Suis-je non-binaire ? (pistes pour les personnes en questionnement)

Quelques définitions utiles pour comprendre cet article :

  • Trans(genre) : une personne dont le genre ne correspond pas à celui assigné à la naissance.
  • Non-binaire : une personne dont le genre n’est ni exclusivement homme, ni exclusivement femme.
  • Homme trans : homme qui a été assigné fille à la naissance.
  • Femme trans : femme qui a été assignée garçon à la naissance.
  • Cis(genre) : une personne dont le genre correspond à celui assigné à la naissance.
  • Dysphorie de genre : inconfort, mal être, anxiété ou dépression lié au fait de ne pas vivre dans son vrai genre.
  • Euphorie de genre : bien être lié au fait d’être capable d’exprimer son vrai genre ou d’être reconnu-e comme tel, « contraire » de la dysphorie de genre.
  • Transition : parcours entrepris par une personne trans pour vivre dans son vrai genre. On parle de transition médicale vis-à-vis des hormones et des chirurgies, on parle de transition sociale vis-à-vis des changements sociaux (prénom, pronoms, vêtements…)

 

« Je suis afab (resp. amab) et j’aime m’habiller comme un garçon (resp. comme une fille) mais je ne veux pas transitionner médicalement, est-ce que je suis non-binaire ? »

 

Je reçois fréquemment ce type d’email, avec ce contenu exact, parfois formulé un peu différemment (je lis souvent l’expression erronée « changer de sexe » par exemple). Ces questions me parviennent autant de personnes assignées filles que de personnes assignées garçon, souvent jeunes, mais cela est variable et il peut s’agir de personnes plus âgées. Au lieu de répondre toujours plus ou moins la même chose, je me suis dit que j’allais prendre le temps d’écrire un article, sachant qu’il sera utile même pour des personnes qui ne sont pas en questionnement car je vais y clarifier pas mal de choses concernant le genre et l’expression de genre.

 

La première chose qui me saute aux yeux lorsque je reçois ce type d’email, c’est que je suis dans l’incapacité de répondre autrement que par « je ne sais pas ». Pourquoi ? Parce que ces personnes ne me donnent aucun élément marquant en rapport avec l’identité de genre. Leur questionnement se centre autour de l’expression de genre, qui concerne l’apparence, le look, les goûts. Aimer s’habiller comme un garçon quand on est assigné-e fille ne veut strictement rien dire si on ne creuse pas la question. En effet, cela peut effectivement refléter une dysphorie de genre, qui est soulagée en revêtant des habits traditionnellement attribués au genre opposé (et donc être significatif d’une transidentité). Mais cela peut aussi simplement vouloir dire qu’on est une fille cis qui se sent mieux en étant masculine (et inversement pour les garçons cis féminins). Donc personnellement, juste en lisant « j’aime m’habiller comme un garçon », je ne peux pas vous dire grand chose en me basant juste sur ces informations. C’est très important de se demander pourquoi vous aimez vous habiller d’une telle façon. Que ressentez-vous ? De l’euphorie de genre ? Et comment vous sentez-vous lorsque vous devez porter des habits traditionnellement associés à votre genre assigné ? De la dysphorie de genre ? Un malaise ? Rien de particulier ? C’est toutes ces questions qu’il faut longuement explorer pour réussir à identifier la cause, et comprendre si cela a effectivement un lien avec votre identité de genre ou pas du tout.

 

La question de la transition médicale, quant à elle, ne révèle pas grand chose non plus. On peut être un homme trans ou une femme trans et ne pas souhaiter de transition médicale, cela n’aiguille donc pas nécessairement de façon automatique vers la non-binarité. De plus, au contraire, on peut être non-binaire et souhaiter une transition médicale. J’ajoute qu’en début de questionnement on peut avoir le sentiment de ne pas avoir besoin d’une transition médicale et se rendre compte plus tard que si. Le discours sur la transidentité est très porté sur cette transition médicale, mais je conseille d’abord de se focaliser sur d’autres choses si vous êtes confus-e, comme l’identité de genre en elle-même et faire des tests avec des éléments de transition sociale réversibles qui vont permettre de vous poser les bonnes questions (tenter une coupe de cheveux, de nouveaux vêtements, peut-être un autre prénom…) Ce que j’entends par là, c’est que si vous décidez de vous couper les cheveux, il faut se questionner sur ce que ça implique pour vous. Car encore une fois, une femme cis peut très bien adorer les cheveux courts et ne jurer que par ça sans être un homme trans ou une personne non-binaire (et heureusement) ! Par contre, le geste de se couper les cheveux peut vous renseigner sur votre identité si vous vous écoutez : peut-être allez-vous découvrir qu’une dysphorie de genre que vous n’écoutiez pas vraiment vient d’être grandement soulagée par cette coupe de cheveux par exemple, ou que vous ressentez une grande euphorie de genre à vous regarder dans le miroir avec cette nouvelle coupe.

