Grossesse et allaitement chez les personnes trans (tour d’horizon)

  • Quelle contraception pour les personnes sous T ?
  • Peut-on prendre de la testostérone pendant la grossesse ? Pendant l’allaitement ?
  • Peut-on porter un binder pendant la grossesse et l’allaitement ?
  • Est-ce que ça peut repousser après une chirurgie du torse pendant la grossesse ?
  • Qu’est-ce qu’un tire-allaitement ? Une co-lactation ? Une femme trans peut-elle allaiter ?

Temps de lecture moyen : 12 min

Attention : cet article est un outil d’information générale, il n’a pas pour but de remplacer l’expertise d’un-e professionnel-le de santé qui a des connaissances approfondies et sera en mesure de s’adapter à votre situation et à vos antécédents. Selon les besoins, vous pouvez vous tourner vers : un-e médecin généraliste, un-e gynécologue, un-e sage-femme, un-e infirmièr-e en service maternité, un-e consultant-e en lactation, un-e psy…

Avant toute prise de médicament ou modification de traitement, même banal, prenez l’avis de votre médecin ou sage-femme. Ne pratiquez pas l’auto-médication durant la grossesse ou l’allaitement car cela peut être dangereux pour le bébé.

Description de l’image : un père et son ado qui dit dans une bulle « mon papa est trans et il m’a élévé tout seul ».
Texte : « le nombre de parents, leur genre ou leur orientation n’a pas d’importance. Il y a tant de parentalités ; célébrons-les. »
Artiste : Mikachu

 Qui peut tomber enceint-e ?

Il n’y a pas que les femmes qui peuvent tomber enceintes, car le genre n’est pas une question d’organes génitaux. Il y a des hommes avec des vagins, des femmes avec des pénis, des personnes ni hommes ni femmes (non-binaires)… Bref, le genre est avant tout psycho-social et ne se trouve pas dans le pantalon.

Ainsi, certaines personnes trans peuvent tomber enceintes, du moment qu’elles possèdent l’anatomie et la physiologie nécessaire. Un homme trans (homme assigné fille à la naissance) ou une personne non-binaire (ni homme, ni femme, ici assigné-e fille à la naissance) qui n’a pas eu d’hystérectomie (ablation de l’utérus et parfois des ovaires) et n’a pas de problèmes de fertilité peut donc bien sûr vivre une grossesse ! Un homme trans enceint n’en est pas moins un homme et une personne non-binaire enceinte n’en est pas moins non-binaire. Cela n’est pas nouveau, les personnes trans mettent au monde depuis la nuit des temps. Simplement, on n’en parlait pas comme on commence à peine à le faire aujourd’hui et les transitions médicales n’étaient bien sûr pas accessibles.  

Rappelons également qu’il y a des femmes qui ne peuvent pas tomber enceintes ! Ce peut être des femmes avec des problèmes de fertilité, des femmes trans (femmes assignées garçons à la naissance), etc. Bref, la grossesse n’est pas spécifiquement une « affaire de femme ». Si cela n’est pas encore clair pour vous, je vous invite à lire deux articles que j’ai écrits sur le sujet :

https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/05/21/des-personnes-enceintes-qui-ne-sont-pas-des-femmes/

https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/06/24/les-non-binaires-et-hommes-trans-peuvent-vouloir-etre-enceint-e-s/

Mais entrons un peu plus dans le vif du sujet : comment ça se passe si une personne trans a commencé un Traitement Hormonal de Substitution (THS) à base de testostérone (T) ? Concrètement, si le dosage est suffisant, la testostérone va arrêter les règles. Le risque de grossesse serait donc diminué mais attention, il n’est pas nul ! Il y a des hommes trans qui prenaient de la testostérone depuis longtemps qui ont eu une grossesse « surprise » comme c’est le cas dans la vidéo ci-dessous (ici 6 ans de T sans règles). Heureusement pour ces couples, c’était une bonne surprise.

