Les revendications politiques des aromantiques

Article long, temps de lecture estimé : plus de 10 minutes. Pour un résumé de l’article, je vous invite à lire la conclusion dans les encadrés jaunes tout en bas. L’article comprend un certain nombre de termes spécifiques qui seront définis en note de fin de document pour aider à la lecture.

Aromantique (aro) : une personne qui ne ressent pas d’attirance romantique, qui n’est attirée romantiquement par aucun genre. Une personne aromantique n’est donc pas hétéromantique et donc pas hétéro (qui a le sens d’hétérosexuel ET hétéroromantique).

 

La communauté aromantique est très jeune, et encore plus la communauté francophone. Cela signifie qu’une grande partie de l’énergie a été allouée jusque là à la constituer, à explorer l’aromantisme et à le définir – et ce aussi bien auprès des concerné-e-s en questionnement qu’auprès des non-concerné-e-s pour les sensibiliser. En conséquence de quoi, peu de temps et de moyens ont pu être alloués à la création d’une voix pour des revendications politiques. On ne peut pas tout faire en même temps, c’est aussi simple que ça (et quand vous verrez le nombre de concepts qu’il faut référencer pour parler des revendications, et qu’il a donc fallu construire et expliquer avant même de se lancer dans la question politique, vous verrez que je ne plaisante pas).

Malheureusement, certaines personnes profitent de cette fragilité de la communauté aromantique pour nous dire que l’arophobie[1] n’existe pas. J’ai déjà écrit un article expliquant pourquoi l’aromantisme était queer[2] et qui permet une première approche sur la question de l’arophobie. Pour continuer, je vais répondre ici à l’un des arguments des personnes qui voudraient exclurent les aro de la communauté queer sous prétexte que l’arophobie n’est pas une oppression systémique[3] : on n’aurait aucune revendication politique, en dehors de la visibilité et de la représentation médiatique. Ce qui est faux.

Cet article est donc destiné à mettre les points sur les i à ce sujet et à créer une voix pour les dites revendications. Sans parler au nom de tous-tes les aromantiques (ce qui n’est pas possible pour une seule personne), j’espère pouvoir participer à donner l’impulsion pour une direction plus politique à notre communauté. Notez que cette liste de revendications n’est pas nécessairement exhaustive.

 

Avant toute chose, n’oublions pas que les personnes aromantiques ont été incluses historiquement dans la communauté bisexuelle, et nos revendications politiques ont donc été portées en partie par le mouvement bi auparavant. L’arophobie n’est pas la même chose que la biphobie, mais il y a des points communs. C’est pourquoi, certaines revendications ci-dessous sont communes avec des revendications bi – et queers en général.

 

La PMA pour tous-tes

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) est une revendication aromantique pour deux raisons :

  • Les personnes aromantiques peuvent vouloir avoir un enfant avec une relation amicale, queerplatonique[4], etc. Comme ces relations sont en dehors du cadre hétéronormé, cela peut très bien concerner deux personnes de même genre. L’ouverture de la PMA aux couples de même genre concerne donc aussi bien les lesbiennes, les bis/pans que les aros – et les aces[5] au passage.
  • Les personnes aromantiques peuvent également vouloir un enfant seules. L’ouverture de la PMA aux personnes seules est donc également une revendication aromantique.

 

Bref, la PMA pour tous-tes est une vraie problématique aromantique et un sujet plus que jamais d’actualité en France. N’en déplaise aux personnes qui entendent exclure les aros de la communauté LGBT+[6], les déclarations du genre « on ne peut pas faire et élever un enfant sans père » sont tout autant arophobes qu’elles sont lesbophobes et biphobes (oppressions contre les lesbiennes et les bi).

D’ailleurs je parle de la PMA, mais il est aussi important de normaliser et faciliter l’adoption pour les personnes seules et les couples de même genre.

 

Le mariage pour tous-tes

Bien que le mariage pour tous-tes soit déjà passé en France, il reste régulièrement remis en question et les couples de même genre sont tout de même discriminés. Il me semble donc important d’en parler ici. En effet, comme dit précédemment, les personnes aro peuvent avoir une relation amicale, queerplatonique, etc. avec qui elles ont besoin de se marier pour des raisons sociales et financières (pour élever un enfant, la succession, faire un prêt, et autres, le mariage donne des avantages et facilite les choses). Or cette relation peut tout à fait être entre personne de même genre, puisqu’encore une fois, on se situe en dehors du cadre hétéronormé. Le mariage pour tous-tes a donc bénéficié aussi aux aros et doit être maintenu.

