Grossesse trans : témoignages (partie 1)

Les récits et informations concernant la grossesse, l’accouchement, le post-partum et l’allaitement concernent majoritairement des femmes cisgenres (c’est-à-dire des femmes qui ne sont pas transgenres). Pourtant, ces sujets ne concernent pas uniquement ces femmes-là mais aussi des hommes transgenres et des personnes non-binaires (dont l’identité de genre n’est ni homme ni femme). Il m’est alors apparu comme très important de mettre en avant ces récits et ces vécus, encore très peu représentés.

Les témoignages que vous allez lire sont très riches et nous parlent de la naissance et de parentalité mais aussi du rapport au corps, au genre, de la transphobie vécue… Les parcours sont divers et j’ai souhaité laisser les personnes s’exprimer librement et totalement. C’est pourquoi cet article est divisé en deux parties. Bonne lecture.

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Des personnes enceintes qui ne sont pas des femmes

Les non-binaires et hommes trans peuvent vouloir être enceint-e-s

Grossesse et allaitement chez les personnes trans (tour d’horizon)

Témoignage d’Ulrich :

 

TW : mention de mauvais souvenir de césarienne (sans détails)

 

Présentation : Je suis un homme trans de 26 ans. Je ne suis pas calé sur mon orientation. J’aime la ou les personnes que j’aime et cela me convient. J’ai vécu ma grossesse avec une femme trans de 56 ans, qui est ma compagne et la mère biologique. Nous avons tous les deux notre CSEC de fait donc je suis homme à l’état civil et ma compagne est une femme à l’état civil.

Au bout de 2 ans de couple, j’ai proposé à ma compagne d’avoir un enfant. Une adoption me semblait trop compliquée à mettre en œuvre donc nous avons décidé que je porte l’enfant, et que ma compagne en soit la mère / la génitrice. Nous étions tous les deux hormoné-e-s donc nous avons dû arrêter nos traitements respectifs et laisser un délai de 3 mois afin que toute la testostérone soit évacuée de mon corps. Il nous a fallu 9 mois pour que la conception aboutisse. Cela nous a beaucoup perturbé au début mais ça allait mieux par la suite. Cependant les rapports étaient prévus à l’avance selon les périodes d’ovulation estimées via une application pour limiter la fréquence et la durée de ces derniers. J’ai su que j’étais enceint au bout de presque un mois de grossesse vu que mes cycles étaient souvent irréguliers. Les symptômes les plus marquants ont été pour moi les nausées du premier trimestre, les crampes à répétitions qui m’empêchaient de conduire, les crises de sciatique et la fatigue. Mon post-partum a surtout été marqué par les douleurs induites par la césarienne et l’épuisement physique et mental qui m’empêchaient de m’occuper de ma fille. Tout est en train de rentrer dans l’ordre en ce moment même si rien n’est encore acquis.

Personnel soignant et transphobie : Ayant obtenu mon CSEC [Changement de Sexe à l’Etat Civil] avant la grossesse, j’ai été obligé d’expliquer ma situation de personne transgenre à tout le personnel soignant que j’ai rencontré. Ayant mené ma grossesse dans un département rural, ils étaient pour la plupart non informés de l’existence même des hommes transgenres et de la possibilité donc, pour un homme, de porter un enfant. En découvrant ma grossesse, j’avais très peur de subir de la transphobie et en fait, non. J’ai été agréablement surpris par la bienveillance et la tolérance du personnel soignant (et administratif) à mon égard. J’ai eu droit à quelques questions légèrement déplacées et quelques mégenrages mais je peux comprendre et cela ne m’a pas dérangé. Je n’ai pas parlé de ma grossesse à ma famille vu que j’ai coupé les ponts avec cette dernière lors de mon CO. Cependant, plusieurs personnes (amis) m’ont soutenu qu’étant donné que je portais un enfant, j’étais évidemment une femme … J’ai préféré fuir plutôt que de réagir.

Grossesse et dysphorie de genre : Je ne ressens pas de dysphorie de genre et je n’en ai pas ressenti pendant la grossesse. Cependant, vers le terme, je me sentais vraiment gros et mal à l’aise à cause de mon ventre. Je ne pouvais pas bouger comme je voulais et ça me pesait vraiment sur le moral. Ce gros ventre m’handicapait dans mes mouvements et mes activités, je ne pouvais pas m’habiller convenablement… Mon rapport au genre n’a pas bougé : je suis et j’ai toujours été un petit garçon / un homme, enceint ou non.