Mais si ce risque vous inquiète et que vous ne voulez pas tomber enceint-e, discutez avec votre médecin d’une contraception compatible avec la THS. D’après la source suivante : « Il n’y a pas de contrindications à l’usage concomitant des œstrogènes/de la progestérone avec la testostérone. Beaucoup de patient-e-s [trans] choisissent une méthode uniquement progestative en raison de l’inquiétude causée par le fait d’ajouter des œstrogènes dans leur corps, cependant (de façon anecdotique de la part de celleux d’entre nous [les gynécologues] qui prescrivent ces méthodes) nous n’avons pas encore vu de changements significatifs dans la masculinisation lorsque les patient-e-s transmasculin-e-s utilisaient une combinaison d’œstrogènes et de progestérone en plus de la testostérone. D’après les études actuelles encore non publiées qui ont été présentées à des meetings, beaucoup de personnes transmasculines choisissent des Dispositifs Intra-Utérin [stérilets] hormonaux, la Depo-Provera [injection de progestérone qui dure 3 mois] ou l’implant contraceptif. » https://www.acog.org/About-ACOG/ACOG-Districts/District-VII/Contraception-for-Transmasculine?IsMobileSet=false

Il y a aussi bien entendu ce bon vieux préservatif qui protège également des IST (Infection Sexuellement Transmissibles) ou encore la vasectomie pour le (ou la) partenaire !  

Bien sûr, lors d’un arrêt momentané de la T, le risque de grossesse augmente. Dans cette autre vidéo, l’homme avait pris de la T pendant 10 ans et avait temporairement arrêté pour se préparer à avoir une mammectomie, et c’est à ce moment là qu’il est tombé enceint par surprise alors qu’il ne pensait pas que c’était possible. Heureusement, pour ce couple ce fut également une bonne surprise !

Dans le cas où une grossesse est désirée et que vous êtes sous THS, il convient d’arrêter le traitement avant de commencer les essais de conception. En effet, la testostérone est tératogène (c’est-à-dire dangereuse pour le fœtus pendant la grossesse). De plus, le retour des règles permettra clairement de faciliter la conception. Dans le cas aussi d’un « bébé-surprise », il faudra stopper la prise de testostérone pour le bon déroulement de la grossesse.

Quelles configurations familiales sont-elles concernées ?

Il peut s’agir d’un couple composé d’un homme trans et d’un homme cis, ou d’une personne non-binaire et d’un homme cis. Ce couple pourra concevoir de façon somme toute assez « classique ». Par exemple, Trystan et Biff sont un couple gay américain assez connu. Après avoir adopté le neveu et la nièce de Biff, ils ont décidé de faire un bébé que Trystan a porté et de documenter leur aventure pour déstigmatiser la grossesse chez les personnes trans.

Il peut également s’agir d’un couple hétéro s’il est composé d’un homme trans et d’une femme trans ! Encore une fois, la conception sera donc assez « classique ». Dans la vidéo ci-dessous, vous avez l’exemple de Bianca et Nick, qui ont eu deux enfants. (Tentons d’ignorer les commentaires un peu nuls de la journaliste et concentrons-nous sur le contenu…)

On peut encore avoir les configurations suivantes : une personne non-binaire et une femme trans, deux personnes non-binaires (si l’une a un utérus et l’autre un pénis).

Dans tous les cas suscités, la conception était « classique », en l’absence de problèmes de fertilité spécifique. Mais il peut également y avoir une grossesse chez une personne trans suite à une Procréation Médicalement Assistée (PMA). C’est par exemple le cas lorsqu’un couple hétéro composé d’une femme cis et d’un homme trans veulent avoir un enfant et que c’est l’homme qui le portera.

Thomas Beatie est un homme trans dans ce cas assez connu pour son activisme sur la question : sa femme étant stérile, il a porté les trois enfants du couple suite à un don de sperme, en 2008, 2009 et 2010. Il a également eu un quatrième enfant, mais porté cette fois par sa compagne (après avoir divorcé de la première, si j’ai bien tout suivi). Il a participé a Secret Story pour mettre en avant le droit des hommes trans à porter leur enfant (courageuse action, bien que ce type d’émission me laisse pantois…) Il est souvent décrit par les titres sensationnistes comme « le premier homme enceint » (levons les yeux au ciel et rions un bon coup). Il n’est pas le premier non… Et pas le dernier non plus.  

