La contraception dite « masculine »

Article moyen, temps de lecture estimé : moins de 8 min

Mise en contexte

La plupart des contraceptions existantes aujourd’hui s’adressent aux personnes réglées. On parle dans le grand public de contraception « féminine » bien que ce terme ne soit pas inclusif puisque des personnes non-binaires et des hommes trans sont aussi concerné-e-s.

On peut citer nombre de contraception hormonales, telles que la pilule œstro-progestative ou progestative, l’implant, le Dispositif Intra-Utérin (DIU) hormonal, l’anneau vaginal… Les contraceptions non-hormonales sont plus rares : le DIU au cuivre, le préservatif interne (qui se met dans le vagin avant un rapport)… La contraception la plus utilisée est probablement la pilule encore aujourd’hui, bien que d’autres moyens de contraception commencent à être plus connus et plus demandés, notamment parce que la pilule présente des désavantages pour certain-e-s utilisateurices : il faut y penser tous les jours contrairement à l’implant par exemple, elle est hormonale contrairement au DIU au cuivre, etc.  

Face à cela, la contraception dite « masculine » est encore très peu développée. Là encore, le terme « masculine » n’est pas inclusif puisqu’il n’y a pas que les hommes cis qui ont un pénis et produisent des spermatozoïdes : cela concerne également des personnes non-binaires et des femmes trans.

En revanche, ce qui explique le peu d’alternative concernant ce type de contraception est, à l’échelle systémique, ce bon vieux patriarcat : la charge mentale de la contraception repose en majeure partie sur les personnes réglées. Les hommes cis dyadiques (ni trans ni intersexes), eux, ne prennent à l’échelle collective que très peu de responsabilité dans la contraception. C’est pourquoi, j’ai décidé de principalement cibler ce sujet dans cet article.  

De plus en plus d’hommes cis sont pourtant prêts à tester une contraception pour redistribuer la charge mentale plus équitablement dans le couple et ainsi soulager leur partenaire d’un traitement hormonal souvent lourd et contraignant. On peut donc espérer que plus d’alternatives se développent dans le futur et soit normalisées afin que chacun-e puisse décider du mode de contraception qui lui convient le mieux en étant libéré de la contrainte du « choix par défaut ». Il ne s’agit aucunement de supprimer les contraceptions destinées aux personnes réglées bien sûr, qui conviennent très bien à certain-e-s, simplement d’avoir plus de choix et de pouvoir engager des discussions à égalité de moyens. On vise l’équilibre de la charge mentale entre tous-tes à l’échelle collective, systémique. Que les hommes cis aient à y réfléchir, à engager leur responsabilité, au lieu de s’en décharger très rapidement comme le fond beaucoup en pensant que « de toute façon, elle prendra la pilule et moi ça ne me concerne pas vraiment ».

Le préservatif externe

La contraception « masculine » la plus répandue est bien sûr le préservatif externe, qui se met sur le pénis (il est souvent appelé « préservatif masculin », encore une fois cette appellation n’est pas inclusive, d’où l’appellation « préservatif externe »). Comme il protège aussi des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) telles que le VIH ou l’hépatite B par exemple, et qu’il est aussi utilisable sans suivi médical et de façon ponctuelle, il est très utilisé dans les relations sexuelles occasionnelles ou en début de relation à long terme, lorsque les partenaires n’ont pas encore été dépisté-e-s pour les IST. Cependant, dès que ceci a été fait, les hommes cis deviennent très récalcitrants à porter un préservatif pour cause de « sensations diminuées ».

D’ailleurs, pour être tout à fait exact, ils sont souvent récalcitrants même en l’absence de dépistage et pour des relations occasionnelles ! Nombre de personnes réglées ont subi une grosse pression pour retirer le préservatif, et ce aussi bien de la part de partenaires occasionnels que de partenaires au long terme. Beaucoup d’hommes cis s’en foutent complètement de faire risquer à leur partenaire d’un soir une grossesse non-désirée ou des IST (qu’ils risquent également eux-mêmes en n’utilisant pas de préservatif au passage, mais ils sont mal éduqués et se sentent visiblement au-dessus du danger). Ils ne sont là que pour leur petit plaisir personnel et négligent la santé de la personne en face d’eux.