Trouver sa place est un peu difficile étant donné que dans la plupart des cas, l’enfant est porté par une femme. J’étais le premier cas d’homme enceint de tout le personnel soignant que j’ai pu rencontrer mais également de la CAF et de la CPAM de mon département. Tout les documents sont prévus pour les femmes : par exemple, ils sont par défaut adressés à « madame », même ceux que l’on doit remplir (la déclaration de grossesse notamment). Le livret de la maternité est très genré et stéréotypé avec maman qui accouche et papa qui va faire la déclaration en mairie et qui tombe dans les pommes. La sage-femme qui me l’a tendu a tout de même reconnu qu’il serait mieux de faire une version neutre et moins stéréotypée mais « les habitudes reviennent vite ». Mais cela ne pas trop dérangé dans le sens où je m’y attendais un peu et j’ai pris un malin plaisir à le raturer et le corriger (« la femme enceinte » > « la personne enceinte »). Le personnel soignant ainsi que les administrations ont presque toujours (ça arrive de se tromper) respecté mes pronoms malgré leur cerveau qui coulait par les oreilles.

Les surprises : J’ai été très surpris par l’accouchement et le post-partum.


J’ai choisi d’accoucher par césarienne par peur de l’épisiotomie pratiquée parfois sans consentement ainsi que des VOG [Violences Obstétricales et Gynécologiques]. Le gynéco qui me suivait n’a pas accepté la césarienne aussi facilement. En fait, ma fille était en siège donc j’étais très content. Mais elle s’est retournée. L’interne a vu que j’étais très triste donc il a négocié avec le gynéco. Je devais ramener le certificat d’un psychiatre comme quoi je ne pouvais pas accoucher par voie basse pour raisons psychiatriques. L’interne a pris rdv pour moi avec le psychiatre, j’ai eu mon certificat et donc ma césa.

Je trouve que l’accouchement et le post-partum ne sont pas expliqués du tout. On trouve un tas d’informations sur la grossesse mais finalement très peu sur la suite.

Je n’étais pas du tout prêt et informé à propos de la césarienne : je me suis senti bousculé (mentalement) par le déroulé de l’anesthésie locale. J’étais donc anxieux lors de cette dernière. Elle n’a pas fonctionnée donc j’ai été endormi en anesthésie générale.


Je pense qu’il y a une vraie volonté d’occulter les suites de la césarienne. Je ne souhaite pas détailler car cela reste un très mauvais souvenir mais même sur internet, il n’y a pas ces informations.
Je n’ai pas su obtenir d’informations sur le post-partum également.

Je ne peux pas aborder la montée de lait car j’ai eu accès à un traitement qui la bloque.

Témoignage d’Alex :

TW : dépression

J’ai 35 ans, je suis non binaire et pan, en couple avec une femme trans.

Nous ne pouvons pas avoir d’enfant naturellement, mais nous passions pour un couple cis hétéro aux yeux des inconnu’es, alors on nous a permis d’aller en PMA. Nous n’avions jusqu’à alors jamais été autant ramené’es à nos assignations de naissance.

PMA rime avec examens à tout va, j’ai donc vu trouze-mille blouses blanches et vertes qui m’ont servi du Madame à toutes les sauces, avec en accompagnement une cis-hétéro-mono normativité à toute épreuve puisque la PMA était strictement réservée aux couples hétéros. (et cisgenre, cela va sans dire : on n’a d’ailleurs jamais parlé d’une autre possibilité).

Les fâââmes font presque tout le boulot et doivent suivre leur « cycle féminin » pour y faire coller le traitement et les divers contrôles. Mais attention, ça sera difficile pour « Monsieur » également, car « il » va devoir patienter sans vous toucher ni se (faire) masturber X jours avant la date fatidique où « il » devra réaliser un spermogramme, et idem pour le jour de la ponction ovarienne. Le tout avec diverses explications encore sur la « fertilité féminine » et « masculine ». Mais ça vaut le coup, hein, après vous serez enceinte, Madame, et vous verrez, l’accouchement est le plus beau jour de la vie d’une Femme !

Résultat : j’ai dû, tout du long de la PMA puis de la grossesse (et encore après) me taire et sourire aux gens qui me prenaient pour une femme, hétéro qui plus est. Ne pas les contredire de peur de se faire éjecter (dossier déjà menacé par notre « jeune âge », 19 ans à l’époque) ou insulter, rejeter. Comme si la PMA n’était pas déjà assez éprouvante par elle-même. Et en prime je devais sourire car je vivais là « l’apothéose de la féminité ».

