Tableaux d’orientations

Article moyen, temps de lecture estimé : environs 10 minutes.

 

Il n’y a pas si longtemps, on avait un système d’orientation construit dans un cadre binaire. Ce système était cohérent et tous les mots étaient formés de la même façon : un préfixe indiquant le groupe qui nous attirait et le suffixe –sexuel indiquant qu’il s’agissait d’une orientation. Ainsi hétérosexuel vient du grec hetero « autre, différent » et signifie donc être attiré par le genre « opposé ». Homosexuel vient du grec homo « semblable, pareil » et signifie donc être attiré par le même genre. Bisexuel lui, vient du latin bi « deux » et signifie donc être attiré par deux genres (ou plus quand on passe dans un modèle au-delà de la binarité, la bisexualité est aujourd’hui définie comme le fait d’être attiré par deux genres *ou plus*). Sur le même principe, on a aussi asexuel où le préfixe a- est privatif et désigne l’absence d’attirance sexuelle pour d’autres genres. Maintenant lesbienne et gay ont tendance à remplacer homosexuel. Mais ce sont des termes devenus très courants auxquels les gens sont habitués donc ça ne demande plus d’effort de mémorisation et ne pose pas de problème.

En dépassant la binarité de genre, il a fallu créer de nouveau termes pour prendre en compte les personnes non-binaires. S’est donc créé sur le même modèle que précédemment le terme pansexuel du grec pan « tout » pour qui signifie donc être attiré par tous les genres. Mais ça ne suffisait évidemment pas à prendre en compte toute la complexité du sujet et d’autres termes sont nés très récemment.

 

Ce qui me pose quelques soucis, c’est que dans la sphère anglophone en particulier, on assiste à la création de plein de termes dans tous les sens sans aucune cohérence entre eux. Un coup ça se termine en –ic, un coup en –amoric, un coup en –ian… Un coup ça utilise un préfixe latin ou grec, un coup ça dérive de noms de pierres précieuses, etc. Beaucoup de termes ne sont absolument pas pensés pour être retenus facilement car il n’y a pas de logique sous-jacente (sauf pour ceux qui sont formés à partir d’un préfixe).

Mon objectif ici est donc de présenter, en m’appuyant sur ce qui a déjà été fait, un système d’orientation harmonisé et cohérent (autant que faire se peut…) Ces tableaux sont pensés de façon à être synthétiques et clairs. Le but est de pouvoir y retrouver rapidement un terme, comprendre facilement son sens et pouvoir l’utiliser. Notez que ce type de tableau ne peut pas être exhaustif de tout ce qui existe ni présenter toutes les nuances possibles, sans quoi on perdrait l’aspect synthétique. Il y a des blogs qui listent des orientations de façon plus théorique et plus exhaustive ; le problème c’est que c’est difficile de s’y retrouver. Ces tableaux sont donc censés être un outil pratico-pratique.

 

Orientations

Ce tableau présente diverses orientations. Il se lit de la façon suivante « une femme exclusivement attirée par les femme est lesbienne » ou « une personne non-binaire exclusivement attirée par les femmes est féminamorique ». Bien sûr, certaines nuances n’apparaissent pas, comme le fait que certaines personnes non-binaires s’identifient lesbiennes car leur genre est partiellement féminin par exemple.

Vous remarquerez qu’aucun suffixe –sexuel ou –romantique n’apparaît dans ce tableau (à part asexuel et aromantique) car il fonctionne pour les orientations sexuelles comme pour les orientations romantiques. On peut bien sûr faire des combinaisons si l’orientation sexuelle et romantique ne coïncident pas chez la personne !

   

Description du tableau (colonnes séparées par des point-virgules) :
Attiré-e par; Femme; Non-binaire; Homme
Exclusivement les femmes; Lesbienne; Féminamorique; Hétéro
Principalement les femmes ; Homoflexible; Féminaflexible; Hétéroflexible
Les femmes et les personnes non-binaires; Périso; Féminen; Pénulti
Exclusivement les personnes non-binaires; ; Cétéramorique;
Les personnes non-binaires et les hommes; Pénulti ; Viren; Périso
Principalement les hommes; Hétéroflexible; Viraflexible; Homoflexible
Exclusivement les hommes; Hétéro; Viramorique; Gay
Les femmes et les hommes; Bi
Tous les genres; Bi / pan
Aucun genre; Asexuel-le (ace) et/ou aromantique (aro)

 

Les termes en gras n’ont pas été modifiés par rapport à leur origine. Les termes qui ne sont pas en gras ont été ajustés par rapport à leur origine pour s’harmoniser avec le reste ou ont été carrément complètement changés par rapport à l’origine. A la place de féminen, il y a normalement « ammolique » et à la place de viren, il y a normalement « carnelian » (termes émanants de Tumblr). Le problème c’est que ces deux termes n’ont aucune logique sous-jacente (ils viennent de pierres précieuses) et sont complètement différents du reste des termes de la colonne non-binaire (ils sont donc d’autant plus difficile à mémoriser et ne sont pas cohérent avec le reste).