La PMA va concerner en général un couple avec deux personnes ayant un utérus (un homme trans et une femme cis, deux personnes non-binaires ayant un utérus, deux hommes trans).

La PMA peut aussi concerner des hommes trans ou des personnes non-binaires seul-e-s. Ce fut le cas de Rafi Daugherty, un activiste trans et juif qui a eu deux enfants !

Vous remarquez qu’il y a surtout des exemples d’hommes trans, car les personnes non-binaires sont encore plus invisiblisées sur ce sujet, mais rassurez-vous elles existent bel et bien elles aussi ! Jack Monroe est par exemple non-binaire et a porté un enfant.

Et la dysphorie dans tout ça ?

Elle dépend de chaque personne. Certain-e-s n’ont pas de dysphorie autour de la grossesse, d’autre un peu, moyennement ou beaucoup. Pour certain-e-s, la dysphorie peut devenir très intense et invalidante. Chacun-e gèrera ce moment particulier de sa vie à sa façon.

Les sources de dysphorie possibles sont variées.

Il y a bien sûr la transformation de la poitrine au cours de la grossesse (et l’allaitement) s’il n’y a pas eu de mammectomie avant. Dans le cas où la personne a eu une mammectomie, est-ce que cela repousse ? Je me rappelle qu’Ash Hardell disait dans une vidéo que son chirurgien assurait que non puisqu’il enlevait toute la glande mammaire. Pourtant dans cette étude, certain-e-s participant-e-s ont observé une repousse, parfois peu mais parfois aussi assez conséquente… Cela dépend-t-il de la technique utilisée ? Ou peut-on en conclure que le chirurgien d’Ash Hardell se trompait ?

« Les personnes transmasculines qui envisagent la chirurgie ont besoin de l’information concernant la possibilité d’une repousse du tissu mammaire en cas de grossesse »

Transmasculine individuals’ experiences with lactation, chestfeeding, and gender identity: a qualitative study, Trevor MacDonaldJoy Noel-WeissDiana WestMichelle WalksMaryLynne BienerAlanna Kibbe & Elizabeth Myler 

Une autre source possible de dysphorie est le ventre qui s’arrondit, car il est bien sûr associé au « ventre de femme enceinte » comme on dit. Cependant, des hommes trans qui avaient été sous T auparavant et qui ont acquis un bon passing masculin notent que peu de gens y font attention et que la plupart pensent qu’ils ont juste « un ventre à bière ».

Les changements hormonaux peuvent également être source de dysphorie, car il y a de grandes modifications physiologiques qui peuvent affecter l’humeur, les émotions… Cela peut être d’autant plus accentué s’il y a l’arrêt de la T. Il faut donc faire attention à la dépression pré-partum (car il n’y a pas que la dépression post-partum de possible et c’est mieux de le savoir pour être pris-e en charge si cela arrive).

Il faut noter également la fatigue générale et les maux de grossesses comme les douleurs lombaires qui peuvent accentuer la dysphorie, car tout simplement la personne n’est pas en forme.

Enfin, le mégenrage constant peut être très délencheur pour la dysphorie : le langage utilisé par les professionnel-les de santé peut être en cause, les termes utilisés dans toutes les sources qui parlent de grossesse et se focalisent uniquement sur « la femme »… mais aussi les inconnu-e-s qui mégenrent spontanément en constatant une grossesse, voire l’entourage qui « oublie » l’identité de genre de la personne trans si elle n’a pas un passing très masculin (c’est bien connu, les cis ont tendance à avoir la mémoire courte sur ce genre d’informations quand ça les arrange…)

Certaines personnes trans, si leur passing le permet, décident de ne pas faire de coming out au personnel de santé qui les suit afin de se protéger d’une transphobie plus directe, mais c’est le mégenrage et le placard qui peut être très dur à vivre.

En cas de dysphorie intense, de pensées noires, d’envie d’automutilation, etc., ne restez pas seul-e et consultez, faites-vous aider et accompagner par quelqu’un de compétent pour votre sécurité et celle du bébé.