[TW : agression sexuelle.] Encore pire, j’ai même appris que la pratique de retirer le préservatif sans que lae partenaire ne s’en rende compte était bien plus répandue que je ne l’aurais pensé… Etant donné qu’il n’y a pas eu de consentement pour une pénétration sans préservatif, on peut tout à fait parler d’agression sexuelle. C’est grave, très grave. Je suis écœuré honnêtement…

Dans le cadre d’un couple aussi, bon nombre n’en a absolument rien à faire que retirer le préservatif implique que leur partenaire soit obligé-e de prendre un traitement hormonal lourd et contraignant avec des effets secondaires ou qu’iel doive aller chez lae gynéco écarter les jambes pour se faire insérer un DIU dans l’utérus. Encore une fois, ce sont des modes de contraception qui conviennent très bien à certain-e-s, mais c’est le fait de l’imposer qui pose problème, sans même considérer d’autres possibilités. Car il y a nécessité d’un suivi médical, des effets secondaires et une grosse charge mentale qui pèsent uniquement du côté de la personne réglée et dont peuvent se débarrasser allègrement les hommes cis. Face à cela, « un peu moins de sensations » avec le préservatif semble bien peu de choses… C’est clairement du luxe, du privilège masculin.  

Bref, le préservatif est rarement considéré comme une contraception utilisable au long terme dans un couple. Alors qu’il présente de nombreux avantages et qu’on ferait bien de lui redorer un peu le blason : pas de suivi médical, charge mentale plus partagée puisque n’importe qui dans le couple peut aller en acheter, pas d’effets secondaires, protège de la grossesse et des IST, utilisable ponctuellement… Il est légitime d’utiliser le préservatif externe au long terme.

Heureusement, il existe quand même des hommes cis qui sont prêts à porter un préservatif quand il n’y a pas d’autres possibilités qui conviennent, des hommes cis qui soutiennent leur partenaire dans l’arrêt de la pilule par exemple. La pression sociale à l’échelle systémique pèse quand même sur ces personnes, qui malgré le soutien de leur partenaire, n’osent souvent pas passer le cap. Elles (car je l’ai surtout entendu de la part de femmes cis) ne veulent pas « imposer » à leur mec le préservatif, car il est « habitué à faire sans ». Alors même que la société leur a imposé pendant des années la pilule avec tous ses effets secondaires. Elles ne savent pas comment faire autrement. Elles se sentent souvent seules et démunies pour arrêter la pilule.  

Notons qu’il y a un léger progrès dans le bon sens puisqu’il est maintenant possible de se faire rembourser les préservatifs sous ordonnance. Le problème est que la marque est imposée ; il est aussi dommage que l’unique objectif affiché en terme de communication semble concerner la prévention des IST et non également le risque de grossesse. Aussi, je ne comprends pas l’intérêt de l’ordonnance puisque le préservatif ne nécessite pas de suivi médical et devrait être accessible en remboursement à tous-tes, à tout instant. Mais au moins, cela lui redonne une certaine légitimité et encourage les gens à l’utiliser.

La contraception définitive : la vasectomie

La vasectomie est une contraception définitive qui vise à couper le passage aux spermatozoïdes en ligaturant les canaux déférents. L’opération est rapide et peu lourde, avec anesthésie locale. Son coût est faible. Il n’y a pas d’effets secondaires. C’est donc une très bonne alternative pour celleux qui ont déjà eu des enfants ou n’en veulent pas – car en effet, cette méthode n’est pas réversible. 

La vasectomie a encore peu de succès en France et elle mérite qu’on lui fasse un peu plus de « pub ».

La contraception hormonale et la recherche d’alternatives

On parle parfois de pilule « masculine », d’injections, etc. L’existence d’une telle contraception hormonale rééquilibrerait considérablement la charge mentale de la contraception. Malheureusement, il n’en existe pas encore sur le marché.

