Construction de l’identité de genre chez les personnes assignées filles à la naissance (sondage)

Voici les résultats du sondage sur la construction de l’identité de genre, effectué en janvier 2019. Il y a un résumé d’une page en début de document, que je copie ici. N’hésitez pas à le lire si la longueur du rapport vous fait peur. 😉

« On constate des différences empiriques entre les personnes trans et les personnes cis et selon leurs genres : auto-identification, parcours de vie, transitions… Les identités trans sont de plus en plus reconnues et étudiées mais la littérature reste très souvent binaire ou porte un regard cissexiste. Force est de constater que peu, voire pas, de cadres théoriques inclusifs des identités trans et non-binaires quant à la construction de l’identité de genre existent. Celle-ci constitue un processus psycho-social complexe probablement non réductible à de simples paramètres (qu’ils soient environnementaux et/ou biologiques et certainement issus d’une interaction entre les deux). Est-il cependant possible d’en approximer les modalités grâce à quelques variables simples ? Je postule que de telles variables peuvent être définies selon trois axes : l’identification à un genre, la neutralité vis-à-vis de ce genre, ainsi que l’opposition à ce genre. J’appellerai ceci le système INO (identification, neutralité, opposition). L’utilisation de ces variables sera explorée grâce à un sous-échantillon d’un sondage effectué entre le 17 décembre 2018 et le 16 janvier 2019 : les personnes assignées filles à la naissance. L’utilisation des variables INO est-elle pertinente pour observer des différences entre femmes cis, personnes non-binaires afan et hommes trans et si oui, quelles différences mettent-elles en lumière ?

Après analyse, il semblerait que contrairement aux femmes cis qui construisent leur identité de genre majoritairement en identification avec celui-ci mais sans opposition au genre homme, un certain nombre de personnes non-binaires le construisent en double opposition : avec le genre assigné (femme) et le genre opposé au genre assigné (homme). Un nombre significatif de personnes non-binaires construisent également leur genre neutralité absolue : c’est-à-dire une indifférence au concept de genre lui-même. Les hommes trans eux, semblent à la fois être en opposition forte avec le genre assigné et en identification avec le genre opposé à celui-ci (homme), mais la quantité de l’échantillon observée reste faible pour cette population. On observe également des profils collectifs différents selon les groupes de genres afan et cohérents selon deux jeux de questions différents, ce qui diminue les biais possibles.

Au vu de ce premier travail préalable, les variables INO semblent donc prometteuses à utiliser dans un cadre théorique de construction de l’identité de genre et permettrait d’expliquer les différences empiriques observées. Le modèle INO permettrait ainsi de conceptualiser la transidentité et la non-binarité comme une réalité sociale et matérielle, et d’expliquer une certaine diversité (absence de dysphorie, parcours de transitions variés…) Ce travail n’est qu’une première approche qui nécessite de pousser les investigations. »

3 commentaires sur “Construction de l’identité de genre chez les personnes assignées filles à la naissance (sondage)

  1. Merci pour cette étude. Malgré toutes les précautions oratoires prises dans le compte-rendu, je trouve que la quantité de données recueilli permet d’avoir des résultats assez parlants, y’a des études dites « scientifiques » qui ont moins de réponses !

    C’est vraiment intéressant de voir se dessiner des tendances sur le rapport au genre suivant le genre réel et assigné.

    L’argument « t’es socialisé dans tel genre donc tu peux pas comprendre l’autre genre » me posait question, je me rends compte que je ne le comprenais pas dans le bon sens. Il me semble que ton étude contre ça !

    Mais du coup, il me reste un questionnement proche (avec ce qu’il faut de différence). Quand on est assigné à un genre, on reçoit généralement au cours de son enfance et même de sa vie des injonctions propres à ce genre : « soit fort, t’es un homme » ou « les filles sont plus délicates », etc… Phrases à la con, culture à la con, mais je me demande à quel point cette éducation conditionne certains comportements, et rends plus complexe la perception de certaines problématiques suivant le genre assigné (et non suivant le genre réel).

