Grossesse trans : témoignages (partie 2)

Les récits et informations concernant la grossesse, l’accouchement, le post-partum et l’allaitement concernent majoritairement des femmes cisgenres (c’est-à-dire des femmes qui ne sont pas transgenres). Pourtant, ces sujets ne concernent pas uniquement ces femmes-là mais aussi des hommes transgenres et des personnes non-binaires (dont l’identité de genre n’est ni homme ni femme). Il m’est alors apparu comme très important de mettre en avant ces récits et ces vécus, encore très peu représentés.

Les témoignages que vous allez lire sont très riches et nous parlent de la naissance et de parentalité mais aussi du rapport au corps, au genre, de la transphobie vécue… Les parcours sont divers et j’ai souhaité laisser les personnes s’exprimer librement et totalement. C’est pourquoi cet article est divisé en deux parties et ceci est la deuxième. Cliquez ici pour lire la première partie si ce n’est déjà fait. Bonne lecture.

A lire aussi sur le sujet :

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Témoignage d’Elie

TW : psychiatrisation, mention d’idées noires

Je m’appelle Élie. Peut-être parce que peu de prénoms sont considérés «mixtes » en francophonie, beaucoup de personnes trans choisissent celui-là ! Pour l’état français, je suis de « sexe masculin » depuis 2019. Je suis né en 1989. J’étais en relation avec une homme cis hétéro quand j’ai proposé de faire un enfant ensemble. J’ai toujours su que j’en avais envie. Et je me sentais plutôt bien avec lui. À ce moment-là, l’idée de transidentité était présente, mais pas claire. Je commençais à rejeter mon assignation de genre, mais j’avais trop peur des possibles changements pour me lancer dans une transition.

En 2015, la grossesse en elle-même m’a aidé à en venir aux conclusions. Elle s’est passée sans imprévu. Mon corps a changé. Le regard des autres a changé. Je crois qu’il n’y a pas de moment où on est plus catégorisé « femme » que ce moment de « femme enceinte ». Il paraît d’ailleurs que l’étymologie de « femme », c’est « qui enfante ».

J’étais focalisé sur le bien de cet enfant à naître. Par exemple, j’avais le projet d’allaiter, parce que je pensais que c’était le mieux ; pourtant, je savais déjà que je voudrais une ablation des seins. Alors, tout ambivalent que je fusse vis-à-vis de mon corps, je prenais plus soin de lui que jamais, avec des compléments alimentaires, le sport, l’arrêt du tabac… Et la fin définitive des scarifications, qui m’avaient suivies pendant des années.

J’avais longtemps été envahi d’idées noires. Mais j’avais pris une décision en concevant cet enfant : si je choisissais de donner naissance, d’élever une personne, extérieure à moi mais dépendant de moi, ce devrait être au mieux, ou rien. Toute part nuisible de mes comportements devait être évacuée.

Tout un monde s’organisait autour de la maman-type que je devais être. Je me souviens des rendez-vous de sage-femme, avec des personnes bienveillantes, compétentes, qui n’avaient pourtant aucune idée de ce qui se passait pour moi, de ce que me faisaient leurs gestes et leurs mots. Je me souviens des cours de préparation à l’accouchement, où j’étais incapable de cette connexion, relaxation, lâcher-prise qu’on essayait de nous enseigner. Là encore, ni malveillance ni reproche, et pourtant, un environnement hostile, où je me sentais étranger.

J’ai refusé le test de dépistage de la trisomie : là, je me suis fait engueuler. On me prenait pour une « pro-vie ». Curieusement, c’est à cette confrontation que je me suis senti le moins mal à l’aise. Je savais que l’autre se trompait sur moi ; je pouvais, si besoin, facilement lui prouver. Alors que, à toutes les autres, je ne pouvais pas démentir être « une femme ».

Pour mon enfant, avec l’accord de l’autre parent, je choisis un prénom mixte, que m’avait soufflé une américaine. Je refusais de parler de ses organes génitaux à mes proches, malgré leurs âpres protestations. Il fallait, à mes yeux, mettre le plus à distance possible cette assignation, cette pression à se conformer à un groupe social pré-conçu. Je souhaitais que mon enfant puisse s’affirmer à son rythme et à sa façon.

Et moi, pour prendre soin de moi, je ne pouvais plus rester dans cette dissonance. Je devais changer, y compris aux yeux des autres, et vite. Je visais l’hormonothérapie, dès que je ne serai plus enceint. J’avais donc besoin d’une prescription. Je cherchais d’abord des informations sur internet, mais c’était hasardeux. Anxieux, je me décidais à aller rencontrer une association.