J’entends déjà certain-e-s qui vont râler qu’il s’agit uniquement d’homophobie. En fait, on peut reconnaître que toutes les personnes LGBT+ (y compris aros) subissent une forme d’hétérosexisme[7] mais que toute forme d’hétérosexisme n’est pas réductible à l’homophobie, même s’il y a des points communs. De la même façon que la biphobie ne se réduit pas à de homophobie, l’arophobie comporte elle aussi ses spécificités propres. Se marier avec san meilleur-e ami-e, c’est mal vu pour deux raisons : parce que c’est deux personnes de même genre (si c’est le cas) et parce que la relation est non-romantique et ne répond donc pas aux attentes hétéronormatives qui sont par définition romantiques. Rappelons que l’hétéronormativité a longtemps vu (et voit encore) les relations de même genre comme intrinsèquement non-romantiques et uniquement basées sur le sexe, que le seul amour considéré comme pur et véritable™ était l’amour hétéro. Les personnes LGB ont donc dû affirmer l’aspect romantique de leurs relations à coup de slogans du type « l’amour est l’amour » (love is love), laissant sur le carreau les personnes aromantiques qui ne peuvent pas utiliser ce procédé. L’absence d’attirance romantique est intrinsèquement vue comme non-hétéro, déshumanisée et discriminée. [Note : non, je n’ai jamais dit que dire « l’amour c’est l’amour » allait résoudre tous les problèmes d’homophobie, ne décontextualisez pas mes propos pour les tordre à un extrême et en faire un homme de paille, merci.]

Donc non, la non-accessibilité du mariage en dehors du cadre hétéroromantique n’est pas uniquement de l’homophobie ; c’est aussi, et surtout pour les aros, de l’arophobie. Car cela signifie que les relations non-romantiques sont moins importantes que les relations romantiques, qu’on ne peut pas avoir légitimement un projet de vie avec une relation non-romantique, et que si on a une relation non-romantique alors on ne peut que rester dans l’ombre de la société.

 

La reconnaissance légale des polyfamilles

L’orientation relationnelle[8], c’est-à-dire la structure relationnelle qui nous convient le mieux (nombre de partenaires), peut être influencée par l’orientation romantique8 ou liée à celle-ci. On retrouve par exemple beaucoup d’aro dans l’anarchie relationnelle[9], car cette structure relationnelle nous convient souvent mieux. En effet, elle détruit de facto l’amatonormativité[10] puisque les relations sont toutes considérées comme étant de même valeur, quelle que soit leur nature (platonique, romantique…)

Pour de nombreuxes aros, il est donc nécessaire de reconnaître légalement polyfamilles (une famille avec plus que deux partenaires). Cela implique de pouvoir reconnaître légalement plus que deux parents et de pouvoir se marier avec plus que deux personnes. Cela rejoint les revendications polyamoureuses[11].

Articles à lire sur la question pour mieux comprendre ce point (que j’ai assez peu développé ici) :

 

L’abolition du mariage

Le mariage pour tous-tes, c’est mieux que rien, mais ça n’est quand même pas l’idéal. Le mariage est en effet une structure oppressive qui offre des avantages socio-économiques aux personnes dont la structure relationnelle correspond au cadre dominant et favorisé par la société. Or, même si des aros bénéficient à court terme du mariage pour tous-tes (y compris si on venait à reconnaître légalement plus que deux épouxes), il s’agit d’une forme d’assimilation dans le modèle dominant, qui est intrinsèquement pensé pour les couples hétéro monogames. Même si le modèle a été étendu aux couples gay monogames, cela reste très récent en France et encore grandement contesté, on ne peut donc pas dire que cela fasse encore partie intégrante du modèle dominant.