Etymologies pour aider à mémoriser et comprendre les termes :

  • Lesbienne : en référence à l’ile de la Grèce antique Lesbos d’où était originaire Sappho, une femme qui aimait les femmes, et a donné son nom au terme saphique (cf. ci-dessous).
  • Homo : du grec, semblable, pareil.
  • Hétéro : du grec, autre, différent.
  • Bi : du latin, deux. Mais la définition moderne de bi va au delà : voir l’article qui explique cela.  
  • Pan : du grec, tout.
  • Viramorique : du latin vir (homme) et amor (amour, quelque soit la forme d’attirance).
  • Féminamorique : de fémin (femme) et amor, construit sur le même modèle que viramorique.
  • Cétéramorique : à la base « cétérosexuel-le/cétéroromantique », harmonisé avec les autres orientations en –amorique (de plus, cela évite d’avoir à se confronter au problème du modèles des attirances séparées sexuelle/romantique si on ne le souhaite pas). Du latin « cetero/a » qui signifie autre (pensez à « etcétéra » qui veut dire « et les autres »). On peut faire un dérivé « cétéraflexible » pour dire une personne non-binaire principalement attiré-e par les personnes non-binaires.
  • Pénulti vient du latin paenultimus qui signifie avant-dernier. C’est l’idée d’être attiré-e par tous les genres sur le spectre jusqu’au genre qui est l’avant-dernier par rapport au sien – donc d’être attiré-e pas tous les genres sauf le sien. Peut se décliner en pénultisexuel-le / pénultiromantique.
  • Enbian (cf. ci-dessous) est basé sur le terme enbé (abréviation de Non-Binaire quand on lit les lettres N et B). Enbian décrit l’attirance d’une personne non-binaire pour les personnes non-binaires et elle n’est pas nécessairement exclusive. Je suis donc reparti sur ce principe pour remplir les cases manquantes du tableau. Ainsi, on obtient viren de « vir » (homme) et « en » (enbé) ; féminen de « fémin » (femme) et « en » (enbé). On peut aussi utiliser virenbian et féminenbian mais c’est plus long. Je suis parti dans l’idée que viren et féminen se lisent « virène » et « féminène », c’est plus joli que « viran » ou « féminan » (comme dans marrant) à mon humble avis.
  • Il manquait une façon de dire « attiré-e par le même genre que soi et les genres non-binaires mais pas le genre opposé ». Périso est formé du latin « per » (à travers) et iso (identique). Périso signifie donc être attiré par le même genre et « à travers la binarité » (donc par les personnes non-binaires). Pénulti et périso sont en quelques sortes des orientations « contraires » puisque pénulti = être attiré-e par tous les genres sauf le sien et périso = être attiré-e par tous les genres sauf le genre « opposé ».

 

Notes :

  • Toute orientation en dehors de la norme hétérosexuelle peut aussi être désignée comme queer. Toute attirance pour au moins deux genres peut aussi être désignée comme bi. Ainsi les orientations « –flexible », « -en » et la penultisexualité font partie du spectre bisexuel.
  • Les cases en gris : existent-il des hommes et des femmes exclusivement attiré-e-s par les personnes non-binaires ? (Vraie question, je n’en ai jamais entendu parler en dehors des cas de fétichisation).

 

Groupements d’orientations

Ce tableau présente des groupements d’orientations. Par exemple, une femme attirée par les femmes (mais pas forcément exclusivement) est dite saphique. Elle peut être lesbienne, bi, pan, etc.

 

Description du tableau (colonnes séparées par des point-virgules) :
Attiré-e par; Femme; Non-binaire; Homme
Les femmes mais pas forcément exclusivement; Saphique; Eranian; Diamorique;
Les personnes non-binaires mais pas forcément exclusivement; Maédique; Enbian; ; Adonien
Les hommes mais pas forcément exclusivement; ; Puerian; ; Achilléen

 

Etymologies :

