Contrapoints est-elle réellement transmédicaliste ? – Nuance et complexité de l’analyse militante

Article long, temps de lecture estimé : environ 10 minutes.

 

Avertissement : Je n’ai pas visionné ou lu l’absolue intégralité du contenu de Contrapoints. Je suis néanmoins son travail depuis un moment et j’estime en avoir vu assez pour avoir un point de vue suffisamment étayé, et j’ai notamment porté mon attention sur le contenu qui a été spécifiquement incriminé durant cette controverse autour de sa personne.

Je précise également que ceci est ma lecture personnelle de son contenu, je vous dis ce que j’en ai compris, moi. Chacun-e est libre de sa propre opinion.

 

Définitions nécessaires pour comprendre l’article :

  • Enbyphobie : une forme de transphobie dirigée contre les personnes non-binaires. Les enbyphobes croient souvent que la non-binarité n’existe pas vraiment.
  • Transmédicaliste / truscum : terme qui définit une personne transgenre qui croit au modèle médical de la transidentité. Concrètement, ces personnes pensent généralement qu’il faut avoir de la dysphorie pour être trans et que la transition médicale est une aspiration commune à toutes les personnes trans. Ainsi, elles pensent que les personnes qui ne correspondent pas à cette définition précise de la transidentité ne sont pas réellement trans et ne peuvent pas se revendiquer comme telles. Le point de vue des transmédicalistes sur les personnes non-binaires varie : certain-e-s pensent que la non-binarité est illégitime en tant que concept même (il me semble que c’est par exemple l’opinion de la youtubeuse Blaire White), d’autres pensent que les personnes non-binaires existent et peuvent être trans du moment qu’elles ont de la dysphorie et que leur genre reste assez « acceptable » – agenre/neutre/entre les deux et basta en gros – (c’est par exemple l’opinion de la youtubeuse Miss London). En tout cas, il est souvent reproché aux transmédicalistes d’être enbyphobes.
  • Tucute : terme plus récent qui définit les personnes trans qui sont opposées au transmédicalisme dans le sens où elles pensent qu’il n’est pas nécessaire de ressentir de la dysphorie pour être trans. Il semble notamment se référer majoritairement aux personnes non-binaires qui n’ont pas de dysphorie et qui ont des genres « peu acceptables » aux yeux des transmédicalistes. Il est également particulièrement utilisé en référence à une certaine portion de la communauté trans de Tumblr qui répond aux critères précédemment cités.

En bref, il y a une sorte de scission dans la communauté trans entre les « truscums » et les « tucutes ». Cette controverse « truscum vs tucute » n’est pas réellement l’objet de cet article, je tiens à le préciser, mais ces mots seront utilisés dans l’article puisqu’on reproche à Contrapoints d’être « une truscum » et il est nécessaire d’en comprendre le contexte.

 

Entrons dans le vif du sujet :

 

Qui est Contrapoints ?

Natalie Wynn, plus connue sous son pseudo Contrapoints, est une femme trans militante qui effectue la majorité de son travail sur Youtube. Elle est philosophe de base, et cela est très important pour comprendre son travail. En effet, elle présente des vidéos très longues (20 à 48 min pour ses vidéos récentes), comportant de très nombreuses informations à la minute. Elle n’hésite pas à présenter les arguments de l’opposition, et à décortiquer tous les points de vue. Cela passe par la mise en scène de divers personnages qu’elle joue elle-même, avec une esthétique très recherchée, tant au niveau des costumes, que des décors ou de la musique. Bref, elle fournit un travail de fond, complexe, et souvent nuancé. Il faut s’accrocher pour bien suivre et surtout regarder jusqu’au bout pour comprendre vraiment la vidéo, c’est-à-dire ne pas s’arrêter à la moindre phrase qui nous semble « problématique » car elle y répond généralement plus tard.

 

Une photo de Contrapoints

 

Malheureusement, Contrapoints a récemment fait l’objet d’une controverse. Il lui a été reproché plusieurs fois d’être transmédicaliste et enbyphobe. Suite à la shitstorm qui a eu lieu sur Twitter à son sujet, son compte a disparu. Alors de quoi retourne-t-il ?