Dans tous les cas, être aromantique ce n’est pas avoir la même vie qu’un-e hétéro « moins l’attirance romantique » : être aromantique, c’est repenser toute la structure relationnelle qui est vendue par le modèle social dominant. C’est pourquoi, beaucoup d’aromantiques sont aussi anarchistes relationnel-les comme expliqué ci-dessus. Il y a aussi des aro nonamoureuxes, c’est-à-dire qui ne veulent pas de partenaire. Là aussi, cela détruit le modèle dominant, où « finir sa vie à deux » est central.

 

Bref, dans l’idéal, il serait nécessaire d’abolir le mariage, donnant des privilèges à une partie de la population qui rentre bien dans les clous. Cela nécessite également de repenser nos structures familiales, notamment celle de la famille nucléaire, qui isole les gens en fragmentant la population par couples (et leurs enfants) et ce d’autant plus au sein du capitalisme où nous n’avons que peu de temps personnel pour développer un réseau relationnel solide. Car oui, même si les alloromantiques ( = non-aromantiques) pensent avoir de bon-nes ami-e-s, ces relations sont en fait souvent superficielles car la majorité de l’énergie et des projets de vie sont concentrés sur la relation de couple romantique.

Abolir le mariage, ça va aussi avec le fait d’abolir socialement le privilège de couple (souvent monogame). C’est un privilège très insidieux. La famille s’attend à ce qu’on lui présente un-e partenaire romantique, il est normal de venir avec son partenaire romantique aux réunions de famille (mais pas avec un-e relation queerplatonique ou un-e amie), les gens font des soirées de couple, beaucoup de marketing est adressé aux couples, etc. Plus on avance dans l’âge adulte, plus toute l’attention sociale est focalisée vers le couple et plus toutes les interactions sociales sont organisées autour du couple (monogame et de préférence hétéro). Si t’es seul-e, c’est pas bien vu, on va te demander si tu as quelqu’un, si tu cherches quelqu’un, pourquoi tu ne trouves pas, etc. Je fais souvent la blague suivante, qui par expérience à un réel fond de vérité : « A quoi reconnaît-on une personne hétéro au boulot ? Parce qu’au bout de 5 minutes, tu sais déjà qu’iel est marié-e et a des enfants ». En contraste, les personnes queers, y compris aros, sont beaucoup plus discrètes sur leurs relations que l’on peut difficilement étaler au bureau, car non approuvées par la société et sujettes aux remarques indécentes des collègues.

Donc abolir le mariage oui, mais aussi revoir avec un certain nombre de dynamiques sociales profondément ancrées dans notre culture et avec lesquelles nous avons été conditionné-e-s dès le plus jeune âge.  

 

La dépathologisation de l’aromantisme

L’aromantisme n’est pas officiellement considéré comme une pathologie ou un trouble psychiatrique. Pourtant, en pratique, c’est le cas. On dit souvent aux aros qu’iels ont un problème psy, une maladie, et qu’iels devraient se faire soigner. Ces remarques arophobes viennent y compris de la part de professionnels de santé. C’est ainsi que les aros isolé-e-s et fragilisé-e-s se retrouvent avec un suivi psy et/ou médicamenté-e-s pour faire disparaître leur aromantisme. Ceci revient à faire subir aux aros de la thérapie de conversion[12].

Il n’est pas aisé de connaître l’ampleur des dégâts, car il n’existe pas (à ma connaissance) des statistiques sur le sujet. Néanmoins, il y a des témoignages qui s’accumulent. Il est donc indispensable de sensibiliser à l’aromantisme pour faire disparaître ces pratiques inacceptables. Il faut y compris les interdire. Les professionnel-les de santé doivent savoir que l’aromantisme n’est pas pathologique et qu’il est interdit d’essayer de le supprimer. Au contraire, il faut simplement accompagner la personne dans la découverte de son identité, si elle en ressent le besoin.

 

Inclure l’orientation romantique – et donc l’aromantisme – dans les cours d’éducation sexuelle

Les cours d’éducation sexuelle sont connus pour être peu inclusifs. Nombre d’entre eux ne mentionnent même pas le clitoris… L’identité de genre et l’orientation sont souvent peu et mal présentées. L’orientation (a)romantique est pourtant un sujet important, pour savoir que ça existe et représenter le spectre de la diversité humaine. Cela permet également une première sensibilisation et que les jeunes aro au placard se sentent moins isolé-e-s, confus-e-s et « défectueuxes », faute de savoir ce qu’est l’aromantisme.