  • Saphique : de Sappho, une poétesse de la Grèce antique qui aimait les femmes.
  • Maédique : des ménades (maenads en anglais), dévotes de Dionysos, un Dieu Grec probablement qualifiable de genderqueer.
  • Puerian : du latin « puer », garçon.
  • Enbian : de enby, prononciation de l’acronyme NB (Non-Binaire) en anglais. On peut aussi dire enbé en français.
  • Eranian : du latin « era », se réfère aux femmes.
  • Adonien : de Adonis qui était un amant de Dionysos, un Dieu Grec probablement qualifiable de genderqueer. Le terme d’origine était « adonic » mais j’ai finalement préféré le traduire par « adonien » que « adonique » pour harmoniser avec achilléen.
  • Achilléen : du personnage mythologique Achille, qui aimait les hommes.
  • Alternatives à adonien/maédique :

Astérien/Astérienne (une homme/une femme attiré-e par les personnes non-binaires) : du grec aster qui signifie « étoile » car les étoiles sont associées symboliquement aux personnes non-binaires (le symbole non-binaire comporte une étoile).

J’ai simplement trouvé plus logique d’harmoniser avec la mythologique grecque puisque saphique et achilléen sont des termes déjà bien installés.

  • Alternatives à eranian/puerian :

Quadrisian/Orbisian : étymologie inconnue, orbisian vient probablement de « orbe » en référence à la lune comme symbole féminin.

Torique/trixique : de tor qui rend un mot masculin et trix qui rend un mot féminin en latin. Je n’ai pas retenu car je les trouve pas très belles phonétiquement et assez compliquées à retenir (tor et trix se ressemblant trop).

 

Notes :

  • Toute orientation en dehors de la norme hétérosexuelle peut aussi être désignée comme queer. Queer est utilisé comme groupement d’orientations (il correspond donc à toutes les cases de ce tableau sauf les cases en gris) ou comme une orientation singulière.
  • Toute orientation ni gay ni hétéro résultant du fait d’être non-binaire peut-être désignée comme diamorique – du grec dia (au travers, sous entendu au travers la binarité) et amor (amour, quelque soit le type d’attirance). On peut donc lire le tableau de la façon suivante : « une personne non-binaire qui est attirée par les femmes et/ou par les personnes non-binaires et/ou par les hommes est diamorique ». Cliquez ici pour en savoir plus sur diamorique.
  • Il existe de nouveaux termes pour dire « une personne non-binaire attirée par tous les genres » mais je trouve que le mieux est encore de combiner bi/pan et diamorique (bi-diamorique et pan-diamorique) que de complexifier trop le vocabulaire. Au moins on retrouve facilement la signification si on connaît les définitions de bi/pan d’une part et de diamorique d’autre part, alors qu’avoir un mot qui n’aurait rien à voir phonétiquement et étymologiquement, ce serait beaucoup plus difficile à mémoriser.
  • La terminaison « -an » marque une forme neutre à prononcer comme dans « marrant ».
  • Les cases en gris : je doute de la pertinence ou l’utilité d’avoir un terme qui groupe des personnes queer et hétéro. Autant dire « les femmes qui aiment les hommes » ou « les hommes qui aiment les femmes » si on a besoin ponctuellement au lieu de créer trop de vocabulaire.

 

 

Un peu documentation anglophone sur le sujet :

http://rainbowpedia.wikia.com/wiki/Penultisexuality

Viramoric
https://www.deviantart.com/pride-flags/art/Viramoric-683396597
Feminamoric
https://www.deviantart.com/pride-flags/art/Feminamoric-683396595

http://rainbowpedia.wikia.com/wiki/Enbian

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3 commentaires sur “Tableaux d’orientations

  1. Hello, comment les gens définissent leur attirance/orientation vu qu’on ne peut présumer le genre d’une personne (et que l’apparence ne définit pas le genre)? Il faut que lea partenaire ou la personne « draguée » fasse son c/o à un moment donné, pour que la personne cis se dise « ah bah ok tu n’es pas cis, tes non binaire donc ça fait de moi une personne pénulti/perso » ?!

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    1. Bah en général les gens savent leur orientation sans forcément avoir une connaissance de la transidentité ou de la non-binarité, après certain-e-s se rendent compte au cours de leur vie que leur orientation est plus « large »/différente en rencontrant des personnes plus diverses. C’est une évolution et un questionnement qui se fait naturellement. Je ne pense pas que y’ait besoin de se poser des questions trop existentielle du genre « et si je drague quelqu’un qui est en fait non-binaire mais je le savais pas, de quelle orientation je suis ». Ca remet pas forcément en question l’orientation. Les questions viennent plutôt si une relation s’engage j’imagine, plutôt que quand on drague vite fait qqun qu’on connait pas trop. De même que des hétéro peuvent parfaitement se draguer et se rendre compte un peu plus tard qu’en fait non iels sont pas trop attiré-es par cette personne, parce qu’iels ont découvert sa personnalité et que ça ne colle pas.

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