Passer d’un couple mono à polyamoureux

Article moyen, temps de lecture estimé : 6 min

Définitions :

La polyamorie (ou le polyamour) est une orientation relationnelle dans laquelle la personne désire avoir plusieurs partenaires, plusieurs relations intimes, et ce de manière éthique et consensuelle. Cela signifie que toutes les personnes impliquées sont au courant et d’accord, et différencie ainsi la polyamorie de l’infidélité.

Les relations concernées peuvent être de différentes natures : sexuelles, romantiques, queerplatoniques… Les formes et les arrangements que prennent la polyamorie diffèrent d’une personne à l’autre. Ces différences peuvent par exemple se retrouver dans le nombre de partenaires ou le type de réseau de partenaires.

Quelques exemples : Dans un trouple A+B+C relationnent tous-tes les trois. Dans une constellation on peut par exemple avoir A+B et B+C et C+D qui relationnent et où A et C / A et D / B et D ne relationnent pas entre elleux…

Le contraire de la polyamorie est la monoamorie (ou la monogamie) où la personne ne désire qu’un seul partenaire à la fois et ce de façon exclusive.

Comme nous grandissons dans un monde où la monoamorie / la monogamie est la norme, beaucoup de gens ne découvrent la polyamorie qu’un peu plus tard dans leur vie. Ne l’ayant pas envisagé auparavant, ils se rendent compte que c’est ce qui leur conviendrait le mieux ou qu’ils ont besoin d’explorer cette piste seulement une fois qu’ils sont déjà engagés dans un couple mono. Ces personnes se demandent alors comment faire pour passer d’un couple mono à une structure polyamoureuse avec leur partenaire actuel. Cela est souvent complexe.

La première chose à savoir, c’est que tout le monde n’a pas la capacité d’être polya. Votre partenaire est peut-être totalement mono, et il faudra le respecter. Si la polyamorie est vraiment ce qui vous correspond en terme d’orientation relationnelle, il existe une incompatibilité des besoins entre vous, et il faudra peut-être envisager de continuer son chemin sans cette personne malheureusement, car on ne peut forcer ni dans un sens ni dans l’autre une forme relationnelle qui ne convient pas à l’autre.

Ceci étant dit, il y a plus de personnes polya qu’on ne le pense, et si votre partenaire semble réticent-e au premier abord, ce n’est pas nécessairement un refus catégorique et définitif. Iel n’avait peut-être jamais pensé à cette possibilité et a besoin de temps pour y réfléchir, envisager d’autres horizons, se renseigner… Il faut avoir conscience que votre couple correspond à une forme relationnelle normée, vous avez l’habitude de ce cadre ; surtout si vous êtes ensemble depuis un moment, votre fonctionnement est probablement bien ancré. Au contraire, la polyamorie est bien moins balisée, c’est l’inconnu et ça implique de remettre en question plein de choses dans le fonctionnement de votre relation. Le passage de l’un à l’autre ne peut donc se faire en un claquement de doigts ! Il faut laisser du temps… et surtout communiquer !

Oui, on ne le dira jamais assez : la communication est la clé. C’est un exercice pas toujours facile car on n’encourage pas forcément les couples mono à communiquer autant qu’il le faudrait. La monoamorie est beaucoup basée sur des normes, des règles pré-établies tacites, sur lesquels les gens se reposent et dans lesquels les gens sont aussi assez empêtrés. Pour autant, même les couples mono bénéficieraient de communiquer plus et de mettre en place leurs propres règles. Les problèmes de communication ne sont pas inhérents au couple mono – et peuvent apparaître également chez les polya.

Bref, communiquez : quels sont vos désirs ? Vos craintes ? Réfléchissez ensemble à des situations hypothétiques… Discutez de la jalousie, de la compersion (le fait d’être heureuxe que san partenaire soit heureuxe, c’est en gros le contraire de la jalousie). Discutez des différentes formes de polyamorie, ce qui serait ok pour vous a priori, et pas ok, et pourquoi. Allez gratter dans vos insécurités, l’un-e comme l’autre : pourquoi telle chose me rendrait jalouxe ?