L’affaire fut vite réglée : on ne me prenait pas au sérieux. Quelles qu’en étaient les raisons, les dames trans en face de moi ne reconnaissaient pas mon vécu. Je me suis donc vu dire que je n’étais pas vraiment concerné, que j’étais « paumée ». Comme si je m’étais retrouvé là par mégarde, par accident, après avoir bifurqué à la mauvaise intersection. Je n’y retournai pas.

Je pris rendez-vous, à huit mois de grossesse, pour voir une endocrinologue. Elle faisait partie d’un programme spécial pour les transitions, au nom en anglais, comme si c’était quelque chose d’importé, d’exotique, d’étranger encore, impensable dans notre langue. Là aussi, c’était vite fait. « On ne fabrique pas des monstres. »

Je crois que j’ai eu de la chance à ce moment-là, d’avoir quand même été entouré d’amour, de soutien, de mains tendues. Et d’avoir investi cette grossesse de cette façon. Sinon, je crois qu’il y aurait eu de quoi pousser au suicide. D’autant que la semaine suivante, j’allais à Paris pour le travail, et c’était le 13 novembre.

Malgré tout, je continuais à sortir, à essayer de m’abreuver des petits coins queer du monde, là où l’étrangeté dérangeait moins. Le terme de la grossesse arrivait, il finit par être dépassé. 3 jours après, j’étais encore dehors, à une dédicace d’une autrice trans ! J’attirais l’attention avec mon énorme ventre. C’est drôle, quand j’y repense : je m’étais encore présenté sous identité féminine à ce moment-là, comme coincé tout seul dans ce rôle de « femme enceinte ».

Le 1er décembre, je suis allé à la bien-nommée maternité en sachant que c’était pour un déclenchement. Quelque chose ne fonctionnait pas. Même après 24h, 48h… Malgré les contractions douloureuses, l’utérus n’ouvrait pas le passage. Je finis par céder, le 3 décembre au petit matin, à la proposition d’une césarienne.

Je rêvais, au départ, d’un accouchement le moins médicalisé, le plus «naturel» possible, comme on dirait. Pourtant, dans la salle d’opérations, je n’étais pas inquiet. Je me mettais enfin dans ma bulle. Je ne parlais pas, je regardais toutes les petites ampoules lumineuses des engins électroniques. Lors de la chirurgie en elle-même, je sentais mon corps remuer, sans douleur, et j’écoutais une musique imaginaire. C’est la même musique que je me passerai, des années après, pour d’autres chirurgies, serein.

Je vis enfin le visage de mon bébé, les grands yeux ouverts. Quelqu’un la posa près de moi, en me disant de lui « faire un bisou ». Je n’obéissais pas, je ne pris pas la peine de répondre, et je caressai sa tête avec la mienne. Je sentis sa peau toute douce. Son papa était là aussi, près d’elle, il la câlinerait pendant que l’anesthésie quitterait mon corps ; j’étais heureux.

Mon enfant a 5 ans maintenant. Je suis son dada. Je suis séparé du papa, mais nous nous entendons bien. Nous avons chacun une nouvelle partenaire, qui s’investissent aussi dans l’éducation de notre enfant. Moi, j’ai eu accès, non sans mal, à tous les changements dont j’avais besoin, loin des équipes dites spécialistes.

J’aurais envie de conclure en disant que nous allons bien. Que c’est la revanche que je prends sur le monde.

Mais quelque chose me crie que ce ne serait pas juste, pour toutes les personnes qui galèrent encore. La souffrance, le déséquilibre, tout ce qui peut paraître comme de la folie ne devrait pas être une excuse, pour faire taire, contenir, aseptiser, stériliser, fermer les portes. Dans ma vie passé, j’ai été viré, interné, j’ai passé toutes mes années lycée en hôpital de jour ; j’ai été suivi par des cohortes de psy. Peu importe au fond quels diagnostics, j’ai été rangé du côté des gens fous, des malades, des tordus, de ceux qui ne marchent pas, qu’on n’écoute pas.

La médecine refuse les transitions parce qu’elle refuse le risque de se « tromper » ; mais ce n’est pas à la médecine de faire ces choix. Et même quand elle fait tout pour garder le contrôle, elle ne l’a pas.

J’ai eu besoin de faire mes choix, je les ai faits, dans tous les domaines, quoi qu’en pense le monde. Je souhaite cette liberté, à mon enfant, et à toustes.