 

Les accusations d’enbyphobie

Voici un premier tweet de septembre 2018 qui a été incriminé et qualifié d’enbyphobe.

 

   

Elle y dit « Je suis sure que ce n’est pas l’expérience de beaucoup de NB [personnes non-binaires]. Je leur laisse le soin d’expliquer ce que c’est que d’être non-binaire dans un monde binaire. Je ne parle pas et ne peux pas parler pour elleux. Mais probablement qu’une explication qui commence et se finit par « je ne suis pas un homme car je ne m’identifie pas comme tel-le » est plutôt faible. »

Bon, la première chose, c’est que je pense qu’expliquer quelque chose sur Twitter est toujours casse-gueule et encore plus pour Contrapoints qui a toujours de longues explications complexes. Je pense qu’en aucun cas le nombre de caractères disponibles dans un tweet, ni la façon décousue dont se construit un fil de tweets, ne permet de rendre compte de cela. Il me paraît évident qu’elle soit mal comprise.

Ensuite, ce tweet me paraît quand même pris hors contexte (à quoi la première phrase se réfère-t-elle donc ?) Malheureusement, je n’arrive pas à trouver ce qui vient avant.

Pour continuer, la lecture de ce tweet, à mon humble avis, ne peut être correcte que si on prend en considération l’ensemble du travail de Contrapoints et le contexte de ce travail. On parle d’une philosophe, qui fait des vidéos de 30 minutes avec des analyses très très denses. Elle décortique tout, et elle tient les femmes trans au même standard que les personnes non-binaires, il me semble que « je suis une femme parce que je m’identifie comme telle » n’est pas non plus un argument très intéressant pour elle (cf. la vidéo « The Asthetics » dont je reparle ensuite). Ce n’est pas que cet argument n’est pas recevable, c’est qu’elle attend plus. Et je suis d’accord que d’un point de vue militant, la communauté non-binaire ne peut pas se contenter de « on est non-binaires parce que c’est comme ça ». Les gens ne risquent pas d’appréhender la non-binarité de cette façon, il faut aussi être un peu pédagogues, analystes. Bien sûr, il n’y a pas d’obligations de faire ce travail, mais en tant que militant-e-s non-binaires, je pense qu’un moment donné c’est quelque chose d’incontournable (après bien sûr il existe différents types de militantisme, mais je fais référence à un type de militantisme assez analyste/pédagogue/de vulgarisation/etc.)

Bref, pour moi ce tweet ne semble pas enbyphobe. Elle ne dit pas que les personnes non-binaires ne sont pas légitimes. Elle n’entend pas parler à notre place non plus. Il me semble simplement qu’elle trouve qu’il est important d’analyser les choses en profondeur. Et non, je ne considère pas ça comme une injonction à la pédagogie ou autre : c’est intra-communautaire, Contrapoints n’est pas en position dominante face aux personnes non-binaires en tant que femme trans.

 

Mais ce n’est pas la seule accusation d’enbyphobie qui a été faite à Contrapoints. Il s’agit cette fois d’un fil de tweets et c’est celui-ci précisément qui a fait vraiment partir les choses en cacahuète (ah Twitter, y’a pas à dire, c’est vraiment le pire réseau social pour militer). Voyons voir l’ensemble du fil, parce que malheureusement, je vois souvent seulement un ou deux tweets cités hors contexte…

 

 

« Cela m’est déjà arrivé dans les espaces hyper-déconstruits [hyperwoke]. Genre, il y a moi et une bande de femmes cis et nous devons toutes dire chacune notre tour « elle » [she/her] parce que je suis là.

Il y a ce paradoxe où je peux aller dans un bar sportif en Caroline du Nord et être appelée mademoiselle/madame toute la nuit sans aucun souci, mais dans les espaces conscients de leur inclusivité trans je dois expliquer mes pronoms et voir les gens se corriger maladroitement à chaque fois qu’iels disent « les gars ».

J’imagine que c’est bien pour les gens qui utilisent seulement « iel » [they/them] et ne veulent qu’un langage neutre. Mais les trans ayant un semi-passing telle que moi en fond les frais mineurs et c’est très dur pour nous.