A noter que l’on semble beaucoup plus regardant sur les effets secondaires des essais cliniques de la recherche pour cette pilule que pour celle qui existe déjà pour les personnes réglées… Ce qui montre tout simplement que la santé des personnes réglées et des femmes importe peu au patriarcat (bien que je ne sois pas non plus en faveur de la mise sur le marché d’une pilule « masculine » comportant trop d’effets secondaires bien sûr, simplement c’est assez révélateur).  

Il existe tout de même la possibilité d’injections hebdomadaires d’énanthate de testostérone : grossièrement, avec un taux élevé de ce dérivé de la testostérone, on indique au corps une « fausse » production élevée de spermatozoïdes et celui-ci va donc en réaction la « stopper ». Faute d’études à long terme, l’OMS ne recommande pas d’utiliser cette méthode au delà de 18 mois.  

Diverses pistes sont en cours de recherche. Toutes ne sont pas hormonales d’ailleurs : en Inde, la mise au point d’un gel qui s’injecte dans le canal déférent pour barrer le passage des spermatozoïdes a été testé par exemple. A priori, efficace pendant 13 ans et réversible, il pourrait être mis d’ici peu sur le marché et serait une alternative à la vasectomie (qui elle n’est pas réversible).

La contraception thermique : slip chauffant et anneau en silicone

Cette alternative semble prometteuse, même s’il n’y a encore pas vraiment de littérature scientifique sur le sujet.

Il faut savoir que la production de spermatozoïdes dans les testicules est permise à une température inférieure à celle du corps (37 °C), ce qui explique le fait que les testicules soient à l’extérieur de corps. Le principe du slip chauffant ou de l’anneau en silicone (présenté par son concepteur dans la vidéo ci-dessous), c’est donc tout simplement de faire monter la température des testicules à 37 °C pour empêcher la production de spermatozoïdes. Ça ne fonctionne pas comme un radiateur, ne vous inquiétez pas. Ça « chauffe » surtout parce que les testicules sont plus collés au corps dans ce type de slip (ou grâce à l’anneau qui se passe autour de la verge et des testicules). D’après les témoignages, on semble s’y habituer rapidement.

Attention, le slip chauffant ou l’anneau n’est efficace que si porté 15 heures par jour et seulement au bout de 3 mois d’utilisation puisque les spermatozoïdes éjaculés ont été fabriqués il y a 3 mois. Au bout de 3 mois, il est conseillé de réaliser un spermogramme (grâce à une simple collecte de sperme) afin de vérifier que celui-ci ne contient effectivement pas de spermatozoïdes. Ça permet d’éviter les mauvaises surprises.

Le slip chauffant semble peu contraignant puisque tout le monde (ou presque) porte déjà un slip toute la journée (15h ça fait une journée de 7h à 22h par exemple, ce qui semble raisonnable considérant les horaires de travail et de coucher de la plupart des gens). A priori, il n’y a pas d’effets secondaires et c’est réversible (la production de spermatozoïdes reprend à l’arrêt du port du slip/de l’anneau). Je reprécise qu’il n’existe pas vraiment de littérature scientifique développée sur le sujet, il faut donc rester prudent sur ces affirmations. Néanmoins, c’est très prometteur.

Certaines personnes peuvent s’avérer réticentes parce que cela ne semble pas très « glamour » ou « sexy ». Comme toute nouvelle chose, il est fort à parier que plus il sera utilisé, plus il y aura des modèles différents en terme de design, couleurs et motifs.

Un peu comme les sous-vêtements périodiques (qui permettent de recueillir les règles) : aujourd’hui on en trouve de toutes les couleurs et de toutes les formes, il y a des choses tout à fait jolies ou sexy, on est loin de la culotte de grand-mère (mais c’est bien aussi parfois la culotte de grand-mère, pas besoin d’être sexy tout le temps n’est-ce pas).

Et puis le patriarcat fait qu’on est généralement moins regardant sur les sous-vêtements des hommes pour être honnête, un slip basique, ça fait souvent l’affaire…

Dans une optique d’inclusivité, ça serait aussi chouette qu’il existe des slips chauffants avec des designs plus féminins, notamment pour les femmes trans par exemple (mais aussi n’importe qui dont ce sont les goûts en fait).