Il y a aussi des facteurs qui contribuent à réduire la dysphorie au contraire :

  • savoir que cet état est temporaire et qu’il faut l’endurer « seulement » pendant 9 mois et le post-partum (car oui, le corps prend du temps à s’en remettre quand même, déjà c’est bien de savoir qu’une personne qui a accouché va prendre plusieurs jours avant de perdre son ventre par exemple) ;
  • savoir que les changements corporels sont le signe que la grossesse progresse bien et que le bébé va bien, être donc rassuré-e et prendre le positif ;
  • prendre plaisir à créer une connexion avec son bébé, à travers ses mouvements, les échographies, etc. qui « éclipsent » la dysphorie ou en tout cas la surpassent ;
  • être bien entouré-e, être bien genré-e par ses proches ;
  • avoir un cadre suffisamment sécurisant et des professionnel-les de santé suffisamment compétent-e-s et non transphobes pour pouvoir être out avec elleux et être bien genré-e. 

La dysphorie peut aussi fluctuer selon les moments de façon un peu aléatoire ou selon les étapes de la grossesse aussi (au 1er trimestre ça se voit moins, au 3e trimestre ça se voit beaucoup plus évidemment…)

Dans tous les cas, être bien accompagné-e pendant sa grossesse est très important évidemment et aujourd’hui les professionnel-les de santé ne sont clairement pas assez sensibilisé-e-s aux enjeux trans en général ni assez compétent-e-s sur les questions de santé trans, et encore moins la grossesse trans…

Peut-on porter un binder durant la grossesse ?

J’ai trouvé bien peu de données sur la question, mise à part un fil reddit où une personne disait que son gynéco lui avait déconseillé de binder durant sa grossesse et plus précisément : ne pas utiliser du tout le binder après le 1er trimestre et durant le 1er trimestre uniquement la moitié du temps habituel par jour (soit 3-4h au lieu de 6-8h).

Il faut savoir que même en temps normal, le binder est à utiliser avec précaution car il comporte des risques pour la santé étant donné qu’il compresse la cage thoracique : difficulté à respirer pleinement, risque de se casser une côte, etc. Il semble donc raisonnable de penser que c’est vivement déconseillé pendant la grossesse. D’autre part, cela risque d’être très rapidement extrêmement inconfortable et douloureux avec les modifications au niveau des glandes mammaires. En effet, la poitrine peut être très douloureuse dès les premiers jours de grossesse chez certaines personnes. Dans l’étude précédemment citée, les participant-e-s rapportent avoir été incapables de porter un binder durant la grossesse.

Dans tous les cas, prenez l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme avant de porter un binder durant votre grossesse.

Que peut-on dire de l’allaitement ?

Les personnes trans peuvent bien sûr allaiter, sauf contrindication médicale ou absence de tissu mammaire après une mammectomie – notez bien cependant que dans l’étude citée des personnes transmasculines qui avaient eu une mammectomie ont pu allaiter quand même car comme je le disais plus haut, il y avait eu une repousse.

Le choix d’allaiter ou non est très personnel. Il dépend de plusieurs facteurs.

Eléments en faveur du biberon (préparation pour nourrisson) :

  • la dysphorie est trop forte pour allaiter ;
  • la personne souhaite reprendre la testostérone et préfère ne pas allaiter par manque de recul scientifique sur la question (voir ci-dessous le paragraphe dédié) ;
  • la personne souhaite retrouver un passing rapidement et donc perdre des seins ;
  • la personne souhaite pouvoir binder et n’y parvient pas en allaitant (voir ci-dessous le paragraphe dédié) ;
  • toute autre raison non liée à la transidentité.