Témoignage de Léo :

J’ai 26 ans, je suis non-binaire, bi et en couple avec un homme cis. Cela faisait longtemps que nous voulions des enfants. J’avais peur de la dysphorie mais mon désir d’enfant surpassait ces craintes. J’ai repoussé ma mammectomie car notre projet de parentalité était prioritaire pour moi.

J’avais 25 ans quand je suis tombé•e enceint•e. J’ai choisi de ne pas parler de ma non-binarité aux professionnel•les de santé qui me suivaient. Cela me paraissait trop compliqué et j’avais peur d’être moins bien pris•e en charge si je le faisais. Du coup, j’ai été mégenré•e non stop, propulsé•e dans un univers très très féminin, où on est sans cesse renvoyé•e à la supposée « nature féminine ». Même certain•e•s proches cis ont « oublié » que j’étais NB, comme si ce que je faisais de mon corps annulait mon identité. Et dès qu’on cherche à se renseigner sur quelque chose en rapport avec la grossesse et même la parentalité au sens large, tout est très féminin : livres, émissions, groupes Facebook… Car les hommes cis sont souvent désengagés des sujets éducatifs… Alors on s’adresse « aux mamans »… Il n’existe aucun espace pour exister dans cette société en tant que personne trans et personne enceinte (puis parent).

C’est cela qui m’a le plus pesé. Les changements corporels n’ont pas été aussi difficiles à vivre que je le pensais. J’ai eu la chance de prendre peu de poids et de pouvoir cacher mon ventre assez longtemps. Puis je trouvais ça extraordinaire de sentir mon bébé bouger ! En revanche, j’ai malheureusement pris beaucoup au niveau du torse…

Globalement la grossesse s’est bien déroulée, et à part une grande fatigue tout du long, je n’ai pas eu de complications particulières. J’ai choisi d’accoucher sans péridurale et avec le moins d’interventions médicales si possible (en particulier les fameux examens là où je pense). J’ai eu la chance que le projet de naissance que j’avais écrit soit bien respecté. Par contre, c’est durant le séjour à la maternité où le personnel a dû oublier la signification du mot bienveillance… Infantilisation, ton désagréable… Et pourtant je n’y ai vu que des (supposées) femmes… On attendrait au minimum une sororité.

Concernant le post-partum, ce n’est pas une partie de plaisir, on ne va pas se mentir. Il vaut mieux savoir à quoi s’attendre au risque de tomber de haut. Au final, il faut s’armer de patience et ne pas trop en faire, car tout se remet en place au fur et à mesure. La rééducation du périnée c’est très important mais qu’est-ce qu’on content•e quand c’est fini ! Je crois que c’est indispensable de choisir une sage-femme avec qui le courant passe bien, ça rend le truc un tout petit peu moins pire.

J’ai finalement décidé d’allaiter et même plus longtemps que la moyenne. Cela peut paraître paradoxal. Mais au début, je me disais que j’allais au moins essayer, qu’au moins j’en aurais pas chié autant pendant des années avec ça sur mon corps pour qu’ils ne servent à rien. Et puis au final, j’ai trouvé ça magique ce lien avec mon bébé !

Concernant la grossesse transgenre/non-binaire en général, je trouve la représentation très importante. Ca fait vraiment du bien de voir des concerné•e•s qui s’expriment, des photos de papas enceints… Les papa hippocampes comme on dit ! J’espère que mon témoignage aidera donc quelqu’un•e.

Témoignage de Martin :

TW : mention d’enfant maltraité (sans détails)

Présentation : Martin, 43 ans, je me définis homme (transgenre).

Séparé après 14 ans de conjugalité camouflé heteronormé socialement.

J’ai fait mon CO social il y a en peu plus d’un an. Je suis maintenant polyA [polyamoureux]. Je définis plus trop mon orientation vis a vis de la situation de mes partenaires qui sont pas forcement out pour certain.es. Je pourrais dire pan pour simplifier. Toutes les personnes avec qui je suis en relation sont neuroA et/ou psychoA [neuroatypiques et/ou psychoatypiques].

Les deux grossesses :


Ma première grossesse date de 2007 avec un accouchement en janvier 2008. Je n’avais pas conscientisé ma transidentité à l’époque. J’avais rencontré man partenaire 2 ans avant, à l’époque iel se définissait encore homme cis et était perçu comme tel par le médical.


J’avais commencé à ressentir fort le désir d’un enfant environ 5 ans plus tôt, vers 25 ans. Je n’avais eu encore aucune expérience de vie conjugale (je sais maintenant pourquoi, à l’époque je vivais mon célibat comme un fait accepté et je me demandais si je serai apte ou pas à mener ce projet d’avoir un enfant seul.e ou pas.