Il est certain qu’il reste du chemin à faire pour que cette méthode soit approuvée scientifiquement et démocratisée, mais elle semble vraiment intéressante.

Perspectives et conclusion

L’offre contraceptive dite « masculine » est encore très peu développée et la charge mentale de la contraception repose encore en majeure partie sur les personnes réglées. C’est un enjeu féministe important de rééquilibrer cela en poursuivant les efforts de recherche sur des alternatives contraceptives et en normalisant la responsabilité des hommes cis dans la prise en charge de la contraception.

On peut également travailler à légitimer et à donner plus d’importance à l’utilisation de méthodes déjà scientifiquement bien approuvées comme le préservatif ou la vasectomie, auxquelles les hommes cis sont encore trop récalcitrants à l’échelle collective.

Il convient d’éduquer les hommes cis à la responsabilité contraceptive pour une meilleure considération du corps et de la santé de leurs partenaires et des personnes réglées et femmes en général. Cela passe également par le fait de désacraliser le corps masculin (cis et dyadique) puisque certains hommes se sentent attaqués dans leur virilité lorsqu’on parle de contraception « masculine ». Ils ont l’impression que l’on cherche à diminuer leur virilité, leur masculinité, s’inquiètent également pour leur image sociale. C’est cette perspective qu’il faut changer : il n’y a rien de risible dans le fait de se montrer responsable dans la prise en charge de la contraception, bien au contraire !

Heureusement, il y a des initiatives, des hommes qui se sentent concernés et participent à changer les mentalités en prenant les devants. C’est également en passant par une éducation sexuelle plus féministe, plus égalitaire, plus inclusive que l’on parviendra à changer les mentalités.

2 commentaires sur “La contraception dite « masculine »

  1. Sur la recherche, il y a un autre élément à considérer au sujet des effets indésirables et du fait que les chercheurs soient plus regardants pour les pilules « masculines ». A une échelle individuelle, les personnes qui ont un pénis ne courent pas le risque d’être enceintes ; or la grossesse, d’un point de vue purement médical, est un gros risque pour la santé. Du coup, ça fait pencher la balance bénéfice-risque d’une façon bien différente.
    Voilà, maintenant ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas aussi des biais sexistes dans l’histoire, mais ça semble important à considérer. Rien que le fait de ne considérer que l’échelle individuelle en est un ; on pourrait tout à fait considérer qu’il est acceptable que les hommes prennent le risque de certains effets secondaires, compte tenu du bénéfice qu’il y aurait à éviter des grossesses (et donc, les risques médicaux liés à leurs poursuites comme à leurs interruptions)
    Encore du travail pour changer les mentalités, accepter que le fait d’être fécondant n’est pas un marqueur de virilité, ça ferait du bien. (:

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    1. La plupart des grossesses sont à bas risques quand même aujourd’hui… bien sûr les risques augmentent dans une certaine mesure lors d’une grossesse, mais je pense qu’il faut aussi arrêter de présenter ça comme un « gros risque » : c’est très typique de notre système surmédicalisé et d’autant plus lorsqu’il s’agit des corps des personnes réglées et enceintes, tout ce qui les concerne est considéré d’office comme pathologique. La grossesse n’est pas une maladie !
      Il y a un risque modéré ou plus sévère lorsqu’une pathologie est associée. Il y a aussi le risque lié aux violences obstétricales très courantes mais cela n’est pas inhérent à la grossesse. Et bien sûr ce n’est pas souhaitable quand on ne désire pas en vivre une ni sur le plan psychologique ni sur le plan physique.
      Donc oui, on peut dire que les enjeux sont en un sens plus importants pour une personne qui souhaite éviter une grossesse que pour une personne non concernée. Mais on ne peut généraliser à « un gros risque pour la santé » pour toutes les grossesses (désirées, sans pathologies associées, suivies dans de bonnes conditions).

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