Je suis amie avec beaucoup de jeunes personnes trans [génération Z] et je suis parfois groupée avec elleux, car je suis très présente en ligne et que j’ai transitionné il n’y a pas si longtemps. Mais mon expérience est très différente. Je ne suis pas une jeune trans avant-gardiste [a vanguard zoomer tran]. Je me sens parfois comme la dernière des transsexuelles de l’ancienne école [the old-school transexuals].

Mais maintenant tu vas sur ces groupes Discords/Facebook et genre 20-30% s’identifient à une certaine saveur de trans [some flavour of trans]. La plupart ne sont pas des transsexuel-les conventionnellement binaire. Cela semble être le futur.

Mais je comprends aussi pourquoi beaucoup de personnes trans qui veulent juste se fondre dans la masse sont frustrées par la nouvelle visibilité et par les radicaux. J’ai moi-même peur pour le futur de l’acceptation trans et je comprends le désir d’être invisible, toléré-e, en sécurité. »  

 

Bon, analysons tout cela.

Déjà, je pense qu’elle utilise le mot « transsexuelle » de façon ironique, comme c’est le cas dans toutes ses vidéos et où cela est très clairement rendu par le ton de sa voix, qui est bien sûr absent à l’écrit. D’autant plus quand elle le met dans l’expression « transsexuelle de l’ancienne école », son ton ironique est très clair pour moi. Quand on connaît un peu son travail, elle a ce genre d’humour et de cynisme très particulier. Il ne faut pas que cela éclipse le fond de son message. Je crois que certaines personnes ont malheureusement vu « transsexuelle » et ont immédiatement associé le reste à du transmédicalisme.

Alors dans le fond justement, que dit-elle ? Elle met en lumière ici une difficulté interne à la communauté trans : d’un côté, certaines personnes trans veulent se fondre dans la masse et sont contentes lorsqu’on suppose correctement leurs pronoms en se basant sur leur apparence issue d’une transition dans laquelle elles ont mis beaucoup d’efforts, et de l’autre côté, certaines personnes non-binaires sont mises en difficulté lorsque les pronoms sont supposés sur cette base et aiment bien le rituel d’annoncer leurs pronoms. Je pense qu’il n’y a rien d’enbyphobe dans ce constat, c’est juste un constat. Elle ne dit pas que les personnes non-binaires ne doivent plus annoncer leurs pronoms ou qu’utiliser « iel » c’est mal. Par contre, à partir de ce constat il aurait été intéressant d’en discuter et de peut-être trouver des solutions autres qui réconcilient les intérêts des deux groupes. Cela ne me semble pas impossible, mais ne pourra se faire que dans une conversation respectueuse. Ça ne peut pas avoir lieu dans une shitstorm. Clairement pas.

D’autre part, ce n’est pas uniquement ce que dit Contrapoints. Elle dit aussi que dans un cercle où elle n’est entourée que de femmes cis, le comportement change juste parce qu’elle est là et que ça la gène. Elle remarque ce paradoxe où dans sa vie quotidienne tout le monde l’appelle « elle » sans sourciller mais où dans les espaces militants, cela semble remis en question, voire on la mégenre. Encore une fois, c’est un constat intéressant qui pose des questions, sans nécessairement faire écho au transmédicalisme. Ce qui est mis en lumière ici, ce sont les différences entre la société générale encore binaire mais où certaines personnes trans arrivent à s’assimiler et la microsociété qu’est la communauté queer où les règles sociales sont différentes.  

Enfin, elle met en lumière la façon dont elle se sent différente d’une génération de personne trans plus jeune, plus non-binaire (non pas parce qu’il y a plus de personnes non-binaires de nos jours dans les faits je crois, mais parce qu’à l’époque beaucoup avaient une transition binaire et s’identifiaient femme trans/homme trans, faute d’avoir les mots et les options nécessaires). Encore une fois, je ne vois pas trop le problème. Elle ne dit pas que cette génération est mauvaise. Elle exprime un ressenti personnel. Elle exprime une certaine crainte pour le futur et dit qu’elle comprend celleux qui veulent rester invisible. Ce n’est pas problématique de dire ça, parce que c’est un ressenti. Ca aurait été différent si elle avait dit « c’est de la faute des personnes non-binaires ». Non, elle a dit « j’ai peur » et « je comprends ». C’est totalement différent à mon sens, elle ne fait pas d’accusations. Cela n’enlève rien à la communauté non-binaire, qui a d’ailleurs en retour le droit d’exprimer ses propres ressentis de la même façon par rapport à la situation. On ne contrôle pas tout ce qu’on ressent. Je pense qu’il faut arrêter de faire comme si on était toustes parfait-e-s et qu’on n’avait jamais aucune pensée de ce genre. Nous avons toustes un discours intérieur où parfois des ressentis contradictoires s’expriment. Et il ne faut surtout pas perdre notre objectif principal : on lutte contre la transphobie, pas entre nous. Je trouve ça donc au contraire très sain d’en parler et de se poser les bonnes questions. Comment peut-on, en tant que communauté trans, se rassurer les un-e-s les autres, et créer une atmosphère dans laquelle on sent toustes représenté-e-s ?