Vous pourrez trouver également plein de conseils de communication intéressants en faisant des recherches. Expliquer son ressenti plutôt que blâmer l’autre est souvent une approche intéressante, puisqu’un ressenti est subjectif et a une origine identifiable, et ce n’est pas une attaque envers l’autre personne. Exemple : plutôt que de dire « Tu me rends jalouxe », on peut dire : « A l’idée que tu sois avec une autre personne, je ressens de la jalousie parce que j’ai peur que tu la préfères à moi et que tu me quittes ». Cette phrase un bon point de départ pour une discussion sur les insécurités. On peut d’abord reconnaître ce que ressent l’autre « J’entends tes craintes » puis la-e rassurer « Vous êtes deux personnes différentes et l’une ne peut remplacer l’autre, je peux vous aimer tout autant ». [Notez que je ne suis pas un expert de la communication, ce ne sont que des exemples]. On parle aussi souvent de communication non-violente (CNV) au passage.

Il y a autre chose qu’il est également très important de souligner : la polyamorie n’est pas un moyen de régler des problèmes dans un couple, « ouvrir votre couple » ne permettra pas qu’il aille mieux (je mets des guillemets car je n’aime pas trop cette expression, elle est pour moi révélatrice d’un mode de pensée mono-centré). Notez que si résoudre des problèmes dans votre couple est l’unique raison pour laquelle la polyamorie vous intéresse, ça ne marchera certainement pas, vous devez régler les problèmes dans votre couple autrement.  

La polyamorie, c’est un peu comme quand on a un enfant : ça rajoute de la complexité. S’il y a déjà des problèmes en amont, le plus probable est que ça s’écroule encore plus. Il est conseillé de régler ses problèmes en amont autant que faire se peut, avant « d’ouvrir le couple ». Bien sûr, on ne recherche pas la perfection non plus. Je crois que le « couple parfait » n’existe pas. Mais s’il y a de gros dysfonctionnements, il faut les régler avant pour éviter de se retrouver dans une situation encore pire. Il y a des gens qui ne font pas ça et qui se retrouvent dans un gros bourbier… Sachez également que ce gros bourbier affectera probablement les autres relations que vous aurez en plus par ricochet, donc ça en rajoute une couche.

Bref n’ « ouvrez » pas votre couple si vous n’avez pas communiqué sur la polyamorie en amont et si vous n’avez pas réglé vos gros dysfonctionnements en amont. Cela vous évitera de foncer dans le mur. Si vous avez découvert la polyamorie avant votre partenaire, vous êtes peut-être pressé-e-s, je comprends. Mais pensez au fait que votre partenaire n’a pas eu le même temps que vous pour faire son chemin. Vous ne pouvez pas du jour au lendemain lui annoncer que vous êtes polya et que vous avez rencontré quelqu’un sans laisser un espace de communication avant de se « lancer »… Mettre san partenaire devant le « fait accompli », ce n’est vraiment pas une bonne idée (euphémisme). Rappelez-vous, la polyamorie est éthique et consensuelle.

Si vous ne supportez vraiment plus la situation d’un couple mono et que vous ne pouvez pas attendre que votre partenaire fasse son chemin, ce qui peut s’entendre aussi parfaitement, la solution est, je crois, de mettre fin à votre relation. C’est une incompatibilité de vie à plus ou moins moyen terme et un moment donné, ça va coincer. On ne peut pas d’un côté avoir un-e partenaire encore dans l’état d’esprit mono sans aucune garantie que cette personne soit un jour ouverte à l’idée de polyamorie qui est en train de souffrir et de l’autre côté un-e/des partenaires polya qui elleux aussi finissent par souffrir d’être placé-e-s dans une position émotionnellement difficile ; parce que finalement c’est toute la structure qui dysfonctionne. Et vous allez en souffrir aussi d’ailleurs.