Ce sujet est d’ailleurs important même au delà des questions aromantiques, puisque certaines personnes n’ont pas la même orientation sexuelle et romantique (elles sont dites variorientées) et savoir que ça existe est important. Il faudrait donc rendre les programmes d’éducation sexuelle bien plus inclusifs.

 

Faire des campagnes de sensibilisation à l’aromantisme

Ces campagnes de sensibilisation et d’éducation à l’aromantisme serviraient à faire connaître l’aromantisme et donc à réduire l’arophobie. Les personnes aromantiques sont trop souvent déshumanisées, insultées, harcelées, agressées, violées (viols correctifs pour « supprimer l’aromantisme »), pathologisées et exclues de la société. Il est tant que les personnes qui entendent exclure les personnes aro de la communauté LGBT+ arrêtent de croire (ou de vouloir croire) qu’une personne aromantique c’est comme une personne hétéro avec juste l’attirance romantique « en moins ». Les personnes aromantiques ne s’intéressent pas au genre opposé, et cela est suffisant pour la société hétéronormative pour les marginaliser. Les femmes aromantiques ne s’intéressent pas romantiquement aux hommes, comme les lesbiennes, et sont donc souvent mises dans le même paquet. Les hommes aromantiques ne s’intéressent pas romantiquement aux femmes, et idem sont souvent mis dans le même paquet que les gays.

 

Il faut arrêter d’avoir cette image de l’homme cis aromantique comme un gros macho de service. N’importe qui peut être sexiste, même un mec gay, car cela n’a rien à voir avec l’orientation tout simplement. Les hommes cis aro ne sont pas non plus un monolithe et il existe différents vécus. Certains sont plutôt perçus comme peu virils voire comme des gays refoulés parce qu’ils ne s’intéressent pas aux femmes. Et non, ce n’est pas « juste de l’homophobie mal dirigée ». Les hétéros mettent juste dans le même paquet tous-tes les queers car iels ne connaissent pas le vocabulaire au delà de lesbienne et gay (parfois bi). D’autres hommes cis aro préfèrent se faire discrets par peur d’être mal jugés comme des « manipulateurs sans cœurs qui s’intéressent juste au cul ». Ce cliché affecte d’ailleurs aussi l’ensemble des personnes aromantiques allosexuelles (pas asexuelles).

Et puis pour la société, on ne peut jamais gagner : soit on est pas assez romantique, soit on est trop platonique. On se retrouve vite à avoir le cul coincé entre deux chaises, car nous ne sommes souvent fait-e-s ni pour l’amitié normative, ni pour la romance normative. Et quand bien même nous aurions une relation queerplatonique avec une personne du genre opposé (ou perçue comme telle), ça n’ira jamais non plus, parce que c’est pas romantique. Il faudrait qu’on avoue être en couple quand on ne l’est pas, qu’on se comporte plus comme un couple, etc. Bref, qu’on se normalise pour ne pas être la risée des autres.

J’en entends déjà qui me disent que les aromantiques hétérosexuel-les (c’est-à-dire les aros attiré-e-s sexuellement par le genre opposé) n’ont pas ces problématiques et que donc l’aromantisme n’est pas intrinsèquement queer. Vous êtes mignon-nes, vous les alloromantiques-allosexuel-les[13], mais clairement vous n’arrivez (souvent) pas à concevoir ce que c’est d’avoir de l’attirance sexuelle sans attirance romantique, parce que pour vous c’est un package. Avoir une attirance sexuelle pour le genre opposé sans attirance romantique ça n’est pas la même chose que d’être sexuellement ET romantiquement attiré-e par le genre opposé. Ça n’a pas la même valeur socialement. Pour le dire grossièrement : la société est organisée autour du couple, pas autour du plan cul. On ne ramène pas son plan cul aux diners de famille, on ne parle pas de son plan cul à son chef devant la machine à café, etc. Le plan cul peut être accepté comme une option à court terme chez les jeunes, avant de se poser en couple et c’est tout.