Je trouve cela vraiment triste que certaines personnes aient créé cette énorme shitstorm autour de Contrapoints plutôt que d’en discuter posément (elle me semble être quelqu’un d’ouvert à la discussion en plus). Car en ce moment même, qui récupère tout ça ? Précisément les transmédicalistes telles que Blaire White qui s’en donnent à cœur joie pour réaffirmer que les femmes trans n’ont rien à faire avec les personnes non-binaires. Pourtant nous avons tellement plus en commun que certain-e-s veulent bien le croire… Certes, des différences aussi, mais qui n’empêchent pas ces points communs d’exister, et nous devrions travailler toustes ensemble dans le respect de nos différences. N’est-ce pas le but même de la communauté queer que de dire que la différence est belle et respectable ?

 

Les accusations de transmédicalisme

Avant que tout ne parte en cacahuète sur Twitter, une vidéo de Contrapoints avait aussi été incriminée comme étant transmédicaliste. Il s’agit de la vidéo appelée « The Aesthetics » (L’esthétique). Là encore, je pense que pas mal de gens sont passés à côté du message. La vidéo est très dense et je n’analyserai pas la totalité de ce qu’il y a en dire. Juste ce qui me semble nécessaire vis-à-vis des accusations qui ont été faites.

 

 

Cette vidéo est globalement construite comme beaucoup de ses vidéos : il y a généralement deux personnages principaux qui sont complètement en désaccord et qui présentent chacun leurs arguments (avec souvent un personnage modérateur biaisé représentant le groupe dominant), permettant ainsi à la vidéo de s’articuler autour d’une opposition thèse/anti-thèse.

Ici, on a durant une bonne partie de la vidéo deux femmes trans qui s’opposent. Elles  semblent plutôt caricaturales car elles représentent des archétypes assez tranchés, en l’occurrence une plutôt du bord truscum et l’autre plutôt du bord tucute – mais on verra que finalement les personnages sont plus nuancés que ça, malgré qu’ils répondent à première vue à ces archétypes bien définis. La « truscum » pense que les femmes trans se doivent d’être féminines, de faire un effort pour se fondre dans la masse, car sinon elles ne seront jamais acceptées, notamment parce que l’on vit dans une ère où l’esthétique importe plus que le fond. C’est notamment un des moments où on se rend compte que dans le fond, elle rejoint plus la « tucute » qu’on ne le croit mais pas dans la forme, la stratégie d’action. La « tucute », elle, pense au contraire que le fond importe plus que l’esthétique, et qu’elle n’a pas à être féminine si elle ne veut pas, cela reviendrait à se plier au patriarcat. En gros, l’une veut s’en sortir en jouant avec les règles, alors que l’autre veut détruire les règles. Bien sûr, ces deux positions sont un peu plus complexes, c’est un court résumé, et je vous invite à voir la vidéo qui dispose de sous-titres en français.

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette vidéo c’est qu’elle est faite de façon à ce qu’on puisse comprendre les arguments des deux côtés, et je pense que c’est important, car comment répondre aux personnes qui nous opposent si on ne comprend pas leurs arguments ? Si on pense qu’elles ont tord dans leur stratégie d’action, encore faut-il être capable de dire pourquoi. Il est également à noter que l’opposition entre les deux personnages reflète le débat truscum/tucute intra-communautaire mais aussi le dialogue intérieur que peut avoir une femme trans (ou une personne trans en général). Car il y a bien souvent des forces qui s’opposent dans notre tête, des débats internes, des idées transphobes que l’on a malgré tout car la société nous gangrène avec. Et encore une fois, ne prétendons pas être parfait-e-s.

