Polyamorie hiérarchique ou anarchie relationnelle ?

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Définitions :

La polyamorie (ou le polyamour) : c’est une orientation relationnelle dans laquelle la personne désire avoir plusieurs partenaires, plusieurs relations intimes, et ce de manière éthique et consensuelle. Cela signifie que toutes les personnes impliquées sont au courant et d’accord, et différencie ainsi la polyamorie de l’infidélité. [Le contraire de la polyamorie est la monoamorie (ou la monogamie) où la personne ne désire qu’un seul partenaire à la fois et ce de façon exclusive.]

Les relations concernées par la polyamorie peuvent être de différentes natures : sexuelles, romantiques, queerplatoniques… Les formes et les arrangements que prennent la polyamorie diffèrent d’une personne à l’autre. Ces différences peuvent par exemple se retrouver dans le nombre de partenaires ou le type de réseau de partenaires.

Quelques exemples : Dans un trouple A+B+C relationnent tous-tes les trois. Dans une constellation on peut par exemple avoir A+B et B+C et C+D qui relationnent et où A et C / A et D / B et D ne relationnent pas entre elleux…

La polyamorie peut être hiérarchique (donner un ordre d’importance aux différents partenaires avec une relation primaire et une/des relation(s) secondaire(s)) ou non-hiérarchique. Dans le cas de la polyamorie hiérarchique, on peut également parler de relations satellites pour celles dans lesquelles la personne s’investit le moins.

L’anarchie relationnelle : l’anarchie est le contraire de la hiérarchie. Ainsi, les anarchistes relationnel-les ne hiérarchisent pas leurs partenaires entre elleux ni les types de relations (romantiques, sexuelles, platoniques…) Les relations sont libres d’évoluer spontanément et un certain nombre d’anarchistes relationnel-les n’étiquettent pas/plus leurs relations (couple, ami-e, etc.) L’anarchie relationnelle cherche à favoriser l’autonomie de chaque personne. Par définition, une personne anarchiste relationnelle sort du cadre de la mononorme puisqu’elle peut avoir plusieurs partenaires à la fois. De plus, ne pas hiérarchiser ses relations fait éclater l’amatonormativité (la norme de l’amour romantique qui considère la romance comme supérieure à l’amitié). Ainsi, la monoamorie n’existe plus dans le cadre de l’anarchie relationnelle où les cases sont éclatées.

Il y a une grande diversité des relations non-exclusives. On entend souvent un débat entre des formes qui comportent une hiérarchie et celles qui n’en comportent pas. Certaines personnes défendent la polyamorie non-hiérarchique, voire l’anarchie relationnelle, comme seule option vraiment éthique et valable. Qu’en est-il ?

Notons déjà qu’il existe des formes de polyamorie plus ou moins éloignées de la norme mono. Un trouple fermé, par exemple, est l’une des structures polya la plus proche de la norme mono puisqu’il s’agit d’un polycule de petite taille (la plus petite possible) et que celui-ci est polyfidèle (il n’y a pas de relation en dehors du groupe). La mono-norme peut donc plus facilement appréhender la notion de trouple comme une « extension » de la notion de couple à une personne de plus. D’autant plus que les arrangements relationnels au sein d’un trouple s’accommodent plus facilement de normes monogames et amatonormatives : à trois, on peut envisager de partager un foyer, de se marier, d’élever des enfants ensemble… C’est tout de suite plus compliqué à beaucoup par exemple, et encore plus si le réseau n’est pas polyfidèle/fermé et qu’il s’agit d’une constellation complexe. Il est plus improbable qu’un grand réseau adhère à des arrangements de vie proche de la mono-norme : mettre tout le monde d’accord, loger tout le monde sous le même toit… D’ailleurs, cela n’est souvent pas le but recherché et les aspirations de vie sont toutes autres. La personne peut éventuellement (et va souvent en pratique) partager un toit, des enfants, etc. avec une ou quelques personnes de son réseau, mais pas toutes. Mais c’est déjà beaucoup moins facile à appréhender comme situation pour la mono-norme.

Pour autant, un trouple peut aussi s’éloigner de la mono-norme. Déjà, il n’est pas toujours fermé/polyfidèle (certains trouple ont aussi d’autres fréquentations autour). Ensuite, être en trouple n’implique pas forcément de vivre ensemble, avoir des enfants ensemble, ni la volonté de se marier… D’ailleurs, même un couple mono peut ne pas suivre ces normes bien que la société attende que ce soit le cas. Il y a aussi des couples mono hors normes, qui défient l’amatonormativité, qui réinvente la monoamorie à leur façon.

Prenons le cas de la polyamorie hiérarchique maintenant, avec une relation primaire et des relations secondaires, voire tertiaires et des satellites. Là aussi, c’est plus facile à appréhender pour la mono-norme que l’anarchie relationnelle car la mono-norme implique de fait une hiérarchie entre le couple et le reste du monde. On comprendra plus facilement qu’une personne ait « sa personne la plus importante » et « le reste, moins important ». Certes, la personne a plusieurs relations mais elle en a une prioritaire, qui passe avant, comme le couple mono qui passe avant le reste, les ami-e-s…

Cette forme de relations non-exclusives est très souvent critiquée comme moins éthique que l’anarchie relationnelle parce qu’elle hiérarchise les personnes. Pourtant, cela convient à certaines personnes d’être une relation secondaire voire un satellite car cela leur demande moins d’investissement et c’est ce qu’elles recherchent. Si tout le monde est d’accord, c’est tout autant éthique.

D’autant plus que dans l’anarchie relationnelle, on n’aura pas de hiérarchie prescriptive (en amont) mais on aura une hiérarchie descriptive (de fait) : on aura forcément un moment donné une différence de moyens, de temps, à accorder à différentes personnes puisque notre temps et nos possibilités ne sont pas infinis. L’anarchie relationnelle est aussi parfois un prétexte pour certaines personnes de négliger des relations car « c’est l’autonomie qui prime », ou de mettre des gens sur la touche sans explications en bonne et due forme parce que « la nature de notre relation n’est pas définie et évolue spontanément ». Bien sûr, ce n’est pas l’anarchie relationnelle qui est intrinsèquement responsable de cela, mais il y a des pratiques non-éthiques aussi parmi les anarchistes relationnel-les, il faut en avoir conscience. Et il y a aussi certaines personnes qui peuvent tout simplement avoir des difficultés à naviguer des relations dont la nature n’est pas toujours définie. C’est pas un but nécessairement souhaitable pour tous-tes.

Alors, est-ce qu’il y a une forme relationnelle mieux qu’une autre ? Pas vraiment, ça dépend des gens, ça dépend des pratiques, tant que tout le monde est d’accord… L’important reste de communiquer et le consentement des personnes impliquées.

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