Le « privilège afab » n’existe pas

L’expression « privilège afab (assigné-e fille à la naissance) » est censée traduire le fait que les personnes trans afab auraient un privilège sur les personnes trans amab (assigné-e garçon à la naissance).

 

  1. Une terminologie problématique

 

Notons d’ores et déjà que les femmes cis sont également afab et que le terme « privilège afab » est donc mal choisi, car il groupe des personnes trans avec des personnes cis de leur assignation – ce qui est transphobe. Car oui, les femmes cis ont le privilège d’être cis (et non pas le privilège d’être des femmes, ne mélangeons pas tout) alors que les personnes trans subissent la transphobie. Le terme est doublement mal choisi car être assigné-e fille à la naissance n’est pas un privilège : une personne assignée fille à la naissance subira automatiquement le sexisme (qu’elle soit cis ou pas).

Ce sera encore moins un privilège pour les hommes trans et les personnes non-binaires que d’être assigné-e-s filles à la naissance puisqu’il ne s’agit pas de leur véritable genre et cette assignation sera responsable de complications sociales, légales, etc. qui constituent la transphobie. Trop priviligié-e-s de subir le sexisme et la transphobie, on adore ! (sarcasme)

D’autre part, grouper toutes les personnes trans afab ensemble n’a pas non plus de sens. Nous sommes un groupe très divers : genres divers, transitions diverses, apparences diverses, etc. Et surtout, il est absurde de faire comme si les hommes trans et les personnes non-binaires c’était pareil. De nombreuses personnes acceptent les hommes trans et les femmes trans mais pas les personnes non-binaires – quelque soit leur assignation ! – parce qu’elles croient qu’il n’y a que deux genres. (D’ailleurs parler de privilège afab groupe également les femmes trans et les personnes non-binaires amab, ce qui n’a pas non plus de sens pour les mêmes raisons).

 

  1. Un privilège inexistant

 

Bref, la terminologie en elle-même est problématique et absurde. Examinons à présent plutôt le concept qu’il y a derrière, à savoir l’idée selon laquelle les personnes trans afab auraient un privilège par rapport aux personnes trans amab.

Comme je viens de le dire, dans de nombreux cas les hommes trans et les femmes trans sont mieux acceptés que les personnes non-binaires, quelque soit leur assignation ce qui devrait d’ores et déjà démontrer que déclarer un « privilège afab » regroupant toutes les personnes trans afab manque cruellement de nuance.

Pour qu’il y ait « privilège afab », il faudrait que les personnes trans afab retirent un bénéfice systémique de l’oppression des personnes trans amab (transphobie et plus spécifiquement transmisogynie). Or ce n’est pas le cas ! Les personnes trans afab ne retirent aucun bénéfice des difficultés liées aux changements d’état civil, d’accès aux soins, du cissexisme… Tout cela les oppresse aussi en fait, vu que ça fait partie de la transphobie. Les personnes trans afab ne retirent pas non plus de bénéfices d’éléments plus spécifiques à la transmisogynie comme le risque plus élevé d’agression et de meurtre. Ce sont les personnes cisgenres qui sont en position dominante ici. Et l’avancée des droits des personnes trans afab se fait main dans la main avec l’avancé des droits des personnes trans amab : la facilitation des changements d’état civil profite à tout le monde, la meilleure compréhension de la transidentité profite également à tout le monde, etc.

Ce qu’on peut éventuellement dire, c’est que les personnes trans afab ont l’avantage intracommunautaire de ne pas subir une forme particulière de transphobie que l’on appelle transmisogynie. Ceci peut notamment s’expliquer par le fait qu’être une femme ou une personne féminine est considéré comme étant inférieur au fait d’être un homme, alors les personnes transféminines sont considérées comme étant « dégradées ». Ca ne veut pas dire que les personnes trans afab « gagnent en grade » car la situation n’est pas symétrique ! Les gens décrètent régulièrement que les personnes trans afab échapperaient à la misogynie, mais c’est faux. Je vous renvoie aux articles correspondants.

D’ailleurs, je voudrais en profiter pour évoquer une problématique particulière : celle des TERF (féministes radicales excluant les personnes trans) qui sont particulièrement virulentes à l’égard des femmes trans, en les considérant comme des « prédateurs sexuels », des « hommes malades mentaux », et autres sympathies. Elles sont moins virulentes envers les personnes trans afab mais notons qu’elles le sont malgré tout : celleux-ci sont souvent dépeintes comme des « traitresses » à la cause féministe et comme des « femmes ayant tellement de misogynie intériorisées qu’iels refusent d’être des femmes ». La situation pour les personnes trans afab est donc « moins pire » mais pas géniale non plus (pour en savoir plus).

 

Il y a aussi des cas où on pourrait estimer que les personnes trans amab sont avantagées par rapport aux personnes trans afab :

–       les femmes trans sont plus visibles dans les médias qui font qu’elles ont plus de modèles – notons que la visibilité ne vient pas qu’avec des avantages et cela peut causer un pic de violence ;

–       la vaginoplastie est mieux maîtrisée et moins chère que la phalloplastie et il y a plus d’équipes qui le font ;

–       les cicatrices d’une mammectomie peuvent outer les personnes trans afab, surtout maintenant que la question de la transidentité est plus connue, les gens commencent à associer personne trans afab et cicatrices de mammec.

En conclusion, oui on peut éventuellement parler d’un avantage intracommunautaire en précisant bien le contexte, mais en aucun cas parler d’un privilège systémique !