La vidéo illustre également quelque chose de particulièrement essentiel à mon sens : répondre à la question « qu’est-ce qu’une femme ? » n’a pas de réponse simple, et les prismes d’analyse sont multiples.

 

Mais alors pourquoi les gens ont-ils été énervés par cette vidéo ? Premièrement, certain-e-s n’ont pas réussi à dissocier le personnage « truscum » de la personne de Contrapoints et lui ont attribué son point de vue. C’est un peu dommage car le principe de ses vidéos repose justement sur le fait qu’elle joue des personnages qui ne représentent pas nécessairement son point de vue. D’autres lui ont reproché que la « truscum » n’était pas clairement condamnée par la vidéo et que c’était donc le vrai avis de Contrapoints. Franchement, la « truscum » n’est pas présentée à son avantage. Elle est montrée comme quelqu’un qui veut contrôler la façon dont les autres femmes trans se comportent… Et surtout, à la fin de la vidéo, elle fini par avoir des regrets et change d’avis. Ce qui est très bien pour illustrer le fait qu’on a le droit de changer.

D’ailleurs, beaucoup de gens sont complètement passés à côté du message principal de la vidéo, qui n’est ni la thèse, ni l’anti-thèse mais bien la synthèse : dans les deux cas, les femmes trans ne peuvent pas gagner. La « truscum » perd en étant tenue à un standard de féminité si strict qu’il est presque impossible à maintenir. La « tucute » perd car elle n’est pas prise au sérieux et mégenrée. Conclusion : c’est la transphobie qui gagne toujours. Alors à quoi bon se faire la guerre ? Il vaut mieux trouver un terrain d’entente et se battre ensemble. C’est un message unificateur.

Pour moi, cette vidéo ne fait en aucun cas passer un message transmédicaliste. A chacun-e de se faire son avis dessus. En tout cas, si cette vidéo vous a posé problème, je vous conseille au moins de revoir la vidéo avec un œil neuf pour vous refaire un avis.

 

Les accusations d’antisémitisme

Contrapoints a également été accusée d’antisémitisme car elle vend des tee-shirts autour de la théorie du complot des reptiliens qui est intrinsèquement antisémite et qu’elle a refusé de retirer de la vente.

 

Image avec le tee-shirt de Contrapoints où on voit des reptiliens en costume assis sur des chaises devant une fenêtre qui donne sur des grattes-ciel. Au dessus il est écrit « Goddamn reptiles » (putains de reptiles). Dans la description de l’image sur le site de vente, on peut lire « David Icke was right » (David Icke avait raison), David Icke étant l’antisémite à l’origine de la théorie du complot des repitliens.

 

Je ne pense pas un seul instant qu’elle croit à cette théorie du complot, je crois que ces tee-shirts s’en moquent au contraire. Mais, même si elle ne cherche pas à être antisémite, le message me semble effectivement très maladroit et je pense qu’elle aurait dû écouter les personnes juives et les retirer de la vente. Je pense également que son tweet à ce sujet, où elle affirme qu’elle pense que la théorie du complot des reptiliens n’est pas antisémite, est mal venu (ça l’est, antisémite). Donc oui, sur ce coup là, je suis d’accord, elle a fait une erreur. Et j’espère qu’elle reviendra dessus et apprendra au fur et à mesure à se déconstruire sur l’antisémitisme. Cela ne m’empêchera pas de suivre le reste de son contenu.

