Les personnes variorientées : lorsqu’attirances romantique et sexuelle ne concordent pas

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Le modèle des attirances séparées (MAS) nous dit qu’il existe différents types d’attirances – ici nous allons traiter des attirances romantique et sexuelle bien qu’il en existe d’autres. Il nous dit aussi que ces attirances ne concordent pas nécessairement chez un même individu. Ainsi, il est possible pour une personne de préciser deux orientations : une orientation sexuelle et une orientation romantique. Si ces deux orientations concordent, la personne est dite pariorientée (exemple : une personne hétérosexuelle et hétéroromantique). Dans le cas contraire, elle est dite variorientée (exemple : une personne bisexuelle et hétéroromantique). Sachez que les varorientations sont parfois désignées sous d’autres termes parmi lesquels : « attirances sexuelles et romantiques discordantes », « orientations croisées », « orientations mixtes », « orientations séparées », « orientations incongurentes », etc.

Les personnes variorientées sont souvent invisibilisées dans les discours sur l’orientation. Pourtant, elles sont beaucoup plus nombreuses que ce que l’on peut penser au premier abord et la question mérite qu’on s’y attarde !

 

  1. Quels sont les différents types de personnes variorientées ?

 

Il existe une grande diversité au sein des personnes variorientées que je vais regrouper en trois grandes catégories pour faciliter la lecture pour le reste de l’article :

 

  • Le type A :

La modalité la plus connue est lorsque la personne est asexuelle alloromantique (ne ressent pas d’attirance sexuelle mais ressent de l’attirance romantique) ou allosexuelle aromantique (ressent de l’attirance sexuelle mais ne ressent pas d’attirance romantique). Ainsi, on peut être asexuel-le et hétéroromantique, asexuel-le et biromantique, asexuel-le et homoromantique, etc. On peut être aromantique et bisexuel-le, aromantique et hétérosexuel-le, aromantique et homosexuel-le, etc.

Dans la suite, je vais appeler cette modalité le « type A » où le A fait bien sûr référence à Asexuel-le ou Aromantique.

Je dois ajouter que certaines personnes sont gris-asexuelles ou gris-aromantiques, signifiant qu’elles ressentent de l’attirance sexuelle ou romantique très rarement. Dans le cas particulier des personnes gris-asexuelles alloromantiques ou allosexuelles gris-aromantiques, je crois qu’il est plus pertinent de les inclure dans les personnes variorientées que de considérer qu’elles serait pariorientées car leur vécu se rapproche plus des personnes asexuelles alloromantiques/allosexuelles aromantiques que des personnes allosexuelles et alloromantiques.

 

  • Le type E :

Une autre modalité des variorientations est lorsque la personne n’est ni sur le spectre asexuel (ace), ni sur le spectre aromantique (aro), et a une orientation plus « large » que l’autre. Par exemple, être bisexuel et hétéroromantique : la personne est alors attirée sexuellement par plusieurs genres mais romantiquement uniquement par le genre opposé ; dans ce cas, elle est à la fois attirée romantiquement et sexuellement par le genre opposé, en revanche elle n’est attiré que sexuellement par d’autres genres. Autres exemples : hétérosexuel-le biromantique, pansexuel-le homoromantique, homosexuel-le biromantique, etc. Dans tous ces cas, la personne est romantiquement attirée par plus de genres que sexuellement ou inversement, comme si l’une des deux orientations « englobait » l’autre.

Dans la suite, je vais donc appeler cette modalité le « type E » pour « une orientation Englobant l’autre ».

 

  • Le type S :

Enfin, la dernière modalité possible dans les variorientations est lorsque la personne n’est ni ace, ni aro, et a des orientations sexuelles et romantiques complètement séparées, qui ne se recoupent pas. Ainsi, la personne pourra être homosexuelle et hétéroromantique ou bien hétérosexuelle et homoromantique. Ici, elle est attirée sexuellement par un genre et romantiquement par un autre genre.

Dans la suite, je vais donc appeler cette modalité le « type S » pour « deux orientations Séparées ».

 

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  1. Quels sont les profils des personnes variorientées ?

 

Je vais ici m’appuyer sur une étude de 2016 qui a été faite sur la question dont voici les références :

Emily M. Lund, Katie B. Thomas, Christina M. Sias & April R. Bradley (2016) Examining Concordant and Discordant Sexual and Romantic Attraction in American Adults: Implications for Counselors, Journal of LGBT Issues in Counseling, 10:4, 211-226, DOI: 10.1080/15538605.2016.1233840

 

Cette étude se base sur l’analyse d’un échantillon de 414 étasunien-nes auxquel-les on a demandé leurs attirances sexuelles d’une part et leurs attirances romantiques d’autre part dans une section de questions démographiques pour une étude qui portait sur tout autre chose (ce qui évite d’avoir des biais en ayant uniquement des répondant-e-s intéressé-e-s par les questions LGBT+). Notons que parmi les répondant-e-s, seules deux personnes ont coché « autre » pour identifier leur genre et que cette étude ne peut donc estimer le pourcentage de personnes variorientées chez les personnes non-binaires. Parmi les répondant-e-s, il y avait 45,8% de femmes et 53,6% d’hommes agé-e-s de 18 à 65 ans. Les statistiques de cette étude montrent qu’il n’y a pas de différences significatives de genre ou d’âge entre les personnes pariorientées et variorientées.

