Approche « matérialiste » de la transidentité et enbyphobie

out d’abord, je tiens à dire que je ne vais pas critiquer le matérialisme en tant que tel, mais les applications que j’en ai vu à la transidentité et la non-binarité en particulier. Ca ne veut pas dire que toute approche matérialiste n’est pas inclusive à mon sens, mais juste cette approche-là. D’ailleurs, je connais peu le matérialisme d’un point de vue théorique. Je critique donc uniquement les arguments de certaines personnes qui se réclament du matérialisme dans le contexte transidentitaire.

De plus, je ne cite aucun nom et ne vise personne en particulier, je veux juste argumenter mon désaccord avec certaines idées. 

 

Je vais quand même mettre une définition de matérialisme ici avant de me lancer. Le matérialisme est un courant philosophique définit comme suit : « Doctrine qui, rejetant l’existence d’un principe spirituel, ramène toute réalité à la matière et à ses modifications. » 

(source : http://www.cnrtl.fr/definition/matérialisme)

Ok, si vous n’avez rien compris au matérialisme, vous pouvez quand même lire cet article, je n’y discute pas de philosophie en tant que tel.

Le féminisme matérialiste est quant à lui un courant du féminisme apparu après mai 1968 dont la thèse principale est « que la domination patriarcale des femmes s’opère par des pratiques matérielles, notamment par l’extorsion du travail domestique au sein des foyers. Il existe ainsi un mode de production patriarcal imbriqué avec le mode de production capitaliste. (…) Pour les féministes matérialistes, les rapports entre sexes sont une construction sociale. » 

(source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Féminisme_matérialiste)

 

 

1) Pourquoi définir la transitude par la dysphorie et/ou la transition est excluant

 

Un argument qui revient évidemment très souvent parmi les personnes trans que j’ai entendu se réclamant du matérialisme, c’est la nécessité d’avoir de la dysphorie et/ou de vouloir/faire/avoir fait une transition pour être trans. Si j’ai bien suivi leur raisonnement, c’est que comme uniquement ce qui est matériel existe, les identités ne comptent pas, mais uniquement les « faits ». Ca ignore beaucoup de choses sur la transphobie en tant que système d’oppression à mon sens et comment se construit l’identité de genre en fait…

Pour euxe, définir le genre comme un ressenti est essentialiste. Pourtant ce ressenti est la conséquence d’une construction identitaire dépendant de divers facteurs sociaux (donc pas un genre qu’on serait par essence, par nature, avec lequel on naîtrait). Il va notamment dépendre de la réponse à la socialisation d’un individu. Donc l’identité de genre résulte bien de faits sociaux, en conséquence de quoi, à mon sens, ça peut parfaitement s’inclure dans un raisonnement dit matérialiste (mais bon, je suis pas expert en philosophie matérialiste donc je m’avance pas trop). Ce que j’essaye de dire, c’est que penser que l’identité en elle-même ne résulte pas du social ou n’a pas d’impact sur le social est faux puisque cette identité EST construite dans un cadre social.

Je pense que le mythe de la socialisation masculine est assez éloquent pour illustrer ce que je dis là (Cf. Socialization arguments are transmisogyny). C’est un mythe selon lequel les personnes trans assignées garçon à la naissance auraient eu une socialisation de garçon cis dyadique (pas trans et pas intersexe) et que donc ont eu des privilèges masculins un jour, et ont été du côté dominant. Dans les faits, ce n’est pas vérifiable, ces personnes subissent bien souvent des brimades et autres agressions avant même une quelconque transition et avoir réalisé être trans. Pourquoi ? Parce que le fait de ne pas être un mec cis dyadique s’ancre dans le social. Les codes sociaux autour du genre sont très complexes et ne sont pas uniquement constitué par ce qui est immédiatement « visible en surface ».

Pour ce qui est de définir la transitude sur la base de la dysphorie, un très bon article en anglais, Not all transgender people folks have dysphoria (Sam Dylan Finch pour Everyday feminism), y a déjà répondu. Si vous ne lisez pas l’anglais, le premier commentaire ci-dessous sera une traduction partielle de cet article (suffisante pour comprendre le raisonnement). J’en récapitule tout de même les arguments pour toi qui n’a pas le temps ou plus assez de cuillères* pour lire ça dans l’immédiat : [*théorie des cuillères : nombre de « cuillères » = quantité d’énergie restante, théorique applicable dans le cas des handicaps et neuroatypies]

1 – Cela suggère que l’identité de genre peut être décidée par une personne extérieure : on nie le droit des personnes à s’auto-identifier en faisant des règles pour décider qui est « assez trans » ou pas.