 

Un tweet de Contrapoints qui dit « Mon sentiment personnel à propos de l’histoire des lézards c’est que ce n’est pas principalement antisémite. Mais c’est absolument quelque chose dont on doit être conscient-e, sur lequel on doit garder un oeil. »

 

 

Conclusion :

J’aimerais que cette situation serve d’exemple et que la communauté trans en ressorte grandie. Notamment sur les points suivants :

  • apprendre à avoir des analyses plus complexes et nuancés, ne pas avoir peur d’avoir des discussions intra-communautaire sur ces sujets afin d’avancer main dans la main plutôt que de se foutre sur la gueule ce qui est complètement contre-productif ;
  • ne pas avoir peur de décortiquer les arguments adverses, ne pas avoir peur d’admettre quand certaines personnes avec qui nous sommes opposé-e-s marquent effectivement un point, reconnaître nos tords personnels ;
  •  accepter que personne n’est parfait-e, pas même les militant-e-s, et ne pas boycotter ou harceler quelqu’un au moindre faux pas ;
  • prendre le temps de vraiment écouter les arguments des autres avant de boycotter ou harceler, notamment ne pas prendre les tweets ou les propos hors de contexte ;
  • réussir à dépasser l’opposition stérile truscum/tucute et réconcilier les différents des un-e-s et des autres pour avancer ensemble dans la même direction, étant donné les problèmes éminemment plus flippants de l’actualité politique du monde que de savoir s’il faut se présenter avec ses pronoms ou pas (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas en parler, mais pas de quoi en faire un ouragan dans la communauté trans non plus, ça nous détourne de choses vraiment plus graves et nous empêche d’être productif-ves). 

4 commentaires sur “Contrapoints est-elle réellement transmédicaliste ? – Nuance et complexité de l’analyse militante

  1. Merci pour cette belle analyse 🙂 je regarde extrêmement peu de vidéos YouTube, mais Contrapoints est l’une des rares chaînes que j’ai un peu regardées. Certaines de ses références à la non-binarité par le passé m’ont un peu irritæ, mais sans remettre en question l’intérêt que je porte à son travail. Mais quand je vois l’ampleur de ce qui lui est reproché là et sur quoi c’est fondé, c’est sidérant.

    En particulier je comprends parfaitement le problème que la généralisation – souhaitable pourtant – des pronoms non-binaires peut compliquer les choses pour des personnes trans binaires pour qui ça représente une façon de plus d’être mégenræs. C’est quelque chose dont on discute dans un cadre militant et dont al me semble important de parler pour être de bons alliæs entre personnes trans binaires ou non. (Des problématiques proches se posent me semble-t-al, sans rentrer dans les détails, pour d’autres sujets tels que par exemple les marqueurs de genre à l’état civil.) Natalie ne fait qu’exprimer cela avec subtilité et prudence d’expression, et raconter son expérience de femme trans. J’ai vu des discours limites enbyphobes sur ce sujet (et même une fois des discours NB transphobes), ça n’en fait clairement pas partie pour moi.

    Et totalement d’accord sur la futilité de tenter de débattre de quoi que ce soit sérieusement sur Twitter ^^

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  2. Pas toujours facile de nuancer les propos ou affirmations de certains et certaines, en particulier entre personnes trans militante débarquant dans le milieu de l’aide aux personnes se posant des questions sur leur genre. Mais c’est ce que j’aime dans tes écrits, ce grain nuancé que tu sembles préserver… Pour le contenu de ce texte de qualité encore et toujours, effectivement je ne vois pas en quoi elle est responsable des accusations qui sont portées contre elles. même pour le teeshirt qui est à mon sens justement la denonciation par l’absurde de toute phobie basée sur les apparences et qui va jusqu’au bout de l’absurdité (tel que je l’entends : si c’est pas les juifs, c’est les crocodiles, ou quoi d’autre apres selon David Icke) jusqu’ à le vendre pour montrer que la veritable raison etait l’argent pour David Ike… le retirer revenait à valider ce qu’elle dénonce.

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    1. Pour le tee-shirt, quelque soit l’intention derrière, le risque de l’impact négatif est trop grand car très très peu de gens sont à mêmes de comprendre tout cela, dans ce cas j’estime qu’il vaut mieux faire preuve de précaution.

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      1. meme si dans la réalité je te rejoints (parce que je n’ai pas envie de me taper des embrouilles), je me pose des questions quant à ce principe de precaution : si on l’avait appliqué de tout temps, la terre serait encore plate, le soleil tournerait encore autour de la terre, l’évolution n’existerait pas, ni l’égalité des droits. Il y a toujours quelqu’un qui se trouvera contrarier par ce que tu dis ou fais et qui voudra te l’interdire… je me demande lequel des deux est le plus dangereux, en realité…

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