Survivre à Cisland

C’est pas tous les jours facile d’être une personne trans dans un monde cisnormatif. On a pas d’autre choix que de développer des mécanismes d’adaptation pour surmonter les difficultés et la marginalisation qui nous sont imposés. C’est pourquoi j’écris, en me basant sur ma propre expérience, un petit guide de techniques de survies à Cisland, tout en essayant d’y distiller un peu d’humour pour que ça soit un peu moins dramatique. Attention, cisphobie garantie !

Note : Ce ne sont que des conseils, pas des injonctions. Ce qui marche pour moi peut ne pas marcher pour vous.

Note 2 : Je rappelle que la cisphobie n’existe pas en tant qu’oppression systémique et que le terme est utilisé de façon humoristique.

 

I –         Entourez vous des bonnes personnes

 

La première chose à faire, c’est s’entourer des bonnes personnes. Celles qui vous respecteront, vous donneront confiance en vous et vous feront vous sentir en sécurité.

 

1)   Faites vous un réseau trans

Premièrement, il va être indispensable de vous faire un réseau d’ami•e•s trans. En effet, ce seront les seules personnes qui pourront vraiment vous comprendre, puisqu’elles vivent la même chose. Elles vous aideront dans votre déconstruction, vous donneront des conseils, vous écouteront, vous donneront une épaule sur laquelle pleurer dans les moments difficiles. Bref, elles vous apporteront un soutien qu’une personne cis ne sera pas en mesure de vous donner. Vous pourrez leur raconter combien les cis sont méchant•e•s et vous vous plaindrez ensemble des cisperles que vous aurez récolté en chemin. ^^

Alors comment faire son réseau trans quand on ne connaît personne dans la vraie vie ? Ce n’est pas bien compliqué à vrai dire. Facebook est le repère de toute personne trans digne de ce nom ; de tout militant•e digne de ce nom, je dirais même plus ! :p Bref, il y a des groupes en tout genre (au sens premier du terme d’ailleurs) qui fleurissent sur Facebook et qui vous permettront de rencontrer des personnes qui vivent la même chose que vous. Au début, vous allez rentrer dans un groupe, puis vous ajouterez en ami•e les personnes avec qui vous vous entendrez bien dans les commentaires des posts.

 

2)   Choisissez bien vos cis de compagnie

Pour prouver qu’on est pas trop cisphobes, il va quand même falloir garder quelques ami•e•s cis dans son entourage. Les cis sont partout donc ça va pas être trop compliqué. Je suis sûr que vous avez même déjà quelques cis de compagnie sous le coude. Ceuxe que vous devez garder sont ceuxe qui vous respectent et vous acceptent tel•le que vous êtes. Le minimum est qu’iels vous genrent et vous nomment correctement (sinon, au cachot !) Mais ça ne fait pas tout. Encore faut-il qu’iels s’abstiennent de faire des cisplications, des larmes de cis, de la police du ton, du « pas toustes les cis » et autres mécanismes oppressifs. S’iels ne sont pas encore tellement déconstruit•e•s, il est presque sûr qu’iels vont tomber dans ces écueils au début. Vous pouvez alors les rediriger vers des ressources éducatives. S’iels sont de bonne volonté, la déconstruction devrait se faire en douceur et vos cis de compagnie ne devraient pas trop vous poser de problèmes par la suite.

 

3)   Sachez reconnaître vos ami•e•s problématiques

Bon, soyons honnêtes, personne n’atteindra jamais le niveau de déconstruction 100% dans une société qui nous a conditionné•e depuis la naissance à être cisnormatifves. Iels auront toujours une part de problématique en euxe, mais certain•e•s plus que d’autres. Certain•e•s ont plus de mal à déconstruire les principes normatifs que les autres et vont continuer de s’engluer dans le problématique. Là, c’est à vous de voir vos propres limites.

On peut tout à fait être ami•e avec quelqu’un de problématique tant qu’on en a conscience et que cette personne ne dépasse pas nos limites. Je veux dire, si vous arrivez à apprécier Jean-Michel Cis malgré qu’il vous fasse une séance de cisplication bien relou une fois par semaine (c’est comme le sport, faut pas perdre la forme), libre à vous. Ce qu’il faut savoir reconnaître, c’est quand la situation devient toxique. J’y viens tout de suite.