Eléments en faveur de l’allaitement :

  • pas de dysphorie ou dysphorie surmontable ;
  • c’est meilleur pour la santé dans l’absolu : le lait humain est le plus adapté à la nutrition du bébé, s’adapte naturellement à sa croissance et contient des anticorps qui le protègent, c’est pourquoi l’OMS recommande d’allaiter 6 mois exclusivement puis de continuer aussi longtemps que possible, jusqu’à deux ans voire plus. Allaiter permet aussi de se remettre plus vite des suites de couches : les hormones produites lors de l’allaitement favorise la remise en place de l’utérus, l’endormissement après les tétées de nuit et sont anti-stress ! De plus, plus une personne allaite longtemps, plus elle diminue son risque de cancer du sein et des ovaires.
  • c’est pratique : du lait à la bonne température est prêt à toute heure du jour et de la nuit, même pas besoin de se lever pour préparer un biberon (c’est donc plus reposant) ;
  • c’est moins cher : pas besoin d’acheter du lait maternisé industriel (préparation pour nourrisson) ;
  • l’envie de créer un lien spécial avec le bébé, le plaisir d’allaiter tout simplement.

Je tiens à noter quand même la chose suivante : si allaiter est meilleur pour la santé dans l’absolu, si cela est une source de dysphorie intense et que vous passez un très mauvais moment, que vous ne voulez plus allaiter, ce sera alors indéniablement mauvais pour vous et probablement pour le bébé qui ressent les tensions. Il n’y a donc pas lieu de culpabiliser de ne pas allaiter : chaque personne est différente et fait ce qui est le mieux pour elle ! Il n’est par ailleurs pas impossible de faire du biberon un moment aussi spécial et intime, auquel on prend plaisir ! Bref, le mieux reste de s’écouter et de trouver sa façon de vivre les choses sereinement !

Une alternative aussi tout à fait légitime est le tire-allaitement pour celleux que ça tente : le principe est de tirer son lait et le donner au biberon. Il y a les avantages santé, tout en étant moins confronté à une partie du corps qui peut rendre dysphorique. Il faut cependant avoir conscience que c’est double charge de travail : tirer et donner.

Autre point important, il est possible de provoquer un allaitement en dehors d’une grossesse, si on a du tissu mammaire. Il s’agit de lactation induite. Cela peut se faire en cas d’adoption, GPA, ou si c’est le co-parent qui a porté l’enfant. Les femmes trans et personnes transféminines sous hormones peuvent faire une lactation induite. Cela nécessite toujours une stimulation des seins (notamment via le tire-lait, ou avec un Dispositif d’Aide à l’Allaitement permettant d’alimenter le bébé avec du lait artificiel directement pendant qu’il est en train de téter le sein, le bébé va donc boire sa ration tout en stimulant la production). Cela nécessite aussi le plus souvent la prise d’hormones (puisque ce sont les hormones de grossesses qui provoquent en principe la lactation).

La co-lactation est le fait que deux personnes allaitent en même temps un seul bébé. Par exemple : une femme cis qui a porté le bébé et sa compagne transgenre qui a fait une lactation induite. [A ne pas confondre avec le co-allaitement qui est le fait d’allaiter deux bébés d’âges différents, par exemple un-e ainé-e de deux ans et un-e nouvelleau-né-e].

Pour plus de détails, voir : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/feuillets-du-dr-newman/1967-la-lactation-induite

Peut-on porter un binder durant l’allaitement ?

Encore une fois, peu de données… Dans l’étude, deux hommes trans ont essayé de binder durant l’allaitement et n’ont pas réussi à cause de l’inconfort et la peur d’une mastite. Un participant rapporte avoir été capable de porter un binder 10 mois après l’accouchement tout en allaitant, d’abord durant des temps très courts (1h ou moins) puis en augmentant progressivement la durée.

D’une manière générale, il est vrai que les brassières sans armatures sont réputées plus confortables pendant l’allaitement.  

Peut-on prendre de la testostérone durant l’allaitement ?

La littérature scientifique est encore une fois très vide sur ce sujet… Une étude faite sur des mères ayant une déficience en testostérone et qui ont suivi un traitement à base de T durant l’allaitement a montré qu’il n’y avait pas de problèmes, mais on est sur une population cis et il ne s’agit pas des mêmes dosages.

Dans la même étude que citée précédemment sur les personnes transmasculines, un homme trans avait repris la T durant l’allaitement, lorsque son bébé avait 21 mois, sous supervision médicale attentive. Ce traitement n’a pas eu d’incidence sur l’enfant ni sur la capacité de lactation de l’homme trans concerné. Malheureusement, il s’agit d’un cas isolé et non d’une étude statistique, il est donc difficile d’en tirer des conclusions scientifiques solides à mon humble avis tant la variabilité individuelle peut jouer. Dans tous les cas, si la décision de prendre de la T est prise, une supervision médicale rapprochée sera nécessaire étant donné le manque flagrant de recul sur cette question. 