J’avais aussi conscience de ma fragilité psychique et des risques liés à mon passif d’enfant maltraité (sévère).
Du coup, ce.tte partenaire rencontré.e à 27 ans, me paraissait assez sécurisant.e. Maintenant avec le recul, j’ai vraiment ce sentiment que cette relation était finalement totalement dédiée à ce projet de parentalité, j’avais un level d’estime de moi si bas que une personne suffisamment gentille et qui accepte d’être sous le même toit que moi était suffisamment bonne pour moi. J’avais senti chez iel son instinct parental fort, c’était l’époque où nos ami.es respectifs avaient leurs premiers enfants et je lae sentais iel très en lien affectif avec les bébés, très sécurisant pour les jeunes enfants, le genre de personne vers qui les mômes de 2 ou 3 ans viennent rapidement parce qu’iels sentent la protection et la bienveillance vis-à-vis d’elleux.

  
Mon rapport a mon corps à cette époque, à la fois je l’ignorais visuellement, je n’aimais pas voir ma tête dans les miroirs, je n’aimais pas ma silhouette, j’habitais ce corps par dépit quoi.
Gros matchage de libido avec man partenaire, on était full hormones, plein boom iel et moi donc 26 et 28 ans à notre rencontre et on a pris la décision d’avoir notre premier enfant ensuite (moi en preum’s, iel avait besoin de temps vis-à-vis du fait qu’iel vivait chez sa mère quand je l’ai rencontré et qu’iel avait besoin de se sentir apte au niveau professionnel, personnel pour devenir parent).

En 2007, on se sera vu comme un couple hétéro normé socialement vis-à-vis du corps médical.

J’avais fait des stages en maternité, je suis aide soignant, j’avais cette connaissance du sujet par cette approche là et je me suis rapproché de pros que je sentais bien, dans un mode : je dois apprendre encore pour faire bien les choses. Rien qui aurait ressemblé à ces âneries d’instinct. Vraiment : « ohhh c’est une sacré responsabilité cette affaire là, faut que je sois bien entouré, que j’apprenne, que j’ai des personnes ressources fiable autour de moi. » Pendant la grossesse, j’allais à des réunions sur la parentalité, sur l’allaitement, j’ai choisi une sage-femme en libéral pour les cours de préparation et pour préparer un retour précoce à domicile après l’accouchement.

Man partenaire a vraiment vécu la grossesse comme la sienne aussi, plus que moi même, iel était très en lien avec notre bébé. J’ai eu des alertes d’accouchement prématuré, iel parlait au bébé dans mon ventre pour le rassurer, pendant les échos c’est iel qui discutait avec les pros, je le vivais bizarrement moi. Y’avait un souci avec le lien entre l’endographe sur mon ventre, l’image sur l’écran, comme si je réalisais pas vraiment que c’était moi qui avait le bébé dans mon ventre et comme man partenaire portait le truc psychiquement super à fond, je laissais vivre ça pas trop mal.

Mais iel aurait porté ce bébé avec bonheur en fait. Et du coup, c’est ce qui s’est passé pendant l’accouchement en fait. J’ai perdu les eaux le soir, on a appelé les pompiers parce que pas de véhicule perso et y’avait ce risque que notre enfant se présente d’un coup, il était hyper engagé dans la position depuis des semaines où j’avais du rester allongé.

Je vais détailler les 2 accouchements ensemble car ça c’est déroulé dans le même état d’esprit : de nuit, peu de personnel. Moi je ne parlais qu’à man partenaire et iel était comme ma doula finalement, iel me donnait les consignes que l’équipe donnait, je les calculais pas moi, j’étais tellement occupé à pas faire de crises de panique, à gérer la douleur – pas de péridurale sans que ce soit mon choix pour l’aîné et du coup par choix pour le deuxième. (Pour le premier, le travail était beaucoup trop avancé, j’ai pas eu de grosses douleurs de contractions ; l’expulsion a été épouvantable par contre en gestion de douleurs. J’ai décidé de retravailler ça avec la seconde sage-femme qui nous a accompagné, y’avait une bonne équipe accompagnement aux accouchements physiologiques dans la nouvelle maternité.)