 

4)   Sachez vous éloigner des gens toxiques

Il y a des gens qui, malgré vos rappels à l’ordre et les ressources éducatives que vous leur enverrez, ne changeront pas et resteront diablement problématiques. C’est ce genre de personnes qui vous vident de votre énergie parce qu’en plus de vous prendre une bonne dose d’oppression dans la tronche à chaque fois, vous vous battez contre des moulins à vents, tel un Don Quichotte. Là c’est toxique. Là je conseille de vous éloigner de cette personne sinon vous ne tiendrez pas. Vous ne devez rien à personne et vous protéger est la priorité.

S’il y a de l’affectif en jeu, ça peut être vraiment compliqué de couper les ponts, mais vous pouvez choisir de mettre dans un premier temps une distance émotionnelle : moins voir cette personne, moins lui parler, vous laissez plus d’espace à vous et autoriser à souffler, à respirer.

 

5)   Sachez avec qui vous pouvez parler de sujets trans

Sachez aussi qu’il y a des gens avec qui vous ne pouvez pas parler de ce genre de sujet car ça va dériver en cisplication à tous les coups. Quand vous vous serez fait•e avoir deux ou trois fois par votre coloc’ qui est malheureusement Jean-Michel Cis (encore lui !), vous ne ferez plus l’erreur d’en parler à cette personne. Au lieu de ça, vous préférerez lui parler du temps qu’il fait en le croisant dans la cuisine pour essayer de meubler la conversation et l’empêcher de dériver sur les sujets qui fâchent. Conversation ô combien inutile et superficielle mais qui vous épargnera un fort mauvais moment. « Oh dis-donc, c’est qu’il pleut beaucoup beaucoup… Merde alors… »

 

II –         Sachez doser le militantisme

 

1)   Arrêtez de vouloir éduquer tout le monde

Au début de ma transition, je voulais éduquer tout le monde, répandre mon savoir sur le genre à travers les commentaires Facebook transphobes, les conversations problématiques, la Voie Lactée et même une galaxie lointaine très lointaine. Sauf que c’est épuisant. C’est comme ramer seul dans une barque à contre-courant au milieu de l’océan. On sue en avançant à peine et en plus, on se prend des vagues froides dans la tronche.

Un moment donné, j’ai décidé de me concentrer sur une seule chose, mais que je savais être efficace : ce blog. J’y fais de la pédagogie quand je veux, de la manière dont je veux, je sais que les gens qui le lisent sont désireuxes de m’écouter et que les commentaires insultants, je peux les supprimer à ma guise. Je touche bien plus de personnes ainsi, et j’investis mon énergie dans quelque chose de vraiment efficace. Alors pour vous ce n’est pas obligé de passer par un blog, il y a dix milles façons de militer différentes, ou de ne pas militer d’ailleurs. Par exemple, vous pouvez juste partager des articles éducatifs si vous êtes safe sur votre compte Facebook, ça les rend visibles à une plus large audience.

 

2)   La pédagogie n’est jamais une obligation

Y’a toujours des petit•e•s malin•e•s cis qui vous feront de l’injonction à la pédagogie. Mais sachez que vous ne leur devez rien. Iels ont la responsabilité de s’éduquer par iel même. Iels savent utiliser Google. Oh, iels vous diront bien que c’est pas pareil d’avoir une vraie conversation (certes) et que si vous voulez vous faire accepter il faudra bien que vous en parliez (injonction, injonction !) Mais ce qu’iels ne savent pas, c’est que vous avez déjà dû expliquer exactement la même chose à Jean-Michel Cis (oui celui-là, le relou) la semaine dernière et qu’il vous a répliqué de bons arguments de cis en pleine séance de cisplication (c’est toujours les mêmes, on finit par les connaître par cœur, c’est tellement prévisible…) Puis que vous avez dû expliquer aussi la même chose à Marie-Jeanne Cisperle il y a trois jour, et à Mat Cisplication avant-hier, et puis aussi à Irène Tonepolicing, Antoinette OuinOuin, Jacqueline MoiMoiMoi, Jean-Jacques JYConnaisRienMaisJeLOuvreQuandMême, etc. et que merde quoi ! Ca aussi ça nous vide de notre énergie.

