Comment rendre l’éducation sexuelle inclusive ?

Article court, temps de lecture estimé : moins de 5 min

L’éducation sexuelle en France est rarement de très bonne qualité. Bien sûr, ça dépend des établissements et des personnes qui la dispensent, et je suis persuadé qu’il y a de très bonnes initiatives et des progrès à l’échelle locale, et parfois même à l’échelle plus globale. Néanmoins, il y a encore du chemin à faire. Et c’est important de le faire ce chemin, pour prévenir le sexisme, les LGBT-phobies, les violences… Pour sensibiliser correctement aux IST et aux risques de grossesse, sans laisser une partie de la population sur la touche et démunie. Pour permettre une vraie représentation de la diversité humaine.

Voici donc quelques sujets auxquels il convient de penser pour rendre l’éducation sexuelle inclusive (liste certainement non-exhaustive). Vous allez voir que c’est vaste.

Couvrir un bon programme d’éducation sexuelle ne peut se faire en une heure ou deux, une seule fois dans la scolarité… Il faut y investir un réel volume horaire conséquent. Il faut également penser une organisation et une progression dans les enseignements, on ne peut pas faire tout d’un coup et tout à n’importe quel âge. Il faut progressivement étaler cela depuis le CM1/CM2 jusqu’à la terminale (et oui, certaines personnes ont par exemple déjà leurs règles en CM2, ce serait bien d’en avoir parlé correctement avant…) Et ça c’est un vrai boulot pédagogique, didactique, qui doit être conçu par des enseignant-e-s ayant suffisamment de connaissances sur les sujets féministes, queers, etc. La coopération avec des associations LGBT+, d’aides aux victimes de violences conjugales et autre est aussi à envisager pour construire un programme cohérent, pertinent, prévoir des interventions, des animations… Bref, rendre tout cela vivant et intéressant.

Ici je présente donc tout en vrac, de façon très concise, mais il n’est pas question que ce soit balancé comme ça dans l’enseignement bien sûr ! Ce ne sont que des pistes de sujets, à approfondir, pour les présenter correctement aux élèves dans des séances bien pensées et en cohérence avec la classe d’âge.

Présenter une anatomie correcte et diverse

Montrer des schémas de vulves correctement légendés avec notamment le clitoris.

Montrer des schémas et des maquettes de clitoris entiers (avec la partie interne).

Montrer des schémas d’utérus avec les ligaments (et notamment expliquer que ces ligaments peuvent faire mal, dans le cadre d’une grossesse par exemple ou s’il y a de l’endométriose dessus…)

Montrer une diversité de schéma d’organes génitaux et pas uniquement des schémas normés : formes, couleurs, taille, pilosité… Car malheureusement, certaines personnes complexent et ont l’impression de ne pas être normales. On a notamment le cas des personnes dont les petites lèvres « dépassent ». Il faut qu’on voie ce genre de vulve sur des schémas !

On ne présente pas que des corps cisgenres (pas transgenres) et dyadiques (pas intersexes). Exemples : on montre des schémas de vulves avec de longs clitoris ou des dickclits (clitoris qui a poussé sous l’action d’un traitement hormonal de substitution à base de testostérone).

On ne présente pas que des corps blancs.

On ne présente pas que des corps valides (on n’oublie pas par ailleurs que les personnes en situation de handicap peuvent avoir une sexualité).

Parler des maladies qui sont encore trop peu prise en charge à temps

Par exemple l’endométriose (un développement anormal de tissu utérin en dehors de l’utérus, qui peut se retrouver dans les intestins, dans les poumons, dans les reins, sur les ligaments utérins…)

On parle des diagnostics et des traitements possibles. On ne banalise pas la douleur et on encourage les gens à consulter des professionnel-les compétent-e-s et à l’écoute (et à en changer s’il le faut). On met en valeur la nécessité d’être respecté-e en tant que patient-e.  

Parler de consentement et faire de la prévention contre les violences sexistes

Expliquer ce qu’est le consentement.

Faire de la prévention contre les violences sexistes : harcèlement de rue, violences conjugales, violences gynécologiques et obstétricales…

Faire de la prévention contre les agressions sexuelles, les relations abusives et les viols.

Mettre en valeur les circuits d’aide aux victimes.

Parler de toutes les méthodes de contraception, y compris la contraception « masculine »

Déstigmatiser certaines contraceptions : le préservatif au long terme dans un couple, le DIU (Dispositif Intra-Utérin) même si on a pas encore eu d’enfants, le droit de ne pas prendre une contraception hormonale, la contraception définitive (ligature des trompes, vasectomie)… On parle de toutes les alternatives.