(Parenthèse importante à ce sujet : 1. une personne aromantique allosexuelle n’a pas forcément de plans culs, il ne suffit pas d’avoir une attirance sexuelle pour agir dessus. 2. il existe des relations sexuelles non-romantiques qui ne sont pas des plans culs. Par exemple : une relation queerplatonique4 et sexuelle. Il n’empêche que ces relations restent non-normatives et peu acceptées. Certaines personnes aromantiques sont dans ce genre de relations, qui peuvent être perçues comme romantiques extérieurement, et restent dans le placard auprès des gens lambda : a. Le placard n’est jamais pas un privilège. b. En particulier, ceci est une forme d’assimilation forcée dans le modèle dominant de la romance, où une personne aromantique doit faire passer sa relation pour romantique pour éviter les problèmes, ceci est donc encore moins un privilège.)

De plus, comme mentionné précédemment, les aro allosexuel-les sont souvent dépeints comme des manipulateurices sans cœur… Paye ton cliché. Bref, une personne aromantique attirée par le genre opposé uniquement sexuellement n’a pas le même capital social qu’une personne hétéro (c’est-à-dire hétéroromantique ET hétérosexuelle, c’est-à-dire avec une attirance romantique ET sexuelle pour le genre opposé).

D’ailleurs, le modèle des attirances séparées[14] cause ici un obstacle sémantique : le mot hétérosexuel-le porte un double sens selon le contexte. Je suis bien d’accord que souvent, les gens font semblant de ne pas comprendre, mais pas toujours. En effet, pour la plupart des gens « hétérosexuel-le » porte le sens de « hétéroromantique et hétérosexuel-le ». Il est donc plus compliqué de se figurer que la vie d’une personne aromantique hétérosexuelle n’est pas la même vie que celle d’une personne hétéro (-romantique et -sexuelle) !

 

Tout ça pour dire que quoique fasse une personne aro, elle est toujours vue comme différente par la société, autre et donc à exclure ou à normaliser, et ce même si les personnes hétéro n’ont pas conscience de l’existence du mot aromantique et du concept en tant que tel. En effet, elles ont quand même une capacité de perception de la différence et d’une orientation non normative, et des personnes qui ne se conforment pas à leur groupe dominant.

Et ça, ça mène à du harcèlement scolaire, à de l’exclusion sociale, à des insultes, à des viols correctifs… etc. Il est donc important de faire des campagnes de sensibilisation contre tout cela. Ces campagnes peuvent avoir lieu dans les établissements scolaires d’ailleurs, mais aussi auprès des professionnel-les de santé qui doivent être formé-e-s correctement.

 

En conclusion, les aromantiques ont bien des revendications politiques. Certaines rejoignent des revendications générales de la communauté queer/LGBT+, car les aros en font bel et bien partie et ont des problématiques communes. D’autres sont plus spécifiques à l’aromantisme, comme l’abolition du mariage, la PMA pour les personnes seules ou les campagnes de sensibilisation spécifiques à l’aromantisme. Ces spécificités en terme de revendications découlent du fait que l’arophobie est une oppression comportant elle-même des spécificités, et n’est pas simplement assimilable à de l’homophobie ou du sexisme.

Et oui, on est tous-tes d’accord qu’un mec cis aro blanc s’en sort mieux qu’une meuf trans aro noire. Mais ça ne veut pas dire que l’arophobie n’existe pas et qu’il ne la subit pas d’une certaine façon. Ca veut juste dire que vous avez compris le principe de l’intersectionnalité[15]  (bravo) : plus on accumule d’oppressions, plus on est dans la merde (grossièrement).

Sur ces belles paroles, s’il y a bien un message que je voudrais que vous reteniez de cet article, c’est le suivant : être aromantique, ce n’est pas comme « être hétéro mais avec de l’attirance romantique en moins » ; c’est repenser toute la structure relationnelle dominante. L’aromantisme ébranle l’amatonormativité et l’hétéronormativité.

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[1] Arophobie : oppression systémique qui s’exerce contre les personnes aromantiques.

[2] Queer : le terme queer est à l’origine une insulte en anglais signifiant « bizarre » et utilisée contre les personnes de la communauté LGBT+ (lesbienne, gay, bi, trans et plus). La communauté se l’est réapproprié, le terme ne devant plus une insulte mais une identité. Il signifie aujourd’hui une personne non-hétéro et/ou trans tout en étant contre l’assimilation à la norme hétéro.