J’ai ainsi eut un premier enfant puis des jumeaux, qui ont maintenant 9 ans. Et je me fais suivre et traiter pour anxiété et dépression sévères, en grande partie car je n’ai toujours pas digéré ces années de PMA – grossesse, très mal vécues entre autre à cause de la dysphorie.

Je n’avais pas spécialement de dysphorie concernant mon corps de grossesse puis d’allaitement, mais les regards, actes et paroles des autres ont été très difficiles à supporter. C’est une période extrêmement genrée, le public majoritaire n’y voyant que du 300% féminin. C’est ainsi et au quotidien pour les médecins, les gens dans la rue, les médias, l’administration, les articles de puériculture, la crèche, la famille. Impossible d’y échapper ne serait-ce qu’une journée. Tout est tourné autour de « la maman et son bébé », mais en parlant en fait de la personne enceinte, peu importe qu’elle soit une femme ou pas, et n’inclue pas d’autre parent, même s’il s’agit d’une femme, cis ou pas.

Je n’avais commencé qu’une transition sociale auprès des plus proches, ou via internet, et je n’avais clairement pas la force de parler de transidentité, et encore moins de non binarité à l’entourage (médical) et aux inconnu’es à chaque coin de rue, n’y connaissant moi-même encore rien, n’ayant entendu parler du concept qu’à mes 30 ans, soit 5 ans après avoir accouché des jumeaux. Je ne pouvais qu’expliquer que je ne me sentais pas à ma place dans le groupe des filles puis femmes, mais que je m’imaginais également mal en tant qu’homme, que ça sonnerait « moins pire » que Madame, mais ça sonnerait faux quand-même. Mon entourage le plus proche n’y comprenait rien et y croyait encore moins, alors en parler à des personnes inconnues… Et pas question d’imaginer en parler à toutes ces blouses dont on dépendait totalement pour obtenir et mener à bien mes grossesses.

J’ai ainsi subi de la transphobie ordinaire, ou du moins la cisnormativité, puisque j’ai laissé croire que j’étais cis, pour me protéger d’éventuelles moqueries, attaques et rejets, surtout afin de pouvoir accéder à la PMA et à la parentalité.

J’ai maintenant 35 ans, et mes enfants ont 12 et 2X9 ans. J’ai avancé dans ma transition sociale et physique, mais sans traitement hormonal ni chirurgie. Je suis out en tant que personne trans et non binaire auprès d’ami’es, collègues et connaissances jugées assez ouvertes et dignes de confiance, et me fais appeler par elles par un prénom d’usage mixte, ou par mon prénom de naissance, qui ne me dérange pas à condition qu’on le distingue du féminin auquel il est d’habitude attaché. Idem pour ma femme en cours de transition physique et administrative, mais tout au total féminin obligatoirement. Nous laissons nos enfants choisir d’en parler à qui iels veulent, ou pas. Nous savons que certains enfants croisés plus ou moins quotidiennement doivent tout savoir et en ont peut-être parlé à leurs parents et à d’autres enfants, mais aucune idée de qui sait quoi !

Témoignage d’A.R :

TW : mention de maltraitance (sans détails)

Présentation :

Je m’appelle A.R, j’ai 27 ans, je suis trans non binaire genderfluid, pan, marié avec un homme dyacishet [dyadique (pas intersexe), cisgenre et hétéro] et tous deux neuroatypiques, et j’ai aussi une maladie chronique handicapante. Pronom ael/al/iel, accords masculins et neutres. Je parle souvent de ma grossesse au féminin parce que j’ai la sensation de l’avoir majoritairement vécue en tant que femme (Je n’avais pas réalisé être trans au moment de ma grossesse).

La grossesse :

Cette grossesse était planifiée et désirée. Nous avions perdu un bébé au premier trimestre quelques mois plus tôt, une perte très dure. Lorsque nous avons appris pour cette grossesse ci, gros sentiment de joie et de peur, peur de reperdre un bébé. D’ailleurs ma sœur l’a appris avant nous ! En voyant le test de grossesse moi je pensais voir un trait positif mon mari non. J’ai pris une photo que j’ai envoyée à ma sœur : elle a confirmé la grossesse et l’a donc su avant nous !

