« Tu peux pas avoir de vraies règles en étant trans » : règles et inclusivité

Avertissement : règles, cycle menstruel, transphobie

 

1. « Tu ne peux pas avoir tes règles en étant trans »

 

Je regardais des vidéos sur la chaîne FemmeHead dont le sujet principal est le cycle menstruel. J’aime bien sa chaîne mais j’étais embêté par son manque d’inclusivité puisqu’elle parle des « femmes ». Or, toutes les femmes n’ont pas leur règles et toutes les personnes qui ont leurs règles ne sont pas des femmes. Je lui ai donc demandé en commentaire d’utiliser l’expression « personne réglée » en expliquant que j’étais une personne non-binaire réglée intéressée pour suivre sa chaîne et que les personnes non-binaires et hommes trans peuvent aussi être concernés par ça.
Quand on laisse ce genre de commentaire en tant que personne trans, on sait qu’on va vite le regretter et qu’une armée de femmes cis dyadiques (non trans et non intersexes) va arriver pour défendre la cissitude et leur monopole sur les règles.
Tout d’abord, une personne des plus respectueuse m’a répondu en disant qu’elle ne savait pas que les NB et hommes trans pouvaient avoir leur règles. J’ai donc expliqué que tout le monde ne prenait pas de testostérone et que dans ce cas le cycle menstruel fait sa vie, que certaines personnes trans pouvaient aussi tomber enceintes, etc.
C’est ensuite que ça a dérapé. Quelqu’un m’a demandé « pourquoi tu veux des règles? » Alors là je nageais en pleine confusion. Je ne savais pas si elle pensait que je n’avais pas de règles mais que j’en voulais ou si elle pensait que j’avais des règles et se demandait pourquoi en tant que personne trans je ne voulais pas m’en débarrasser. Dans le doute je lui ai donc répondu « j’ai déjà des règles. » Et là, j’ai reçu la réponse la plus ahurissante à laquelle j’aurais pu m’attendre: « tu ne peux pas avoir de vraies règles en étant trans puisque tu es biologiquement mâle. Les règles viennent de l’utérus. Si tu saignes, tu devrais t’inquiéter. » J’avais pourtant donné suffisamment d’informations dans les commentaires précédents pour que quiconque ayant des connaissances basiques sur la transidentité comprenne que j’étais une personne non-binaire ayant bel et bien un cycle menstruel. Et pourtant, elle était là à me prendre pour une femme trans. D’autres femmes lui ont répondu en expliquant que j’étais sûrement « biologiquement femelle » (urk). J’ai dû lui expliquer que j’étais né avec un utérus et que toutes les personnes trans ne sont pas des femmes trans… bref cet échange était assez surréaliste. Ça montre un manque de connaissance évident sur la transidentité. Ça ne traverse même pas l’esprit de beaucoup de femmes cis dyadiques que des personnes trans peuvent avoir leur règles.

 

Note : et c’est aussi révélateur du fait que beaucoup de gens pensent que seules les femmes trans existent puisqu’elle est partie du principe que j’étais assigné garçon…

 

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Texte : Les hommes trans et personnes non-binaires peuvent aussi avoir des règles !!! Les protections hygiéniques ne sont pas « féminines » !

Description : les mots « hommes trans » et « personnes non binaires » sont réécrit au dessus avec une police en forme de tampons/cup/serviettes et autres icônes relatives au cycle menstruel.

 

2. « Les personnes réglées sont quand même biologiquement femmes »

 

Après la femme cis qui croyait que j’étais « biologiquement male » ont donc débarquées les femmes biologiquement femmes(TM) pour défendre leur monopole sur les règles.

Premier argument « les personnes réglées sont quand même biologiquement femmes/femelles donc on peut dire ‘les femmes’, c’est pas non inclusif, c’est de la science. » Sauf que le sexe est une classification sociale des êtres humains selon des critères arbitraires comme les organes génitaux, les hormones, les chromosomes et les caractéristiques sexuelles secondaires. En pratique l’assignation d’un sexe à la naissance ne se fait que sur les organes génitaux apparent et la majorité des gens ne connaissent ni leur organes internes, ni leurs taux hormonaux, ni leurs chromosomes. Au final le « F » et le « M » de votre carte d’identité n’est pas une mesure biologique, mais bien une assignation à un groupe social donc à un genre. En effet, il n’existe pas deux sexes distincts dans l’espèce humaine mais un spectre de variations. La définition de catégories artificiellement distinctes (homme/mâle et femme/femelle) en présence d’un spectre continu est une décision sociale qui ne s’ancre pas dans la réalité biologique.
Ainsi, dire que les personnes trans réglées sont « biologiquement femmes » est un moyen d’essayer de ne pas paraître transphobe tout en l’étant. Ça vous permet de grouper les personnes trans avec leur genre assigné, de les effacer et de continuer à être cissexistes sans rien changer du tout. Les personnes trans réglées ne sont pas « biologiquement femelles ». Ce sont des personnes réglées.

