes qui peuvent avoir un pénis). Le préservatif vous protège aussi contre les maladies sexuellement transmissibles (bien que dans notre cas nous soyons testés donc nous utilisons le préservatif uniquement pour éviter une grossesse). Je n’ai jamais utilisé d’autres moyens de contraception, par choix.

En revanche, ce choix a souvent été remis en question par l’entourage ou le personnel médical, accompagné d’une pression sociale à prendre la pilule contraceptive. Lorsque les gens apprennent que nous utilisons uniquement le préservatif, je subis souvent des regards méprisants, négativement étonnés, des remarques qui sous-entendent que je suis pas responsable (depuis quand le préservatif n’est pas responsable ???) ou pire, des remarques plaignant mon partenaire. Vous comprenez, le pauvre doit subir le préservatif, quel partenaire horrible je suis ! (sarcasme). Alors que la pilule comporte des effets secondaires bien plus envahissants que le préservatif… C’est très bien si les gens veulent l’utiliser en ayant pu faire un choix éclairé, mais la pression pour la prendre est inacceptable ! Les gynécologues que j’ai consultées m’ont systématiquement « proposé » la pilule – mais pas le stérilet ni la contraception définitive par exemple. C’est bien de proposer aux gens les différentes options qui existent, mais on observe un biais évident vers la pilule – et en plus j’avais déjà expliqué que le préservatif était tout ce que je voulais utiliser.

 

Personnellement, je ne veux pas utiliser de moyens de contraception hormonaux, quelque soit leur forme (pilule, patch, etc.) C’est mon choix. Je trouve que les effets secondaires n’en valent pas la chandelle en ce qui me concerne. De plus, je n’aime pas l’idée que mon corps soit « contrôlé » par une chose extérieure. Si pour certaines personnes la pilule peut correspondre avec une démarche d’appropriation son corps, pour moi c’est totalement le contraire : c’est une perte de contrôle. La pilule est dans mon ressenti très associée à son contexte social, c’est-à-dire la pression patriarcale qui va avec. Je veux que mon corps puisse fonctionner en autonomie, et pas être contrôlé comme s’il était malade ou gênant. Evidemment, je répète que c’est mon vécu personnel et que c’est très bien si certaines personnes sont empouvoirées par la pilule en ayant pu faire un choix éclairé – oui parce qu’avec la pression sociale, tout le monde n’est pas en mesure de faire ce choix éclairé. On présente la pilule comme la « solution automatique » à de jeunes personnes qui ont eu une éducation sexuelle plus que lacunaire et des explications approximatives sur son fonctionnement et ses risques ; ces personnes subissent en plus souvent la pression de leur copain qui ne veut plus mettre de préservatif ! Super climat…

Côté trans, la pilule améliore la santé mentale de plein de personnes qui sont très dysphoriques de leur cycle menstruel. Personnellement, je ne suis pas dysphorique de mon cycle menstruel et c’est en fait plutôt l’idée de la pilule qui me rend dysphorique – c’est tellement associé à la « condition de femme » ! La pilule c’est présenté et perçu comme ce « truc de filles ». Ce ressenti a aussi beaucoup joué dans ma décision de ne pas prendre la pilule (ou un autre moyen de contraception hormonal). En fait, il y a d’un côté le vécu du sexisme et de l’autre le vécu dysphorique qui se combinent (combo complexe et explosif).

Je n’ai donc jamais envisagé de prendre la pilule, ça a toujours été une évidence pour moi. N’étant pas une femme, je ne me sentais pas « concerné » quelque part, même si je savais que mon corps avait un cycle menstruel et qu’il faudrait donc utiliser des préservatifs.

Ma mère m’a demandé vers 17/18 ans si j’envisageais de la prendre, j’ai répondu « non » puis « oui je suis sûr que je veux pas la prendre », et la discussion s’est à peu près arrêtée là. Mon père m’a aussi soutenu dans cette décision. Quand ça a commencé à devenir sérieux avec mon partenaire, il m’a demandé si je prenais la pilule, je lui ai dit « non, et je ne la prendrai pas ; si t’es pas content, la porte c’est par là, je ne te retiens pas. » Il m’a regardé avec des yeux ronds comme des balles de ping-pong et il a juste répondu « ok, tu fais comme tu veux, c’est ton corps ». N’hésitez pas à affirmer clairement vos positions, si une personne ne respecte pas que c’est votre corps et donc votre choix, cette personne ne mérite pas que vous restiez avec elle.

Sinon, j’ai pensé au stérilet en cuivre mais ça m’angoisse trop d’avoir un truc dans le corps (au secours ! XD), en plus ça peut changer l’abondance des règles, ça ne me convient pas du tout. Donc pour le moment, je m’en tiens aux préservatifs.

 

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Vocabulaire inclusif sur le thème de la grossesse et des règles : femmes => personnes réglées /  femmes enceintes => personnes enceintes / femmes qui accouchent => personnes qui accouchent / mères qui allaitent => parents qui allaient / femmes ménopausées => personnes ménopausées ». Ce vocabulaire est scientifiquement plus juste et permet d’inclure les personnes trans/non-binaires et/ou intersexes. 

 

Voilà, j’espère que ce petit topo sur mon rapport à la contraception vous aura été utile et je souhaite à tout le monde d’avoir accès à une méthode de contraception lui convenant, sans pression !

 

Et parce que ça ne fait pas de mal :

 

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