On aimerait bien allez à une soirée tranquilles sans avoir à faire un cours de genre non plus quoi. Sentez vous donc libre de venir avec un panneau « la boutique est fermée » et d’envoyer paître les relous. Si vous voulez les envoyer paître gentiment, dites-leur que vous leur expliquerez plus tard, que pour le moment vous n’avez pas le temps et que vous êtes fatigué•e, et ne le leur expliquez jamais niark niark niark. Vous savez, comme ces gens qui disent « on s’appelle hein » et qui vous appellent jamais.

 

3)   Sachez faire abstraction

Sachez faire abstraction des relous. C’est pas facile mais on y arrive. Quand vous aurez reçu votre énième cisplication, la même rengaine, vous aurez compris le truc. Ca sert à rien d’écouter, on sait déjà ce qu’iels vont dire, on sait déjà ce qu’iels vont répondre si on les contredit, on sait déjà qu’on va y perdre toute notre énergie parce qu’il y a un rapport de force entre euxe et nous et que ça va gâcher notre journée pour rien. C’est vain.

Dans ces cas-là, je vous conseille d’appliquer ma fameuse technique de la mouette : quand vous sentez venir une cisplication, vous pouvez vous exclamez en regardant le ciel « oh regarde des mouettes, elles sont chouettes ! » pour changer de sujet. Si la cisplication a déjà commencé et que lae cis est inarrêtable, il vous reste la technique de la plante : prenez la plante la plus proche et occupez vous à compter les feuilles en attendant que ça passe. Le pire, c’est que ce n’est même pas une blague !

 

4)   Accordez vous des pauses

Le dernier conseil que je peux vous donner, c’est de vous accorder des pauses. On ne peut pas tenir le coup si on a le cerveau H24 branché sur le canal militantisme. « AgenreAPaillettes à CisphobeNumberOne, AgenreAPaillettes à CisphobeNumberOne, vous me recevez ? On a une mission pour vous. Les cis ont encore sévi sous un post Facebook. » Sérieusement, y’a des jours, coupez la radio. Vous pouvez même regarder une de ces comédies romantiques archi stéréotypées qui ramolli le cerveau sans faire une liste mentale de tous ses aspects problématiques (ouais, je sais, c’est dur…), on vous en voudra pas promis.

 

[Aparté à propos des médias problématiques : je pense qu’on peut apprécier quelque chose ayant des aspects problématiques tant qu’on en a conscience et qu’on reste critique par rapport à ces aspects (et qu’on respecte le choix des autres ne de pas apprécier ledit média à cause de ces aspects problématiques).]

 

Bref, j’espère qu’avec toutes ces techniques testées et approuvées vous serez mieux armé•e•s pour survivre à Cisland. Rappelez-vous que vous avancerez par essai-erreur et apprendrez à vous adapter petit à petit et à mettre en place vos propres stratégies.

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4 commentaires sur “Survivre à Cisland

  1. J’ai la forte impression que je vais pas être acceptés et que tu vas considérer ça comme des cistears maiiiiis…
    J’ai du mal à comprendre le fait qu’une personne ne puisse pas vraiment être réellement amie avec une personne trans. Peut être que sur certains points on pourra moins comprendre l’autre mais et alors? Quand deux personnes sont amies, elle n’ont souvent pas les mêmes problèmes.
    J’ai une amie trans (nan je vais pas faire la blague du: »alors je suis pas raciste mais j’ai un très bon ami noiiiir » je veux juste donner un exemple concret) qui se considérait comme cis il y a 2 ans. Et bien c’est moi qui l’ai introduite dans la commu lgbt+ et qui lui ai expliqué ce que c’était qu’être trans. Je l’ai extrêmement soutenue et elle a fait son coming out. Depuis elle se sent extrêmement mieux et on s’entend vraiment bien. On parle pour ne rien dire, on s’invite, on fout le bordel ensemble… de vrais potes quoi. Alors pourquoi juste réduire les cis à des connards? J’espère ne pas avoir été offensante ^^ »

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    1. Tu n’as pas compris mon propos, je n’ai jamais dit qu’une personne cis et une personne trans ne pouvaient pas être amies ^^ J’ai plein d’ami-e-s cis trop cool, et j’ai jamais dit non plus que toutes les personnes cis étaient des « connasses ». J’ai simplement dit que quand on était marginalisé-e en permanence, c’est bien d’être aussi entouré-e de personnes qui vivent exactement la même chose, car le niveau de compréhension ne reste pas le même, y’a un vécu commun.

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