Attention également aux cas suivants :

1. « Moi j’ai le droit d’aller voir ailleurs mais pas toi » : c’est une inégalité dans le couple, si l’un-e ne désire pas avoir d’autres relations, c’est sa liberté, en revanche, l’imposer ce n’est pas éthique à mon sens. Même si l’idée de polyamorie vient de vous et que votre partenaire n’a pas (encore) exprimé l’envie d’avoir d’autres relations, la porte doit rester ouverte et vous devez envisager cette possibilité. Ça implique que vous aussi vous soyez face à vos insécurités, ce n’est pas qu’à votre partenaire de faire ce travail émotionnel. 

2. La règle du « un seul pénis » (« one penis only ») : l’homme cis du couple qui autorise sa partenaire à coucher avec des femmes mais pas avec d’autres hommes. C’est une règle sexiste, transphobe, biphobe et lesbophobe. En effet, cette règle considère que les relations entre femmes sont moins importantes, sécurisant ainsi l’homme cis dans sa position dominante au sein du couple, et considère également que seuls les hommes ont un pénis (certaines femmes trans et personnes non-binaires ont un pénis aussi !)

3. Le cas de la licorne : chercher une femme bi pour « compléter » le couple. C’est possible d’avoir un trouple avec un homme et deux femmes bi, ça peut très bien marcher, mais dans le cas de la licorne, on observe une fétichisation des femmes bi. La femme bi est ici traitée comme un objet sexuel plutôt que comme une personne avec ses propres désirs. Il y a déjà une difficulté inhérente au fait « d’arriver » en dernier dans un couple préformé, mais c’est encore pire quand on est dans la position d’une femme bi « au milieu » d’un couple hétéro. La femme bi se trouve souvent reléguée au rang de satellite.

Conclusion :

Bref, « ouvrir » un couple précédemment mono, ou plus justement dit passer d’une relation mono à une structure poly, ce n’est pas facile, c’est n’est pas immédiat. Il existe bien sûr la possibilité d’avoir un-e partenaire déjà super renseigné-e sur la question et super à fond et que tout cela se fasse rapidement et avec fluidité. Mais ce n’est pas le cas général ! Souvent, il faudra de la patience et beaucoup communication. Il faudra pouvoir identifier ses insécurités et les dysfonctionnements déjà présents. C’est un gros travail relationnel et émotionnel, c’est parfois difficile, cela prend du temps. Il faut aussi accepter l’idée que, peut-être, votre partenaire actuel-le ne sera jamais ok avec la polyamorie. Si c’est le cas, et que vous ne pouvez pas rester dans une relation mono, la solution est malheureusement de se séparer car il y a une incompatibilité des besoins.

Un commentaire sur “Passer d’un couple mono à polyamoureux

  1. Bonjour, j’aurais une réserve à formuler concernant le polyamour : avez-vous (existe t-il) des statistiques quant au nombre de gens pouvant témoigner d’une telle expérience réussie et sur la durée ? Quels sont les milieux socio-culturels, les tranches d’âge, les types d’environnements où tend à exister positivement ce mode de vie ?
    Car ce que l’on peut constater sur le terrain, c’est quand même une perduration des codes conformistes du couple, tant dans les attentes (quand les couples ne sont pas encore constitués) que dans les pratiques (quand le couple est constitué). Sans parler du nombre grandissant de personnes seules et du nombre non moins conséquent de personnes qui peinent à retrouver un-e partenaire passé 50-55 ans et pire encore au-delà.
    Le polyamour semble exiger une rare ouverture d’esprit chez chaque partenaire, même si d’un point de vue anthropologique, il se rapporte davantage au fond de la nature humaine que les conditionnements judéo-chrétiens qui nous ont été imposés, et dont on voit bien qu’ils ont atteint leurs limites.

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