10,6% des participant-e-s reportent des attirances sexuelle et romantique discordantes (selon les termes de l’article), et sont donc variorienté-e-s. 10,6% ça n’est pas rien, c’est même plutôt énorme ! Parmi ces 10,6% nous avons les profils suivants dans l’échantillon de l’article :

 

Type A Asexuel-le biromantique 2,3%
Asexuel-le hétéroromantique 2,3%
Hétérosexuel-le aromantique 6,8%
Type E  Bisexuel-le hétéroromantique 56,8%
Bisexuel-le homoromantique 11,4%
Hétérosexuel-le biromantique 11,4%
Homosexuel-le biromantique 4,5%
Type S Hétérosexuel-le homoromantique 4,5%

 

Les personnes les plus nombreuses sont donc les personnes de type E, parmi lesquelles les plus prévalentes sont bisexuelles hétéroromantiques. Ce résultat n’a rien d’étonnant considérant que les bi sont les plus nombreuxes de la communauté LGBT+. Dans cette étude, il y a 18,1% de personnes bisexuelle et/ou biromantique contre 12,3% de personnes homosexuelles et/ou homoromantiques.

Le nombre de personnes bisexuelles (16,2%) est plus élevé que le nombre de personnes biromantiques (10,9%). Les participant-e-s variorienté-e-s étaient plus susceptibles d’être bisexuel-les (68,2%) que biromantiques (18,2%).

Les participant-e-s variorienté-e-s étaient aussi plus susceptibles d’être hétéroromantiques que d’être hétérosexuel-les.

 

Voici d’autres chiffres intéressants tirés de cette étude concernant le type A :

  • Il y a 1,4% de personnes aromantiques et/ou asexuelles dans la population générale.
  • Il y a près de 1% de personnes aromantiques dans la population générale.
  • Il y a 0,7% de personnes asexuelles dans la population générale (considérant que Bogaert, 2004 trouve 1%, on est dans le même ordre de grandeur).
  • Une seule personne (0,3%) a reporté être aromantique et asexuelle (aroace) dans l’échantillon et d’après une autre étude de 2015 (Van Houdenhove et. al), 80% des personnes asexuelles sont alloromantiques (pas aromantiques). Ceci semble donc indiquer que la plupart des personnes aromantiques ou asexuelles sont variorientées et qu’il y a en fait très peu d’aroace.

 

  1. Quelles relations pour les personnes variorientées ?

 

Il n’y a pas un seul type de relation convenant à tout un groupe de personnes variorientées. Les profils sont très divers comme on a pu le voir, aussi leurs relations seront tout aussi diverses. Cette partie n’a donc pour but que de dresser une esquisse probablement non-exhaustive des différentes possibilités.

 

  • Type A :

Les personnes asexuelles alloromantiques (attirées sexuellement par aucun genre mais attirée romantiquement par un ou plusieurs genres) vont généralement chercher une relation romantique sans la composante sexuelle. Certaines personnes asexuelles vont quand même participer à des actes sexuels pour d’autres raisons que l’attirance pour l’autre personne (partager un moment avec son partenaire, lui faire plaisir, satisfaire sa libido, faire un enfant, etc.) Les personnes asexuelles peuvent avoir des difficultés à trouver un-e partenaire romantique compte tenu des attentes sexuelles parfois différentes de cellui-ci. Certaines personnes asexuelles trouvent que le polyamour leur convient bien car cela permet à leur partenaire non-asexuel-le d’avoir des relations sexuelles en dehors de leur couple.

Les personnes asexuelles peuvent aussi malheureusement faire face à du rejet ou des violences conjugales acephobes (acephobie = discriminations contre les personnes asexuelles).

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi consulter ma rubrique sur l’asexualité qui dispose de quelques ressources.

 

Les personnes aromantiques allosexuelles (attirées romantiquement par aucun genre mais attirée sexuellement par un ou plusieurs genres) quant à elles, peuvent par exemple entretenir une relation amicale et sexuelle avec un-e partenaire ou bien avoir une relation queerplatonique (relation qui va au-delà des attentes normatives liées à l’amitié classique). Pour en savoir plus, consultez ma rubrique sur l’aromantisme où je traite de façon beaucoup plus approfondie qu’ici des relations pour les personnes aromantiques.

 

  • Type E :

Les personnes de type E peuvent chercher une relation romantico-sexuelle avec le genre pour lequel les attirances concordent. Par exemple, une femme homoromantique et bisexuelle pourra chercher une relation romantico-sexuelle avec une autre femme.