2 – Cela médicalise l’expérience de la transidentité : la dysphorie émerge du modèle médical.

3 – C’est une définition euro-centrée de la transidentité : beaucoup de personnes insistent sur le fait qu’être trans c’est avoir de la dysphorie mais c’est une compréhension très occidentale de ce qu’est la transidentité et efface les expériences trans en dehors de ce modèle culturel.

4 – Cela rend la transidentité synonyme de détresse et dysfonctionnement

5 – On privilégie certaines histoires sur d’autres, en rendant la parole de certaines personnes trans illégitime.

6 – Cela nourrit la transphobie : si on s’autorise entre personnes trans à nier l’auto-détermination d’une autre personne trans, qu’est-ce qui empêche les personnes cis de le faire ?

 

Pour ce qui est de définir la transitude sur la transition, j’avais déjà écrit un article ici. Je te récapitule les arguments :

1 – Définir la transitude sur la transition est un moyen de décider qui est trans ou pas

2 – La transition n’est pas un fait objectif mesurable par un tiers (ce n’est pas le fait de changer de look par exemple, mais le rapport que la personne entretient avec ce fait, ce que ça signifie pour elle).

3 – Il y a des personnes trans qui ne transitionnent pas

4 – Ce n’est pas parce qu’on ne transitionne pas qu’on ne vit pas la transphobie : messages cissexistes que la société envoie, invisibilisation/effacement/pas de représentation, négation de l’identité, mythe de la socialisation masculine, etc. Tout ça sont des formes de transphobie, même si pas d’agression « directe » – et encore, ça dépend ! – car la transphobie est un système et prend différentes formes.

5 – Définir la transitude sur la transition rend l’expérience de la transitude fixe : les besoins par rapport à la transition peuvent évoluer avec le temps, on peut avoir une expression de genre et/ou un genre fluide.

6 – Définir la transitude sur la transition impose une expression de genre en fonction du genre (le contraire de ce pourquoi on lutte quand même…)

7 – Définir la transitude sur la transition nie l’auto-détermination (le contraire de ce pourquoi on lutte bis).

2) Pourquoi supposer qu’une personne qui ne transitionne pas n’est pas opprimée est excluant 

 

Je l’ai déjà expliqué dans mon article sur « pourquoi ne peut-on pas définir la transitude par la transition » mais j’ai envie d’en remettre une couche.

Oui, une personne qui ne transitionne pas n’a pas les mêmes expériences qu’une personne qui transitionne, mais deux personnes qui transitionnent non plus, car les parcours sont divers et variés. Une personne qui n’a pas changé de pronom ne parlera pas des difficultés de le faire appliquer à son entourage par exemple. Une personne qui ne prend pas d’hormones ne parlera pas des difficultés à les obtenir. Etc. Ca paraît logique. Quand on dit qu’une personne qui ne transitionne pas subit quand même une forme de transphobie, on est pas en train de dire que ça lui donne un passe-droit pour parler à la place des autres sur des expériences qu’elle n’a pas eu. C’est EVIDENT. Et ça marche dans les deux sens en fait : si on a transitionné, on évite de supposer qu’on sait mieux que la personne en face (qui elle n’a pas transitionné) ce qu’elle vit. On évite de supposer qu’on connaît la vie des gens !