Notre sage femme était top, et nous a orientés vers une échographe qui nous a reçu dans le 1er mois pour une échographie de datation. Des larmes de soulagement et un des plus beaux souvenirs de notre vie : on a vu ce tout petit pois sur l’écran, et on a entendu son cœur battre fort. Très fort.

On a abordé la question du dépistage de la trisomie avec notre sage femme n.1.  Elle nous explique en se fâchant un peu malgré elle, que les personnes trisomiques auraient une meilleure vie si la société les incluait au lieu de les supprimer. Un déclic pour nous. On ne voulait pas mettre un terme, trisomie ou pas, mais on avait l’impression de faire un choix égoïste. Ses mots nous ont rassurés. On a choisi de dépister malgré tout parce qu’on voulait pouvoir se préparer à accueillir un enfant porteur de trisomie si besoin était. 

J’ai été très malade au premier trimestre. J’ai d’ailleurs profité des nausées pour arrêter de fumer (je fumais 1 à 2, cigarettes par jour). Je n’arrivais pas à manger, tout m’écoeurait, et je passais mon temps à aller renifler les rayons du supermarché pour savoir ce que je voulais manger. Si ça sentait bon je prenais, si ça me filait la nausée c’était non. J’ai pris pas mal de poids mais on était tellement heureux de pouvoir profiter de cette grossesse qu’on s’en amusait de ces dégoûts et adorations alimentaires. Deuxième écho en fin de premier trimestre, la sage-femme nous dit que son profil est parfait. On choisit de connaître son sexe, on apprend que c’est un « porteur de pénis » comme je m’amuse à le dire à l’époque.

On termine de se fixer sur les prénoms (c’était une discussion de longue date les prénoms étaient choisis depuis longtemps) : prénom 1 du genre assigné, prénom 2 de l’autre genre, prénom 3 du nom d’un personnage fictif héroïque que l’on adore et admire pour lui donner du courage dans les moments difficiles. On avait gardé les prénoms pour le cas « bébé porteur de vagin » au cas où les médecins s’étaient trompés, mais finalement je suis contens que ce ne soit pas le cas. Son prénom « garçon », principal est un prénom qui selon l’orthographe est masculin ou féminin, et donc peut être mixte / neutre en combinant un peu des deux. Ça me rassure, je préfère, en fin de compte. Un peu comme « Noël / Noëlle » on pourrait en avoir une variante neutre « Noële » ou « Noëll »‘. Le hasard veut que son prénom « féminin » en n.2 soit également le prénom d’un personnage féminin que l’on adore. Donc techniquement il a prénom n.1 masculin mais facile à féminiser ou neutriser (neutraliser ?), prénom n.2 héroïne de fiction qu’on adore + prénom féminin tout à fait correct, prénom n.3 héros de fiction qu’on adore. Les équivalents qu’on avait pour l’autre sexe étaient bien moins parfaits, je crois que c’était fait pour être comme ça.

On annonce ma grossesse à l’entourage. Le temps avance. La mère biologique de Chéri est une personne dangereuse qui nous a menacés à répétition et qui a maltraité mon mari toute sa vie. Elle sait où on habite. J’ai peur d’élever mon enfant dans ces conditions. 1 mois après avoir appris la grossesse on décide de déménager et on met tout en oeuvre pour déménager courant 2e trimestre de grossesse. On économise, on stresse.

Les examens se passent bien. A chaque rdv sage femme je la supplie de nous faire écouter le bébé. J’ai peur qu’il s’arrête de vivre. La grossesse se déroule à la perfection de A à Z. Tout est parfaitement dans les normes, aux bons endroits, dans les bonnes courbes. Les écho sont parfaites. Je suis immunisé contre la toxo, alors que j’ai la phobie des piqûres et des prises de sang. On fait une écho un peu avant de déménager, et aussi le fameux test pour le diabète gestationnel. Horrible. Mais tout est parfait, comme toujours.

On déménage à l’autre bout de la France à 6mois de grossesse. On est hébergés chez une amie pendant un temps, le temps de retrouver boulot + logement. Re déménagement. Je suis à 7mois de grossesse. Je suis soulagé, j’ai tellement envie de faire le nid de mon bébé… Les sages femmes d’ici sont extras. L’échographe beaucoup moins. Ce sont des sages femme AAD, accouchement à domicile. On est très tentés, mais j’ai peur que ma maladie ne pose problème à l’accouchement. On choisit d’aller en mat’. La meilleure mat’ du coin niveau bienveillance, et la personne qui nous revoit aux rdv est très chouette. On est rassurés d’y aller. Même l’anesthésiste est chouette.