Y’a eu des soucis médicaux mais psychiquement c’était assez incroyable la façon dont man partenaire a complété ce que moi j’étais pas apte à faire. Iel a vraiment accueilli et saluer les bébés en premier.
Sur la normativité, c’est très drôle parce que oui, iel a fait son rôle à fond mais pas plus pas moins que les autres primo parturien-nes en fait [les personnes qui accouchent pour la première fois]. Être en arrière plan psychiquement vis-à-vis des médecins a été pour moi un vrai confort, je pouvais lâcher prise.
J’ai regardé le cahier relève une fois (j’étais curieux de savoir comment l’équipe des puéricultrices interprétaient notre situation). Et en fait, elles ont vu le truc comme si moi j’étais trop HS et que c’est pour ça que le dit « père » prenait le relais… et pas comme si ça pouvait pas être une répartition équilibrée en fait lol.

Je repense à ça en me disant que j’ai été un parent porteur physiquement et qu’on a pu porté psychiquement et émotionnellement les bébés à deux.

Au retour a domicile, man partenaire m’a vraiment proposé de continuer ce co-portage. Physiquement, cela m’a permis de vite récupérer et iel avait besoin de vivre un truc proximal avec notre nouveau-né ; iel m’a demandé si je pouvais sortir me balader, les laisser tous-tes les deux… et j’avais besoin de prendre l’air aussi, de récupérer de tout ça entre moi et moi-même.

Je m’étais inscrit à des forums aussi : cette histoire de qu’est-ce que c’est qu’  » être mère  » ça me questionnait beaucoup. Je suis beaucoup allé dans des lieux collectifs parents-enfants, j’avais besoin de croiser les regards, d’observer de comprendre pour inventer ma manière de faire.

Mon rapport au corps, ça a été positif dans le sens de  » whaaa mais ce corps a permis de produire ces petites merveilles là ! » J’avais bien vécu la poussée mammaire, les formes, parce que ça avait du sens. C’était pas un corps de femme, c’était un corps qui avait pu produire de la vie et ça m’a donné un sentiment de reconnaissance vis-à-vis de lui.

Une sorte de parenthèse « fem » de 14 ans dans ma vie (les 2 ans post grossesse… jusqu’à la conscientisation de ma transidentité).

A l’époque, les grossesses m’ont, non pas fait aimer mon corps, mais fait l’accepter, j’ai pu par la suite mettre des maillots de bains en plein air ce que je faisais pas avant. Comme j’étais avec les enfants, je me sentais perçu mère ce qui n’est pas pour moi la même chose que perçu femme. Je l’ai vécu comme ça du moins.

Juste pour finir, l’autre jour j’ai discuté avec la directrice de la crèche où sont allés mes fils. C’est drôle, elle, en m’écoutant a pigé que ben si on devait dire en mode cliché, c’est bien mon ex qui a été la maman des bébés. Je me suis rendu compte qu’en dégenrant la grille de lecture normée sur la parentalité, les schémas d’explication mère/père peuvent s’appliquer à l’un.e ou l’autre des partenaires parentaux, qu’iel ait ou non porté l’enfant.

Une petite dernière anecdote sur la parentalité : mon aîné est autiste. Quand il était en maternelle, y’a eu beaucoup de sujets autour des genres avec la loi Taubira sur le mariage ; c’était très abordé autour des enseignant.es (c’est le programme PS/MS ce truc de fille / garçon). Et mon fils avait déjà tilté seul du coup nos identités de genre non-conformes par rapport à la façon dont les enfants de maternelle racontaient les histoires de papa, maman… il voyait que ça matchait pas avec ses propres parents. Ça l’avait fait cogiter… et il s’est mis à m’appeler Manpa spontanément, c’était sa manière de raccorder ce qu’il entendait en dehors de chez nous en terme de représentation et ce qu’il voyait dans nos attributions de rôles à la maison.

 Je te remercie d’avoir fait cet appel. Ca m’avait beaucoup fait de bien de voir des vidéos d’hommes qui ont filmé et donner à partager leur grossesse et les accouchements, on est tellement, tellement en retard en France sur ces sujets.

Faudrait changer le nom des services au lieu de  » maternité « , service de grossesse, de naissance, de suivi de naissance. Quand on voit le scandale chez les tradis et les lambdas pour un simple mademoiselle ou un nom de métier au féminin… on n’est pas sorti des ronces !

Merci à toutes les personnes ayant témoigné !

Une petite image de Sophie Labelle, de la BD assignée garçon, en bonus, très sympa 🙂

Un homme enceint : « Je ne suis pas « né fille » Je suis un homme et ce corps est le mien. Et voici mon bébé ! Il y a toutes sortes de corps d’homme ».

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