    Il y a quelques temps dans un groupe on a fait un atelier autour de la notion de consentement, il y avait sur place des personnes variées, queer ou non, de tout les genres. À un moment est venu la question du « soin », le fait que dans certaines circonstances, on se nie soit-même. On ne prends pas soin d’entendre qu’on ne veut pas « pour l’autre, parce qu’il est dans une souffrance ». Et sur cette question, il y a eu une dichotomie étrange dans le groupe, une partie qui ne comprenait pas : « si ça ne te fais pas du bien, dit non », et l’autre qui ne pouvait pas envisager ce « non » à quelqu’un en souffrance, quand bien même ce n’était pas bon pour soi de dire oui. Et pour faire court, c’était les personnes assignés hommes qui ne pouvaient pas envisager cet esprit de sacrifice et les personnes assignées femmes qui ne pouvait pas ne pas l’envisager, indépendamment de leur genre… Quand on en a pris conscience, cela a été l’occasion de discuter sur les impératifs culturels, ce que nous intégrons dans nos façons d’être au delà de notre genre réel.

    Depuis, je me demande si c’était un hasard de statistique car nous étions peu nombreux⋅es, ou si il y a là quelque chose d’important, qui peut être à l’origine de la reproduction de schémas toxiques si nous ne le déconstruisons pas. Y’a-t-il des études sur ce genre de sujet ? Sur comment le martèlement d’injonctions sur le genre supposé de la personne conditionne cette dernière à certains comportements. Je suis assez sûre que chaque individu y réagit différemment, certains se construisant en opposition et d’autres assimilant l’injonction, mais il me semble aussi probable qu’il y aie une culture féminine ou masculine, qui nous conditionne en partie et qui demande du travail à déconstruire ensuite. Ce n’est qu’une intuition, et j’aimerais vraiment explorer ce sujet afin de voir son impact réel. Et comme il s’agit d’une question culturelle, je suis assez sûre qu’on peut proposer d’autres modèles, que nous le faisons d’ailleurs en partie lorsque nous sommes queers 🙂

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    1. Salut, merci pour ton commentaire.
      Effectivement il y a du fait des injonctions des choses qu’on intériorise en fonction de son assignation mais pas que et à divers degrés je pense. Par exemple, les femmes trans rapportent régulièrement avoir intériorisé des injonctions faites aux filles (sur le corps, le comportement…) même si elles étaient assignées garçons vu que justement elles n’étaient pas cis (Sophie Labelle avait fait une BD à ce sujet je crois bien). A l’inverse, il y a aussi des femmes cis qui ont plus ou moins intériorisé cela. Y’a une certaine constance globale je pense mais aussi une variabilité individuelle.
      Pour la situation précise que tu décris, c’est un peu difficile à analyser avec peu d’infos, peu de gens effectivement, n’ayant pas été là, etc. Le profil des personnes peut beaucoup jouer. Je ne peux donc pas en dire grand chose.
      Par contre, on remarque qu’il y a parfois une hyper vigilance dans les milieux queer à « repérer » chaque petit comportement que les personnes trans amab auraient de « trop masculin » ce qui peut mener à une certaine exclusion/tension. Or l’interprétation de ces comportements est souvent biaisée par des perceptions ou d’autres facteurs ou trop de focus sur ça (sachant que certaines femmes cis auront les mêmes comportements mais ne seront pas « repérées » pour). Par exemple, si une femme trans autiste coupe la parole, ce n’est peut-être pas parce qu’elle aurait eu une «  »socialisation masculine » » mais tout simplement car elle ne sait pas quand c’est son tour de parole si cela n’est pas géré clairement par le groupe. Une solution est alors de rendre l’évènement plus accessible en définissant plus clairement les règles de communication et les tours de parole.

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      1. Merci pour ta réponse !

        Effectivement l’hyper vigilance est aussi là avec des effets pas terribles. Et les aspects individuels sont importants, oui, parce que finalement tout le monde est dans des logiques d’intersectionnalités.

        Le gros enjeu dans nos groupes c’est de travailler la capacité d’écoute, ça c’est agenré… et long. Mais c’est aussi ce qui permet de dépasser nos étiquettes (imposées par autrui ou qu’on a choisi) et permet d’avoir des bonnes relations. J’aime beaucoup ça.

        J’en profite pour te remercier pour l’ensemble de ton blog, il me permet de cheminer et mieux comprendre de nombreuses choses.

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