Certaines personnes de type E peuvent aussi être amenées à avoir une relation romantique non-sexuelle. Par exemple, un homme biromantique hétérosexuel peut tout à fait avoir une relation romantique non-sexuelle avec un autre homme. Il peut aussi avoir une relation romantico-sexuelle avec une femme. Ou même les deux, s’il est polyamoureux !

En effet, le polyamour est une structure relationnelle qui peut bien convenir aux personnes variorientées car elle permet d’avoir des relations avec diverses personnes de diverses natures. Ainsi, dans mon tout premier exemple de femme homoromantique et bisexuelle en couple romantico-sexuel avec une femme, on pourrait imaginer qu’elle ait aussi une relation sexuelle avec un homme si elle est polyamoureuse.

 

  • Type S :

Les personnes de type S peuvent là aussi avoir une relation romantique non-sexuelle. Exemples : un homme homoromantique hétérosexuel en couple romantique avec un homme ; une femme hétéroromantique homosexuelle en couple avec un homme ; une femme homoromantique hétérosexuelle en couple avec une femme ; etc.

A noter que là encore, la structure polyamoureuse peut convenir à des personnes de type S car elle permet d’avoir d’un côté une ou des relations romantiques avec le genre concerné et de l’autre côté d’avoir une ou des relations sexuelles avec l’autre genre concerné.

Notons enfin que, comme les personnes asexuelles, les personnes variorientées de type E ou S peuvent avoir une relation sexuelle avec une personne d’un genre qui ne l’attire pas sexuellement pour d’autres raisons, si elle veut.

 

  1. Les personnes variorientées sont-elles queer/LGBT+ ?

 

Etre hétéro et avoir le privilège hétéro, c’est être pariorienté et donc hétérosexuel-le et hétéroromantique. L’hétéronormativité nous dit que les attirances sexuelles et romantiques doivent aller ensemble. Les personnes variorientées ne sont donc, par définition, pas hétéro et ce même si l’une de leurs deux orientations contient le préfixe « hétéro ». Les attirances et préoccupations relationnelles des personnes variorientées diffèrent de celles des personnes hétéro dans les faits. Elles sont donc bien sûr queer et LGBT+.

Pour ce qui est des personnes du type A, la question fait beaucoup débat sur les aromantiques hétérosexuel-les ou les asexuel-les hétéroromantiques. Or, ces personnes sont pourtant belles et bien queer/LGBT+ comme dit précédemment. L’asexualité et l’aromantisme sont intrinsèquement non-hétéro quelle que soit l’autre orientation.

Pour ce qui est des types E et S, notez que toutes ces personnes sont aussi légitimes à s’identifier bi lorsqu’on ne parle pas dans le contexte du MAS. En effet, la bisexualité c’est être attiré-e par plusieurs genres, pas nécessairement au même degré ni de la même façon. Ainsi, une personne homoromantique et hétérosexuelle est bien attirée par deux genres même si ça n’est pas de la même façon, et peut donc se classifier comme bi.

Les opposant-e-s au MAS adore s’écrier « Mais dites juste bi, ça sert à rien toutes ces étiquettes ! » Ces arguments sont souvent de mauvaise foi. Oui, on peut dire juste bi quand on parle en général. Mais le spectre bi est incroyablement divers et vous vous imaginez bien que les préoccupations et le vécu d’une personne hétérosexuelle homoromantique et ceux d’une personne bisexuelle et biromantique vont être différents ! Dès lors, il est très utile de pouvoir apporter des précisions.

 

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Un drapeau variorienté que j’ai trouvé.

Je n’ai pas trouvé la signification des bandes, mais je suppose qu’il y a deux couleurs différentes pour représenter les deux types d’attirances et que le demi-cercle noir est pour les personnes aro ou ace.

 

Conclusion :

Si les personnes pariorientées ne précisent pas toujours une orientation romantique, leur orientation sexuelle suffisant à englober leurs attirances romantiques, il est tout de même important de reconnaître qu’une large part de la communauté queer est variorientée et qu’il est nécessaire pour ces personnes d’utiliser le modèle des attirances séparées.

 

Note : certaines personnes n’aiment pas les connotations du terme homosexuel-le et préfèrent utiliser gay/lesbienne. Il est tout à fait possible d’utiliser le MAS aussi dans ce cas-là. Si vous dites gay biromantique, on comprendra que c’est l’équivalent de homosexuel biromantique par exemple. Je ne l’ai pas fait ici car comme c’est un article introductif, je préférais utiliser la terminologie la plus claire possible avec des terminaisons en –sexuel et –romantique pour que les gens puissent suivre plus facilement.

 

Lectures supplémentaires (en anglais) :

https://everydayfeminism.com/2016/07/cross-orientation-101/

http://bitopia.org/show/230

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