Il est 4h du matin et les contractions me réveillent. Je me rendors, prenant ça pour des contractions « de répétition » comme les appelle mes sages femme. 5h, je me réveille, les contractions sont fortes. Tant pis pour ma nuit. Elles augmentent en intensité et ne s’arrêtent pas. Chéri a des problèmes de sommeil, je ne veux pas le réveiller s’il ne se passe rien, même s’il me martèle le contraire. Je tente de me souvenir de l’heure pour compter les minutes entre deux contractions. Je suis à moitié endormi, à moitié en transe pour gérer les douleurs, je n’y arrive pas. Il est 6h22, je décide de réveiller mon mari. « Chéri je crois que le travail a commencé ». Je l’ai jamais vu se réveiller aussi vite de ma vie. Il a bondit, et il a été super. Il m’a aidé à compter le temps entre deux contractions, m’a aidé à aller me mettre sous l’eau chaude, a appelé la maternité, a mit les dernières affaires dans le sac. On a pris la route.

En arrivant j’ai supplié pour une péridurale. Ma maladie décuplait les douleurs. Je vomissais. J’ai attendu 2h pour une péri pendant qu’il essayait de me distraire. La péri m’aide : je sens toujours les douleurs amplifiées de ma maladie, mais plus les contractions, c’est plus gérable. Et par moment ça se calme, et j’arrive à dormir. On en vient à s’ennuyer, et on fait des siestes ensemble dans la salle de travail. Ça nous fait rire, on n’imaginait pas ça comme ça. On mange, on papote, on rit, on dort, on respire ensemble quand ça reprend. Au bout de quelques heures on me propose de percer la poche pour aider à relancer le travail, et on accepte. Il est 15h. Notre fils est né à 19h20, après 1h de poussées finales.

Je l’ai près de moi, enveloppé dans une grosse couette. C’est une merveille absolue. Mon mari en est autant amoureux que moi. Des secondes, minutes, heures, années plus tard on nous demande si on est d’accord pour aller faire les premiers soins et l’habiller, le peser, vérifier que tout est ok. Je commence à balbutier à mon mari qu’il ne doit pas le lâcher d’une semelle, mais je ne peux même pas finir ma phrase qu’il est déjà parti avec lui. On termine mes soins, et mes amours me reviennent, mon fils en écharpe contre mon mari en peau à peau. J’allais bien, mon fils aussi, c’est le changement d’équipe, on nous oublie dans cette salle. L’équipe de nuit s’excuse de nous avoir fait attendre. Nous, on a dormi, et on était tous les trois, on était biens. On est montés dans la chambre, pas de lit d’appoint de disponible pour mon mari. Il envisage de dormir assis, puis choisit de squatter le 2e lit médical inoccupé. Mon fils est dans son berceau transparent. Je finis par aller le chercher avec difficulté dans la nuit pour le faire dormir contre moi, il pleurait et me cherchait. On a dormi enlacés dans ce tout petit lit d’hôpital. Et c’était chouette.

Le lendemain on leur a rappelé qu’on ne restait pas et qu’on voulait partir. Panique à bord, iels n’avaient pas lu notre dossier, et donc n’y avaient pas fait attention. Iels se débrouillent pour que toutes les personnes (état civil, caf, CPAM, médecin, sage femme pour les soins du bébé) passent nous voir avant midi, et à midi on s’en va.

On est de retour à la maison, enfin, juste nous. Je reste juste à ne rien faire à garder mon bébé collé contre moi.

Dans les jours qui suivent, je reçois bien sûr la visite de ma sage femme à domicile pour le suivi santé (le mien et celui de mon fils). On va bien tous les deux. On m’aide à démarrer l’allaitement, il dort beaucoup et le faire téter c’est difficile. Prise de sang pour lui pour détecter les maladies infantiles. Un mois de repos dans le lit, m’intime-t-on. Deux semaines minimum allongé, me dit-on. Chéri me déplace la télé, que je regarde presque sans le son. Bébé dort beaucoup, je m’ennuie seul dans la chambre. La télé m’occupe. On mange ensemble dans le lit, c’est rigolo. Je passe beaucoup de temps à admirer mon bébé.

J’ai peur de la dépression post-partum (DPP). J’ai un terrain favorable, je m’en inquiète. Quelques semaines après l’accouchement j’ai toujours des crises de pleurs incontrôlables. J’en parle à ma sage femme, j’ai tellement peur de la DPP. Elle me rassure, et me dit de la rappeler dans 2 semaines si ça ne va pas mieux ou si j’ai des signes plus inquiétants d’ici là. Une semaine plus tard c’est terminé. Foutus hormones.

