Pourquoi j’aime être aromantique

Quelques définitions utiles :

Aro(mantique) : qui ne ressent pas d’attirance romantique

Alloromantique : pas aromantique, qui ressent de l’attirance romantique

Amatonormatif : la norme de l’amour romantique

Arophobie : oppression envers les aromantiques

 

 

A propos des aromantiques, il y a quelques clichés qui circulent : on serait froid-e-s, des « cœurs de pierre », mais aussi malheureuxes de manquer cette formidable expérience qu’est l’amour romantique. L’aromantisme est alors conçu comme une sorte de tragédie, de malédiction. S’il est vrai que dans un monde amatonormatif où nos expériences sont invisibilisées, rendues illégitimes et où on nous fait miroiter que le bonheur ne peut s’atteindre qu’à travers l’amour romantique, on peut parfois avoir du mal à accepter son aromantisme ou mal le vivre. Mais ça n’est pas un état de fait causé par l’aromantisme, cela est bien un résultat de l’arophobie. Alors je suis là pour casser un peu les clichés : non les aromantiques ne sont pas destiné-e-s à être malheureuxes.

 

Les alloromantiques s’imaginent la vie d’un aromantique comme étant exactement la leur mais avec un truc en moins (l’amour romantique) donc évidemment, iels se représentent l’aromantisme comme un « manque ». Cependant, nos vies aromantiques ne sont pas les vôtres avec un vide à la place de la case « amour romantique ». Nous avons notre propre palette d’expériences sentimentales – qui peut différer d’un-e aromantique à l’autre d’ailleurs. Certain-e-s d’entre nous vivent par exemple des relations queerplatoniques, c’est-à-dire en dehors de la dichotomie normative amitié/romance. Ainsi, alors que les vies sentimentales des alloromantiques se structurent autour de l’amour romantique, nos vies à nous ne sont pas structurées autour d’un vide mais structurées autrement. La différence n’est pas un manque, c’est une différence.

Je comprends bien que la construction du mot aromantique avec le a- privatif devant –romantique et sa définition par l’absence d’attirance romantique peut induire des idées fausses. Il est difficile de définir l’aromantisme clairement par ce qu’il est plutôt que parce qu’il n’est pas car les alloromantiques n’auraient alors pas de cadre de référence pour comprendre ce dont on parle. De plus, le langage s’est structuré autour de la dichotomie amitié/romance, alors il est compliqué d’exprimer des vécus aromantiques avec. C’est d’ailleurs pour cela que la communauté aromantique crée des outils linguistiques destinés à parler des vécus aromantiques. Parmi ces créations langagières, on peut citer pêle-mêle : queerplatonique, quoiromantique, aplatonique, nonamoureuxe, squish, aroace orienté-e, etc.

Les alloromantiques s’exclament souvent des choses du genre : « Mais arrêtez avec votre jargon ! Queerplatonique, c’est juste être meilleur-e-s ami-e-s ! » Mais c’est parce que vous ne comprenez réellement pas ce que nous vivons. Nous n’avons pas les mêmes vécus, pas le même cadre de référence. Si nous avons créé un terme pour désigner quelque chose c’est qu’il y a une bonne raison. Ca n’est pas être « juste meilleur-e-s ami-e-s » simplement parce que depuis votre point de vue alloromantique ça y ressemble vaguement de loin.

 

Mon vécu aromantique est tout bonnement différent de votre vécu alloromantique. Et vous savez quoi ? J’aime être aromantique. J’aime la palette de sentiments et de relations que j’explore en dehors du cadre normatif. Et je ne dis pas ça pour porter un jugement négatif sur les relations romantiques, pas du tout. C’est simplement que c’est ce que je vis et qu’il y a des belles choses dans ce que je vis, alors pourquoi me focaliser sur ce qu’il me manquerait soi-disant selon une norme arbitraire plutôt que de me concentrer sur ce qui est positif dans mon expérience ? Si vous trouvez l’amour romantique formidable, c’est super pour vous, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas aussi des expériences formidables de mon côté. Je ne souhaite pas particulièrement ressentir de l’attirance romantique un jour. J’ai déjà bien assez à vivre comme ça, l’attirance romantique n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Pour être tout à fait honnête, je ne vois pas ce que je pourrais en faire ahah.

 

Et j’entends pas mal d’aro qui ne souhaitent pas non plus éprouver de l’attirance romantique. Iels sont même heureuxes de ne pas en éprouver car l’amour romantique n’est pas quelque chose qui leur semble formidable. Certain-e-s se sentent libéré-e-s d’un poids normatif. Certain-e-s sont content-e-s car sans relations romantiques iels ont plus de temps pour d’autres choses (amitiés, occupations personnelles, etc.). D’autres, comme moi, aiment toutes les possibilités que ça ouvre en dehors du modèle normatif – 50 nuances de queerplatoniques si je puis dire ahah. J’ai en effet le sentiment que mon aromantisme m’ouvre plus de possibilités relationnelles et ce à différents niveaux :

  • mon aromantisme m’ouvre tout d’abord des possibilités dans la nature de mes relations, car les relations queerplatoniques sont très diverses ;
  • mon aromantisme est aussi très lié au fait que je sois polyamoureuxe donc cela m’ouvre des possibilités relationnelles dans le nombre de mes partenaires mais aussi dans les arrangements relationnels possibles (le polyamour permet plus de liberté) ;
  • mon aromantisme est enfin très lié au fait que je sois bi, donc cela m’ouvre des possibilités vis-à-vis du genre de mes partenaires (c’est pas qu’être bi c’est mieux dans l’absolu, c’est juste que moi j’aime ça).

 

Il n’y a pas d’injonctions à aimer son aromantisme bien sûr. L’aromantisme est de facto neutre, car c’est juste une orientation. C’est ni « mal » ni « bien ». Mais si on peut s’aimer comme on est, c’est toujours mieux et j’avais envie d’apporter une touche de positivité dans ce monde excluant les personnes aromantiques. Les personnes aromantiques ne sont ni vouées à être malheureuses, ni vouées à être des « cœurs de pierre » en vertu de leur aromantisme. Nous avons simplement d’autres vécus, un autre cadre de référence, et des expériences diverses.

 

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3 commentaires sur “Pourquoi j’aime être aromantique

  1. j’ai un peu de mal à comprendre: les aromantiques ne ressentent pas le besoin de romantisme? c’est-à-dire? romantisme dans le sens rose, fleur, poésie, diner aux chandelles ou c’est pas dans ce sens? dans le sens ne pas tomber amoureux? si tu peux juste m’éclairer, j’ai essayé de tenter de comprendre les termes avec tes autres articles et il y a trop de termes dans l’aromantisme que je ne comprends pas et pour ça il faut d’abord définir par ce que tu entends par romantisme? j’essaye de m’informer même si je ne connaissais pas tous ces termes

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    1. Alors on ne parle pas exactement de romantisme en mode fleurs et bougies mais plutôt d’attirance romantique, c’est à dire le désir de former une relation romantique (un couple en somme). C’est cela que les personnes aromantiques n’éprouvent pas.

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