 

J’ai des tas de trucs qui me viennent à la tête quand je pense à ce que peut potentiellement vivre une personne qui ne transitionne pas :

  • messages cissexistes envoyés par la société
  • invisibilisation de son identité/pas de représentation dans la société
  • négation de son identité (qui peut être encore plus fort vu qu’elle ne transitionne pas… ça vous rappelle rien comme processus ?)
  • on peut être afab, à l’aise avec « elle » et une expression de genre relativement conforme à l’attendu, mais ne pas être à l’aise avec « madame », « fille », « femme », cocher « femme » sur les formulaires…
  • difficultés de comprendre son identité car elle sort de la norme, difficulté de s’accepter et de trouver des personnes semblables (+ potentielles répercussions sur sa santé mentale)
  • doit faire un coming-out sinon sera supposé son genre assigné par défaut, comme toute personne trans en fait (et avoir besoin de faire un coming-out, c’est déjà mauvais signe, ça indique qu’on vit une oppression)
  • micro-agressions, stress minoritaire
  • subir le fait de ne pas avoir de toilettes, de vestiaires, d’équipe de sport…
  • la mixité en prison avec des personnes cis de son genre assigné, dans les gardes à vues aussi…
  • harcèlement, agression, viols correctifs possibles si pas jugé-e assez dans la norme cis
  • violence de l’exclusion des espaces LGBT+ et trans parce que jugé-e-s « invisibles », jugé-e-s « cis socialement » alors que par ailleurs, les personnes cis savent très bien les exclure aussi (cf. mythe de la socialisation masculine, entre autres)

 

Ajoutons que les personnes trans ont tout d’abord été autorisées à transitionner parce que pour les cis, ça faisait « mieux dans le paysage » d’avoir des personnes qui passaient pour cis et ainsi rendre invisible la transidentité, que des personnes qui étaient visiblement en dehors des normes genrées.

 (note : y’aurait sûrement beaucoup à développer mais cet article est déjà très long, je vais essayer de rester synthétique)

Je vous vois déjà venir : « la plupart de ces choses sont du cissexisme, pas de la transphobie ». Je ne suis pas d’accord que le cissexisme et la transphobie sont deux choses séparées. C’est un système global. Ca fonctionne comme une pyramide : le bas alimente le haut. Séparer la transphobie du cissexisme est artificiel et fait plus de mal que de bien, à mon sens :

  • d’une part, ça minimise la gravité des actes qui relèveraient « seulement » du cissexisme. Etre mégenré selon son apparence, c’est du cissexisme vous me direz, mais tout les purins de jours de ta vie, ça peut avoir des impacts énormes. De plus, ça a des répercussions systémiques : le fait d’associer une apparence à un genre, c’est quand même la base de la transphobie. Pareil, devoir cocher homme ou femme sur un formulaire, ce n’est pas ce que vous appellerez de la « transphobie directe » pourtant ça a des impacts au niveau individuel déjà, mais aussi et surtout au niveau systémique car on perpétue l’idée qu’il n’existe que deux genres donc ça alimente directement l’enbyphobie [forme de transphobie spécifique à la non-binarité]. Etc. On ne peut clairement pas démanteler le système transphobe si on considère que « bof, le cissexisme c’est pas trop grave ».
  • d’autre part, considérer que la transphobie ce n’est que des actes/paroles violentes volontaires, ça efface complètement l’aspect systémique de la transphobie et fait passer ça pour des actes isolés de quelques individus transphobes. Donc ça la minimise aussi et empêche de voir comment elle fonctionne réellement et donc de la déconstruire correctement.

Bref, la transphobie et le cissexisme sont indissociables pour moi, c’est la même chose. Donc ouais, je vois bien comment des personnes qui ne transitionnent pas peuvent être victimes de plein de façon différentes de la transphobie.

 

Approche matérialiste de la transidentité et enbyphobie

 

3) Pourquoi définir la non-binarité sur l’expression de genre est foireux

 

Alors là, j’ai lu des choses un peu… surprenantes (euphémisme) : « les personnes non-conformes dans leurs expressions de genre mais ayant une identité de genre femme ou homme peuvent se dire non-binaire » (et par ailleurs, « les personnes non-binaires n’ayant pas de dysphorie ou ne transitionnant pas ne sont pas légitimes à s’exprimer »).

Je redonne la définition de « non-conforme dans le genre » :

Non conforme dans le genre (gender non-conforming) : implique la non-conformité aux normes de genres d’une culture donnée (expression de genre, rôles de genre, genre lui-même). Ce terme inclut donc des personnes cis et est souvent utilisé pour parler de jeunes enfants non-conformes sans présupposer de leur genre ou leur orientation.