Chéri a pu rester 3 mois à la maison avec nous, il n’a du retourner bosser qu’une journée de « pas de chance ». Il était en CDD à ce moment là. Son CDD se terminait le lendemain de la fin de son congé paternité (11 jours + 3 jours de congé naissance), donc il a du y retourner une journée. Il est rentré pendant sa pause, ce qu’il ne faisait pas d’habitude à cause du temps de trajet, mais il s’inquiétait. Il a quand même passé 3 mois avec nous. C’était extra. Génial. Unique. C’était il y a 15 mois aujourd’hui. 

J’ai ressenti un peu de dysphorie mais j’ignorais que c’était ça ce ressenti vu que je m’ignorais être trans. La grossesse et surtout l’allaitement ont eu pour conséquence de désexualiser des parties de mon corps, notamment mes seins. Ce sont les outils de nourriture et de câlin pour mon fils, mais c’est tout. Le regard extérieur dessus est plus douloureux, ça me ramène à mon genre assigné, mais moi rapport à moi même je n’y pense même plus. Ils me gênent pour des raisons de santé et quand je le pourrais je les ferais réduire, à la fois pour des questions de santé, mais aussi pour qu’on arrête de me regarder comme ça et pour pouvoir enfin mettre d’autres types de vêtements.

J’ai choisi d’allaiter. C’est pour le bien de mon enfant, et je vois que lui il passe les meilleurs moments de sa vie en tétée. J’aurais l’impression de le priver de quelque chose. L’allaitement m’a permis de dissocier mes seins de moi, donc même s’ils m’encombrent toujours d’un point de vue pratique, j’ai moins cette dysphorie. 

Les hormones ont été une mauvaise surprise. La grosse quantité pendant la grossesse qui faisait que j’étais à fleur de peau, mais aussi la chute après l’accouchement, un calvaire. Je ne pense à rien d’autre tel quel. 

Concernant la parentalité je suis à la fois « maman » et « baba ». Un terme que je trouvais mignon, qui faisait enfantin et chaleureux. J’ai beaucoup vu utilisé le mot « Mapa » pour les parents enby. Je ne le voulais pas. Je me vois à 0% papa. Par contre je suis une maman et un parent neutre. Mais pas un papa. Je suis enby genderfluid femme, homme, neutre. Mais pas dans ma parentalité. Je ne me sens vraiment pas « papa ». Je pense que c’est aussi lié au fait que j’ai grandi sans père donc je ne sais même pas vraiment ce que c’est. Mon fils m’appelle maman ou baba on l’encourage à dire les deux.

C’était en mars 2020 que je me suis rendu compte de ma transidentité, pendant le premier confinement, et il est né en août 2019. Du coup je compte, à vu de pied, il avait 7 mois. Ben du jour au lendemain quasiment on s’est mis à alterner les noms pour parler de moi. Je l’ai aussi rajouté dans son livret de « ma première année » (un livret à compléter avec témoignages et photos pour lui raconter sa première année de vie en gros) sur les pages précédentes et j’ai fait attention au genrage sur les nouvelles pages. Je suis genré au féminin sur les anciennes pages mais tant pis, s’il pose la question en étant plus grand on lui racontera.

Notre principale question concerne l’écriture inclusive et neutre actuellement, on utilise mes pronoms et accords à l’oral (iel/al et accords masculins et neutres, même si le neutre est moins naturel à l’oral donc moins fréquent), mais on se demande pour l’écrit. On a le temps d’y réfléchir encore, cela dit…

Sinon globalement ça n’a pas changé grand chose, il avait 7 mois, lui tant qu’il peut continuer à avoir la tétée (vu que j’allaite), des câlins, mon attention, et continuer le cododo… Il en demande pas plus, c’est un enfant, pas encore formaté par la société à l’extérieur !

On l’encourage aussi pour mon mari, pourtant homme cis, à dire papa ou ada (« papa » en elfique Tolkien), pour avoir notre identité sur ces mots. On essaie d’éviter de l’éduquer de manière trop genrée, mais malheureusement le reste du monde le fait à notre place. On rattrape au mieux. Il a 15 mois, on avance au fur et à mesure donc on n’aborde pas les questions de genre encore, il ne comprend pas encore pour le moment. Ça viendra. 

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