[3] Oppression systémique : un groupe A subit une oppression systémique lorsque l’ensemble de la société est structurée de manière à donner des privilèges injustes à un groupe B. Le groupe A subit alors des discriminations. L’oppression systémique agit aussi bien sur le plan social que légal.

[4] Queerplatonique : une relation est dite queerplatonique lorsqu’elle n’est pas romantique mais dépasse le cadre conventionnel de l’amitié. Elle peut impliquer d’habiter ensemble, d’élever un enfant ensemble, etc.

[5] Ace : de asexuelle, une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle, qui n’est attirée sexuellement par aucun genre. Une personne asexuelle peut être aromantique ou pas, et inversement.

[6] LGBT+ : Lesbienne, Gay, Bi, Trans, et plus (queer, intersexe, aromantique, asexuel-le…)

[7] Hétérosexisme : l’oppression systémique envers les personnes non-hétéro. Les personnes hétéro sont privilégiées par rapport aux personnes gays, lesbiennes, bi, aromantiques, asexuelles… qui subissent des discriminations. L’homophobie, la biphobie, l’arophobie (cf. note 1) et l’acephobie (oppression contre les personnes asexuelles) sont des formes d’hétérosexisme spécifique.

[8] Orientation relationnelle : il existe trois types d’orientation : l’orientation sexuelle décrit le(s) genre(s) envers lequel/lesquels on est attiré-e (ou pas) sexuellement ; l’orientation romantique décrit le(s) genre(s) envers lequel/lesquels on est attiré-e (ou pas) romantiquement ; l’orientation relationnelle décrit la structure relationnelle qui nous convient, c’est-à-dire le nombre de partenaire que l’on désire (0, 1 ou plusieurs).

[9] Anarchie relationnelle : une orientation relationnelle (cf. note 8) dans laquelle il n’y a pas de hiérarchie entre les partenaires et les natures de relation (romantique, platonique, etc.) Les relations sont libres d’évoluer spontanément en dehors de normes prédéfinies par la société.

[10] Amatonormativité : la norme de l’amour romantique. Considérer que l’amour romantique est intrinsèquement supérieur aux autres formes d’amour (amical, platonique, familial) et qu’il est naturel et souhaitable pour tous les êtres humains de désirer être en couple romantique. Cette norme découle notamment sur l’arophobie (cf. note 1).

[11] Polyamorie : orientation relationnelle (cf. note 8) où la personne a la capacité d’avoir plusieurs partenaires à la fois de façon éthique et consensuelle.

[12] Thérapie de conversion : c’est une pratique inhumaine et dangereuse qui vise à supprimer une partie de l’identité intrinsèque d’une personne, comme l’orientation sexuelle et romantique ou l’identité de genre, et ce dans le but de la normaliser au modèle dominant (hétéro et cisgenre).

[13] Alloromantique-allosexuelle : une personne alloromantique n’est pas aromantique et une personne allosexuelle n’est pas asexuelle. Une personne alloromantique-allosexuelle n’est donc ni aromantique, ni asexuelle.

[14] Modèle des attirances séparées : modèle d’orientation qui dit qu’on peut avoir une attirance romantique (et donc une orientation romantique) et une attirance sexuelle (et donc une orientation sexuelle) qui ne coïncident pas nécessairement. On peut donc être aromantique bisexuel, biromantique asexuel, hétéroromantique bisexuel, etc.

[15] Intersectionnalité : concept théorisé par Kimberlé Crenshaw en 1989 pour parler des spécificités de l’oppression vécue par les femmes noires. Une femme noire vit un sexisme raciste et un racisme sexiste. Elle vit des discriminations spécifiques aux femmes noires que ne vivent pas les femmes blanches. Il s’agissait de montrer comment le racisme, le sexisme et le classisme se croisent de manière à créer une situation spécifique pour les personnes qui vivent ces trois oppressions. De manière générale, une personne qui vit plusieurs oppressions à la fois se trouve donc à une intersection spécifique, démultipliant ainsi les oppressions vécues et créant des difficultés particulières.

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