En revanche, « non-binaire » veut dire avoir un genre qui n’est ni exclusivement homme, ni exclusivement femme et ne se rapporte pas à l’expression de genre. Ainsi, une personne qui est exclusivement une femme ou exclusivement un homme, même si son expression de genre est non-normative, n’est pas non-binaire. La non-binarité n’est pas une expression de genre, c’est un genre (enfin des (non-)genres).

Ainsi, dire qu’une femme ayant une expression de genre masculine ou androgyne peut être considérée non-binaire alors qu’elle s’identifie en tant que femme, ça nie l’auto-détermination de cette personne en tant que femme. Ca dit aussi qu’une femme à l’expression de genre masculine/androgyne n’est pas vraiment une femme et qu’un homme à l’expression de genre féminine/androgyne n’est pas vraiment un homme…

Par ailleurs, ça renforce le cliché selon lequel « femme trans = homme en robe » parce que si on suit cette logique, un homme cis travesti est trans dans cette histoire, vu que c’est l’expression de genre qui semble « compter ».

Ca renforce aussi l’idée qu’un homme trans ayant une expression de genre pas conforme au cliché masculin n’est pas vraiment un homme (puisque du coup, il rentrerait dans « non-binaire ») et qu’une femme trans ayant une expression de genre pas conforme au cliché féminin n’est pas vraiment une femme. Ca va être super au tribunal pour le changement d’état civil si on continue de renforcer ces idées : « nous avons de sérieux doutes quand à votre identité de genre, revenez dans 1 an. » Ah oui vraiment génial… #sarcasme.

Ca renforce aussi l’idée que les hommes cis gay efféminés ne sont pas vraiment des hommes et les femmes cis lesbiennes butch ne sont pas vraiment des femmes. De là à mélanger expression de genre, orientation sexuelle et romantique, et genre, y’a qu’un pas. C’est une pente très très glissante. (Ca alimente l’homophobie aussi d’ailleurs).

Bah, j’ai beau chercher à comprendre, mais j’ai l’impression de lire le 20 min « les stars hollywodiennes comme Kristen Stewart peuvent apparaître un jour en look de garçon manqué, le lendemain en look très féminin » dans un article sur les genres-fluides

En résumé :

  • Dans tous les cas ça nie l’auto-détermination des personnes s’identifiant comme homme ou femme (cis comme trans).
  • Ca fait passer la non-binarité pour une expression de genre, ce que ça n’est pas. Va falloir comprendre un moment donné qu’être non-binaire c’est une vraie identité de genre à part entière.
  • Ca silencie toute une partie de la communauté non-binaire en décidant qui est légitime ou pas à la place des concerné-e-s.
  • Ca sape tout le travail où on essaye de faire comprendre que genre ≠ expression de genre.

Attention : dans ce que je dis au dessus, je ne nie pas que les personnes cis non-conformes dans le genre puissent vivre une certaine forme d’oppression liée à leur expression de genre, qui a des points communs avec l’enbyphobie/la transphobie (mais est différente). 

 

4) Pourquoi on ne peut pas dire que l’enbyphobie n’a pas d’existence propre

 

Pour certaines personnes « matérialistes », l’enbyphobie n’existe pas d’un point de vue matériel. En gros, les personnes trans non-binaires subiraient exactement la même chose que la transphobie classique (quand elles transitionnent ou ont de la dysphorie) mais il n’y aurait rien de spécifique à la non-binarité qui mériterait de nommer une oppression spécifique.

Allez, on se fait une petite liste (sûrement non-exhaustive) ? Allez !

  • la négation constante de l’existence de plus de deux genres, l’effacement perpétuel de l’existence des genres en dehors de la binarité
  • les formulaires où on ne peut cocher que homme ou femme
  • les toilettes et autres lieux binaires, le sport aussi (équipes et catégories binaires)
  • l’absence de changement d’état civil X, à défaut de n’avoir plus aucune mention de sexe!
  • toute la langue construite de manière binaire sans existence d’une forme grammaticale que peuvent utiliser les personnes non-binaires : c’est cool quand t’existe tellement pas que tu peux même pas parler de toi dans une langue ! #sarcasme
  • l’accès à des transitions hormonales ou chirurgicales sans avoir à cacher sa non-binarité est compliqué

 

Plus de détails ici.