Deuxième argument « 99% des personnes réglées sont des femmes donc on va pas arrêter de faire une généralisation ». C’est marrant parce que quand on dit « les personnes cis » alors que vous êtes 99% de transphobes, là tout de suite faut pas en faire des généralisations. Puis vous êtes toujours le 1% de gentiles cis vous.
Bref, l’argument du nombre est surtout mauvais quand on parle d’un groupe opprimé. Déjà je ne sais pas d’où sort ce chiffre de 99% mais admettons. Le 1% restant ça fait quand même un paquet de monde rapporté en nombre de gens en fait, parce qu’on est beaucoup d’humains sur Terre et ouais… puis si vous voyez quelqu’un se faire insulter ou agresser vous lui direz pas « ah nan désolé je vais pas t’aider, t’es qu’un humain sur 7 milliards ».
Ou je veux en venir c’est que face à la déshumanisation, l’exclusion et les violences que subissent les personnes trans, votre argument chiffré n’a aucune valeur. Savez vous à quel point il est aliénant en tant que non-femme que d’assister à des discussions sur un événement biologique qui m’arrive tous les 28 jours depuis plus d’une décennie perpétuellement cis-centrées ? Ces discussions desquelles je suis exclu en tant que non-binaire, dans lesquelles je suis constamment megenré et effacé tout en étant inclus de force dans « les femmes »… bref la transphobie systémique habituelle en fin de compte, rien de nouveau sous le soleil.
Les termes qu’on emploie son importants. En tant qu’alliées vous vous devez de mieux faire et d’être inclusives.

 

J’en entends déjà qui me traitent de sale misogyne parce que j’empêche les femmes de parler librement d’un sujet tabou dont se sert le patriarcat pour les opprimer. Je suis concerné par ça aussi, le patriarcat essaye aussi de contrôler mon corps et d’en faire un sujet tabou pour moi, et encore plus parce que se rajoute la double oppression du fait d’être trans. C’est moi que vous essayez de silencier là, pas l’inverse.
De plus, on est parfaitement capables de reconnaître que la plupart des gens qui ont leur règles sont des femmes tout en utilisant un langage inclusif, l’un n’empêche pas l’autre ; on peut faire une analyse plus complexe et nuancée que la simpliste « classe des femmes » qui efface les personnes trans et intersexes. Personne vous empêche de parler de VOTRE expérience en tant que femme cis réglée par ailleurs.

Note : remarquez que dire ‘les femmes’ comme si toutes les femmes avaient leur règles invisibilise aussi les femmes trans et certaines femmes intersexes qui ne sont pas réglées.

 

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 Texte : Classer les êtres humains selon n’importe quel critère est une décision sociale, même si ce critère est un fait biologique. La notion de sexe est construire socialement.

 

3. Des discussions sur les règles menées par les personnes trans

 

Honnêtement, même quand les femmes cis essayent d’être inclusives, se retrouver à être la seule personne trans dans une discussion sur les règles me met mal à l’aise. Pas à cause d’elles, mais à cause du fait que c’est tout le temps comme ça dans la société et que les règles sont encore très associées à la féminité. Si la société était inclusive à plus large échelle ça serait pas un souci ce genre de conversation. En attendant je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise, malgré que je n’ai pas de dysphorie par rapport à mes règles.

Une fois je me suis retrouvé à parler de règles avec une autre personne non-binaire et c’était vraiment très libérateur. On a beau partager la même fonction biologique avec les femmes cis, c’était différent quand j’en ai parlé avec cette personne non-binaire. Parce qu’iel comprenait tout le contexte social autour du fait d’être non binaire et réglé. Parce qu’iel comprenait ce que ça fait d’être megenré dans une discussion cissexiste sur les règles. Parce qu’iel comprenait la difficulté d’acheter des protections hygiéniques étiquettées « féminines ». Etc. Il y a honnêtement des situations auxquelles une femme cis ne sera jamais confrontée. Comme le fait de ne pas trouver de poubelle dans les toilettes des hommes. Ou encore si l’on est perçu comme un homme, comment expliquer qu’aujourd’hui on se sent pas bien ou demander un tampon à sa collègue si on est en rade ? Y’a aussi la dysphorie liée à ça pour ceuxe qui en ont (et même si je n’en ai pas, comme j’en ai dans d’autres domaines je suis déjà plus susceptible de comprendre cela et de pouvoir en discuter avec une personne concernée en la mettant à l’aise qu’une femme cis). Il y a aussi l’effet de la prise de testostérone, l’arrêt de la testostérone et le retour des règles pour certaines personnes trans. Et sûrement d’autres situations que j’oublie.
Un gros problème est aussi l’accès aux ressources sur les règles. Comment y accéder sereinement si l’on va se faire megenrer toutes les deux lignes ? D’où l’importance de l’inclusivité de telles ressources. Il est important que les personnes trans puissent lire des ressources sur un sujet qui les concerne au lieu de devoir les éviter à cause du cissexisme de telles ressources. C’est important pour leur santé.

Je pense qu’il est important que les discussion sur les règles ne soient pas menées par des femmes cis seules mais que de telles discussions soient aussi menées par des personnes non-binaires et des hommes trans. Je pense que des discussions spécifiques aux personnes trans sont aussi nécessaires, où les enjeux spécifiques liées au fait d’être trans et réglé peuvent être abordés. La non mixité trans peut être une solution pour ce genre de conversation d’ailleurs.

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