Quel vocabulaire inclusif peut-on employer pour parler de la grossesse ?

Il est important d’utiliser un vocabulaire inclusif et adapté. Cela permet de ne pas mégenrer les personnes trans, et donc de les respecter et ne pas déclencher de dysphorie. De plus, cela permet aussi de faire avancer les droits des personnes trans en déstigmatisant et en normalisant la grossesse trans !

Pour parler de grossesse en général de manière inclusive :

  • remplacez « femmes enceintes » par personnes enceintes (ou éventuellement femmes et personnes trans enceintes si vous voulez absolument inclure le mot femme quelque part car vous craignez d’invisibiliser la cause féministe ; je n’y crois pas trop mais bon c’est un autre débat) ;
  • remplacez « femmes allaitantes » par personnes allaitantes ;
  • remplacez « mère/maman » par parent / parent qui a accouché

Pour parler d’un homme trans :

  • il est enceint (au masculin) ;
  • c’est le père, le papa car c’est un homme, il n’est donc pas la mère de l’enfant.

Pour parler d’une personne non-binaire :

  • enceint-e (ou tout autre forme d’inclusif/neutre) OU une personne non-binaire enceinte (accord avec personne) VOIRE enceint (on peut être non-binaire et utiliser le masculin) ;
  • utilisez les pronoms de la personne, que ce soit iel, al, il, voire elle ;
  • la personne peut tout simplement être désignée comme étant parent de l’enfant.

Une personne trans peut préférer utiliser un autre mot que « seins » qui peut être trop dysphorisant : poitrine, torse

De manière générale, pour parler d’une personne en particulier, respectez ce qui la mettra le plus à l’aise ! Cela peut être différent d’une personne à l’autre.

Conclusion :

Le sujet est vaste, très vaste et vu la quantité de littérature existant sur la grossesse et l’allaitement trans comparé à ce qu’il existe sur la grossesse cis, y’a de la marge avant d’avoir fait le tour… C’est pourquoi les études scientifiques et les témoignages de concerné-e-s sont extrêmement importants ! De plus, il est nécessaire que les professionnel-les de santé soient mieux formés à la transidentité afin d’accompagner sereinement les personnes trans dans leur grossesse.

Autres ressources à consulter :

Se préparer à une grossesse en tant que personne non-binaire (anglais)

Soutien à l’allaitement chez les lgbt+, leche league

https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/textes-de-l-academy-of-breastfeeding-medicine/2131-soutien-a-l-allaitement-chez-les-lesbiennes-gays-bisexuel-le-s-transgenres-queer-en-questionnement-et-autres

5 commentaires sur “Grossesse et allaitement chez les personnes trans (tour d’horizon)

  1. 2 détails :
    « le genre est avant tout psycho-social » Pourquoi « avant tout » ?
    « Quelles configurations familiales sont-elles concernées ? » → Quelles configurations familiales sont concernées ?

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  2. Merci infiniment pour cet article et les ressources prodiguées. J’avais déjà pas mal réfléchi suite à ton article sur le vocabulaire autour de la périnatalité. J’étais alors en train d’écrire une analyse sur le post-partum pour un asso féministe et j’avais du mal à savoir comment inclure toutes les expériences (je n’étais pas complètement libre, elles m’ont refusé du vocabulaire proposé et on a coupé à « l’essentiel » pour certaines choses, ça m’agace que l’essentiel considéré = exclure les personnes queers). Pourtant agenre moi-même, mais n’ayant pas fait l’expérience de la grossesse… je crois que la lecture/l’écoute de témoignages divers est toujours ce qui permet le mieux d’élargir un point de vue, de l’enrichir de multiples facettes et angles d’approche.

    (aussi, la grossesse/l’accouchement/la parentalité comptent parmi mes intérêts spécifiques d’autiste ! J’en flappe de joie à la lecture de tes articles)

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