On ne peut sérieusement pas dire qu’il n’y a aucune spécificité à la transphobie vécue par les personnes non-binaires, c’est à dire l’enbyphobie, qui mérite donc bien son nom. Nommer l’enbyphobie ne veut pas dire « c’est pire que les autres, on est plus opprimé-e-s », non absolument pas : ça veut juste dire qu’il y a des particularités à prendre en compte, c’est tout.

 

En conclusion :

Ca serait bien de prendre en compte l’auto-détermination des gens. Si ce sont des femmes ou des hommes, peu importe leur expression de genre non-conforme, ce sont des femmes ou des hommes. Si ce sont des personnes trans non-binaires, indépendamment de leur parcours ou non de transition ou leur expression de genre, ce sont des personnes non-binaires, qui vivent l’enbyphobie et sont légitimes à s’exprimer sur leur vécu.

De plus, exclure des gens « par erreur » est bien plus dommageable qu’inclure des gens « par erreur ». Pourquoi ? Parce que :

1. Les personnes non-binaires ont déjà du mal à se sentir légitime en temps normal, alors renforcer ce sentiment et les priver d’espace d’expression c’est ultra merdique

2. Cela ne laisse pas la place aux personnes en questionnement

3. Personne ou très peu de gens prétendent subir une oppression pour l’attention, ou prétendent être trans pour l’attention, en général c’est plutôt le contraire (on prétend être cis pour éviter de trop morfler).

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5 commentaires sur “Approche « matérialiste » de la transidentité et enbyphobie

  1. Merci pour cet article qui alimente mes réflexions. Je me reconnais clairement dans la démarche matérialiste, mais ça ne signifie pas pour autant que toute réflexion qui s’en réclame va remporter mon adhésion… De ce que j’avais compris, les désaccords autour de la non-binarité et des expressions de genre revendiquées était due à des désaccords de définition du genre en lui même. Pour certaines personnes, le genre, c’est un ressenti, une identité profonde et il pourrait donc en exister une multitude, ce serait presque infini finalement. Pour d’autres personnes, qui se réclament du matérialisme, le genre est une construction sociale qui s’impose à nous, c’est un système de hiérarchie social qui oppose les hommes aux femmes. Ces personnes là défendent l’idée que même si on se ressent comme non binaire, ou comme femme alors qu’on a été assigné homme à la naissance, la société elle continue de nous construire soit comme homme soit comme femme même si on s’y oppose. A partir de là, la transition implique de faire changer « matériellement » le regard de la société sur les personnes concernées, sinon, si on garde ça en nous, on peut dire qu’on est ce qu’on veut, la société s’en fout, en gros. C’est en tout cas la façon dont j’ai compris le débat, mais je pense que dans pas mal de cas, ces deux réflexions ne s’opposent pas réellement : le ressenti est politique comme tu le soulignes bien, et il se développe lui-même face à cette construction sociale de toute façon ! Et il se développe aussi face à son corps, que ce soit pour valider l’image que la société nous renvoie à son sujet, ou au contraire pour s’élever face à ça. Donc y’a bien une approche matérialiste possible de ces questions. Si j’ai bien compris, le désaccord est surtout politique, en tout cas les militantes matérialistes avec qui j’ai discuté (notamment des militantes trans) partaient du principe que ça ne leur posait aucun problème que des personnes se ressentent de telle ou telle manière, mais qu’elles n’adhéraient pas à l’idée que la reconnaissance d’une infinité de genres puisse être un objectif politique (parce que du coup elles considèrent ça comme abstrait, dans le sens où cette reconnaissance sur le principe ne changerait pas grand chose à l’existence du genre comme système de hiérarchie en place). Donc j’avais le sentiment que ça se plaçait à différentes échelles. Par contre aucune de ces personnes ne considérait que l’on n’était trans qui si on avait entamé une transition « officielle ». A titre personnel, comme je ne suis pas directement concernée, j’essaie déjà en tant que féministe de comprendre du mieux possible la teneur des débats pour ne pas dire trop de bêtises…

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  2. « on peut être afab, à l’aise avec « elle » et une expression de genre relativement conforme à l’attendu, mais ne pas être à l’aise avec « madame », « fille », « femme », cocher « femme » sur les formulaires… »

    Merci ❤

    Aimé par 1 personne

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