Aborder également les méthodes de contraception « masculines », qui ont besoin d’être normalisées. Y compris celles qui sont en cours de recherche, parce que ça pourra concerner les gens dans leur vie s’il y a une mise sur le marché et que ça permet globalement de responsabiliser les hommes cis vis-à-vis de la contraception en les rendant concernés. Ça permet de discuter de la répartition équitable de la charge mentale de la contraception.  

Inclure les personnes queers/LGBTQIA+

Toute relation n’est pas faite d’un homme cis dyadique et d’une femme cis dyadique hétérosexuel-les (cis = pas trans et dyadique = pas intersexe).

Il y a des personnes gays/lesbiennes, bisexuelles/pansexuelles et donc des relations entre femmes et des relations entre hommes. Il y a des personnes transgenres, y compris non-binaires (ni hommes ni femmes). Il y a des personnes intersexes. Il y a des personnes asexuelles. Il y a des personnes aromantiques. Si tout cela est obscur pour vous, j’ai plein de ressources sur le blog qui expliquent tout ça.

Il est essentiel de prendre en compte les personnes pas hétéro, pas cis, pas dyadiques dans la prévention de grossesse et d’IST. Par exemple, encore trop de gens pensent qu’il n’y a pas de risques d’IST dans une relation avec deux personnes ayant une vulve. Il est aussi essentiel par exemple de prévenir les hommes trans et personnes non-binaires sous testostérone du risque de grossesse et de leurs possibilités contraceptives.

D’autre part, tout le monde n’a pas une vie sexuelle. Tout le monde ne souhaite pas être en couple. Il faut donc éviter de faire des généralités.

Il y a aussi des personnes polyamoureuses, qui ont ou désirent plusieurs partenaires de façon éthique et consensuelle. Faire la prévention des IST, c’est aussi prendre en compte ces cas-là. Comment on assure la sécurité de tous-tes dans un réseau polyamoureux ? etc.

Ne pas se centrer uniquement sur des pratiques sexuelles centrées sur les vécus hétéro, cis et dyadiques ainsi que sur la pénétration vaginale par un pénis. Expliquer qu’il existe d’autres formes de sexualité et que la pénétration vaginale n’est pas une obligation.

Inclure les personnes queers, c’est aussi faire de la prévention contre les LGBT-phobies !

Inclure réellement le vécu des personnes réglées et lors de la grossesse

Déstigmatiser les règles et expliquer le mécanisme précis. Parler des alternatives de protections périodiques (cup, sous-vêtements, serviettes lavables…)

Réellement éduquer à la grossesse, à l’accouchement et aux suites de couches. Pas juste « spermatozoïde + ovule = bébé qui sort par le vagin 9 mois plus tard ». Je caricature un peu mais franchement on n’en est pas loin parfois… Nombreuses sont les personnes qui découvrent beaucoup de choses en le vivant et nombreuses sont encore les autres qui, n’étant pas directement concernées, ne sont jamais au courant. Ce n’est pas normal.

Donc on parle de la physiologie de l’accouchement, du travail (qui peut être très long), de la délivrance du placenta (et oui, lorsque le bébé est sorti, c’est pas encore fini !), des tranchées (contractions lorsque l’utérus reprend sa taille habituelle après l’accouchement), des lochies (saignements postpartum susceptibles de durer un bon mois). On parle du périnée : l’ensemble de muscles pelviens qui soutiennent les organes et permettent de se retenir d’aller aux toilettes. Tout le monde a un périnée et tout le monde doit en prendre soin, mais il est mis à rude épreuve lors de la grossesse et de l’accouchement, donc on parle rééducation du périnée.

On parle de dépression post-partum : les facteurs de risques, quand consulter… On déstigmatise la santé mentale des personnes qui vivent cela.

Ne pas oublier que ces choses-là ne concernent pas que les femmes ! Il y a des personnes trans réglées, enceintes, qui ont accouché…

Ne pas oublier de parler des parcours PMA (et l’inclusion des couples queers dans celle-ci).

Conclusion : vous l’aurez compris, c’est un gros chantier ! Mais ô combien important ! Je pense qu’il ne faut pas hésiter à utiliser des supports divers et des formats de séances originaux ainsi qu’à faire intervenir de multiples personnes.

2 commentaires sur “Comment rendre l’éducation sexuelle inclusive ?

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