 

Certaines personnes me signalent également qu’elles n’aiment pas leur corps dans leur message. Encore une fois, il est impossible de statuer sur cette information. Il y a plein de raisons de ne pas aimer son corps, qui ne sont pas toutes liées à la dysphorie de genre. Des tas de personnes cis n’aiment pas leur corps ou certains éléments de leur corps. Cela peut être dû à des complexes, ou bien à une oppression vécue comme la grossophobie, le validisme ou le racisme, qui érigent le corps mince valide et blanc comme le modèle par excellence. Cela peut aussi être lié à une dysmorphophobie (« La dysmorphophobie se caractérise par des pensées excessives et une obsession d’un défaut imaginaire ou d’un petit défaut physique, dont la perception de la personne est complètement démesurée »). Sachant également que cela peut être dû à plusieurs facteurs combinés ou tout cela à la fois. On peut également avoir de la dysphorie de genre ET de la dysmorphophobie, et vivre la grossophobie etc. Cela peut donc être difficile de démêler tout cela et il se peut que cela prenne du temps.

 

En pratique :

*Prenez votre temps. Le questionnement peut être un processus long, sur plusieurs semaines, mois, années… Il n’y a pas d’obligations à être sûr-e demain ou après-demain ou même l’année prochaine. Chacun-e son rythme et son parcours. Le but n’est certainement pas de se presser à faire des choses que l’on pourrait regretter et avec lesquelles on n’est pas vraiment à l’aise. Il y a malheureusement une pression à être capable de se définir avec certitude et rapidement dans les milieux LGBT+. Je répète donc que rien ne sert de courir si ce n’est pas votre rythme. Il y a des gens qui savent facilement et très vite, et tant mieux pour eux, mais c’est leur rythme, ça n’a pas à être le vôtre.

*Ne brûlez pas les étapes. Cela découle directement du point précédent. Il y a une pression dans le milieu trans pour transitionner vite, faire son coming-out, se jeter vite sur les hormones, et enchaîner avec les chirurgies et le changement d’état civil, tout cela s’inscrivant dans un parcours très normé et binaire, qui correspond effectivement à certain-e-s mais pas à toustes. Cette pression est directement liée au fait qu’on nous demande de « prouver » qu’on est « vraiment trans ». Si tu ne te jettes pas sur les hormones avec une dysphorie de genre complètement incapacitante, les transmédicalistes vont venir te dire que tu n’es pas vraiment trans, que tu es un « transtrender » ou je ne sais quoi. Ce qui est triste, à mon avis, c’est qu’avec une telle pression, iels contribuent au problème même qu’iels dénoncent si souvent : des gens qui transitionnent trop vite puis regrettent (même si ça reste rare). Je préfère largement un climat qui encourage le questionnement sain sans pression, où l’on peut prendre son temps, douter, ne pas être sûr-e de ce qu’on veut, ne pas vouloir à un moment donné tel élément de transition, etc. tout en ayant accès aux ressources de la communauté trans pour pouvoir avancer dans son parcours et être soutenu-e.

*Faites des expériences. Cela vous permettra de mieux vous connaître, d’apprendre à vous écouter, de prendre confiance en vous et en votre vécu, et de répondre à certains questionnements par une expérience concrète. Bien sûr, je parle de faire des expériences safes et réversibles. Comme je le disais plus haut, une coupe de cheveux ne fera pas de mal, au pire, ça repousse ! N’hésitez pas à demander à des personnes en qui vous avez confiance de tester de nouveaux pronoms ou un nouveau prénom également, cela peut vous donner des informations très utiles sur votre identité. Si vous vous sentez beaucoup mieux avec « il », c’est un fort indicateur. Mais à l’inverse, souvenez-vous que cela peut « faire bizarre » au début d’être appelé-e par un pronom ou un prénom dont on n’a pas l’habitude. Ne vous formalisez donc pas trop vite si cela est étrange.

*Renseignez-vous bien sur différentes notions afin de ne pas confondre votre identité de genre avec d’autres choses, notamment l’expression de genre, la dysmorphophobie, etc. Profitez-en pour lire des témoignages variés de personnes trans. Est-ce que ce vécu vous parle ? Souvenez-vous qu’il existe plusieurs vécus trans, ne restez pas bloqué-e-s sur un seul vécu qui ne vous correspondrait pas, cherchez d’autres choses. En revanche, je vous conseillerais quand même de faire attention à la source. Evitez des médias grands publics qui déforment souvent les expériences trans et confondent régulièrement expression de genre et identité de genre. De même, évitez les écrits Tumblr obscurs qui ont été postés de façon anonyme et dont il n’est jamais possible de vérifier la provenance (est-ce un troll ? une personne bien attentionnée mais totalement mal informée et qui utilise des termes qui n’ont aucun sens ?)

 

J’espère que cet article aura éclairci certaines choses et bon questionnement ! N’hésitez pas à visiter le reste du blog, car il y a beaucoup de ressources dessus qui pourront vous aidez en plus de cet article. Et n’oubliez pas que c’est vous qui avez le dernier mot sur votre identité, qui êtes à même de savoir comment vous devez vous identifier, et non une autre personne ou une quelconque « autorité » sur les questions trans.

Tu peux soutenir mon travail sur Tipeee (en regardant gratuitement une vidéo, ou à partir de 1€ de don ponctuel ou mensuel).

 

A lire aussi :

https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/06/24/comment-jai-su-que-jetais-non-binaire/

https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/06/02/les-erreurs-dutilisation-du-terme-non-binaire/

https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/06/02/non-binaire-ou-non-conforme-dans-le-genre/

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