Dans la communauté trans, les un-e-s crient tantôt que les personnes trans afab auraient des « privilèges afab », les autres crient tantôt que les personnes amab auraient des « privilèges masculins », les un-e-s crient tantôt que les personnes « trans binaires » auraient des « privilèges binaires », les autres crient tantôt que les personnes non-binaires auraient des « privilèges cis ». Et si on passait plus de temps à lutter toustes ensemble contre la transphobie au lieu de chercher à créer des hiérarchies artificielles à coups d’analyses simplistes ?

 

NB : l’analyse de cette question comporte des similarités avec la question de savoir si les privilèges monosexuels et allosexuels existent. Pour cela, je vous renvoie à l’article correspondant.

Un commentaire sur “Le « privilège afab » n’existe pas

  1. En faite, je pense que beaucoup le pense, dans la communauté trans, car il/elle ne comprennent pas l’interet de l’autre quand ces interêts sont diamétricalement opposée.
    Une femme trans, ou une personne non binaire transfem, en général va rechercher la validation sociale  » d’être une personne gentille et sympathique « , et même pour certaine, subir le même sort que les femmes cis vivent . Hors, c’est rarement ce qu’on leur donne, et quand ces personnes transfem et non binaire peuvent voir qu’on prefere donner cette validation sociale dite  » feminine  » aux hommes trans, et aux non binaire. Qui peuvent leur être renier. Ca peux faire mal.
    Le truc, c’est que de leur cotées, les personne transmasc et homme trans, justement ne veut absolument plus cette vision de la validation feminine, et prefererer qu’on s’interesse plus à ce qu’il/iel font, de leur qualitées intrasèque, quitte a les juger de manière négative, mais que ça ne soit pas à travers leur existence et de leur apparence même, mais plus de leur actions. Du coup, pour eux/elleux, c’est aussi un problème, la société continue a trop se comporter avec elleux comme des femmes, et ça même si la personne à un passing d’homme, si le fait que la personne soit AFAB est connu.
    Les interets des deux groupes sont divergeant, et voit en l’autre groupe, le désir qu’il/elle/iel souhaite avoir. et qu’il/elle/iel n’arrive pas à avoir. et donc, chaque groupe, peuvent pensé que l’autre est priviligié, car ce groupe as ce qui est tant désirée par la personne, tout en ayant pas ce nous pouvons réellement désirée.
    J’ai eu moi mêmes un moment ces pensées à mes debuts, principalement dût a une jalousie qui n’aurait pas dut a avoir lieu, car ce dont j’aurais pu être jalouse était au final pour elleux/eux la source de leur problèmes.
    Je tiens cependant à dire, que par apport aux opérations, être transmasc/homme trans, n’est pas forcément plus dur, cela dépends de jusqu’ou on veut allez dans la transition, la phalloplastie est extrémement dur chirurgicalement, et c’est très dur pour les hommes trans de vivre ça. Mais pour les personnes qui sont ok avec leur organes génitales de naissance c’est beaucoup plus simple d’acceder aux passing masculin( mais dans tout les cas on peux pas parler de privilège, d’un point de vue sociétale, car il est ici question de biologie ).
    Pour une femme trans, il est en effet plus simple d’avoir une vaginoplastie, même si cela implique souvent des complications . Mais pour une femme trans qui aurait commencé sa transition après la puberté, certaines chose irrémédiable sont assez dur a avoir.
    Par exemple, la voix , on peux travailler pour que ça soit  » feminin » mais on ne peux pas allez facilement sur n’importe quelle note de feminin, il est très dur de pouvoir faconner notre voix comme nous pouvons le vouloir, et les opérations pour la voix sont extrémement risqué et mène très souvent a ce que la personne ne puisse plus parler.
    Il y a aussi quelque chose d’assez fondamentale, c’est que, pas mal de monde sont très suspicieux des femmes trans/ transfem. Tout simplement car dans l’imaginaire des hommes, nous pouvons être des  » traps  » ou autre. et que du coup, certaines personne prennent du temps à apprendre certaines chose dans notre corp qui sont plus souvent chez les femmes trans, quand quelqu’un est une femme même si elle sont un passing, certaines personne scrute comme la taille, le menton, la machoire, l’arcade sourcillère, ça à d’ailleurs mener a beaucoup de violence faites aux femmes cis, et elle se sont taper de la transphobie alors qu’elle était cis, simplement car elle avait des traits statistiquement masculin.
    Que quand quelqu’un voit un passing homme dans la rue, premierement on le regarde moins, mais on va aussi moins se douter  » ça peux être un homme trans  » si plusieurs critère ne correspond pas au passing, tout simplement car pour beaucoup de cisgenre , ils n’ont pas l’idée de pensée qu’une personne AFAB dyadique serait un homme et donc ferait les efforts pour ressembler à ça.
    Je pense que les hommes trans/transmasc doivent voir de leur cotées, certaines chose équivalente, de discrimination que nous ne voyons pas, car il est beaucoup plus simple de voir ce qui nous affecte, et qui est rarement connu du grand monde. Nous ne voyons entièrement que la discrimination que nous subissons, et seulement que la surface de la discrimination que les autres peuvent subir. C’est ainsi, beaucoup plus simple de pensée,  » je suis discriminée, je subis beaucoup plus de chose que je peux voir que les autres subissent, ou disent subir  » .
    Lou, une personne trans non binaire entre feminité et androgynité.
    Soyez comprehensive envers les autres, vous ne savez pas tout !
    Déso pas déso du pavé!
    Des bisous !

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s